05 septembre 2010

Ma petite histoire de l'Ecole de Français à Kep (1)

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   Cham Lika n’est pas Cham mais c’est un cas. Et sa sœur s’appelle Kakada. Vous devinerez aisément pourquoi j’ai rapidement retenu leurs noms. Ce sont deux élèves parmi tant d’autres, adorables, taquins, intelligents dont je veux faire ici une série de portraits. Mais avant il faut planter le décor, un lancer d’images pour un coup de cœur, celui de l’école de français à Kep, où j’ai la chance d’être professeur, mais aussi élève, car à l’ombre des montagnes, dans la chaumière maintenant étanche qui fait office de salle de classe, j’apprends autant que j’enseigne.

   Commençons par dire que l’école est équidistante de la mer et de la montagne, et qu’à quelques vols d’ailes d’oiseaux discrets, un temple la surveille du haut de son perchoir, du cœur de la jungle. Elle était, à ses débuts, non de briques et de rocs, mais de bois et de paille, de planches et de chaume, un bric-à-brac ouvert aux vents, tenant cahin-caha mais tenant bon face aux éléments. Le terrain tout autour ? Un sympathique no man’s land où les herbes folles s’en donnaient à cœur joie, pour le plus grand plaisir des vaches et des chèvres, qui étaient chez elles comme on peut être chez-soi, tout à leur aise, paisibles, brouteuses, alanguies et nonchalantes. Mais doucement, des événements surprenants arrivèrent! D’abord apparurent, offertes par le CCF, le Centre culturel français, une centaine de tables pupitres, ou de chaises tables, je ne sais comment les appeler, mais rappelez-vous la maternelle, replongez en enfance et vous verrez ce que je veux dire. Puis deux tableaux blancs pendus à quatre clous suivirent. Des fleurs se mirent à fleurir et créèrent une allée comme une voie royale, et la présence des bovins et des ruminants fut considérée comme indésirable. Des êtres aux allures étranges, blancs, efflanqués avec de grands nez et des chevelures aux pâles couleurs, venus de France ou de Suisse, se mirent à faire des allées et  venues, et l’on entendit des échos d’alphabet latin, des chansonnettes, des nombres et des chiffres se compter, des verbes se conjuguer, des expressions tel que « ça va tranquille » ou « bonjour Madame » se mirent à résonner dans Pshar Kep. De fil en aiguille, des cahiers, des stylos, des gommes, des Veleda, des lettres, des gens vinrent s’ajouter et les cahiers se noircirent de sentences, de phrases et de mots, les stylos laissèrent couler leur encre à la cool, les gommes firent leur office et les Veleda bariolèrent de rouge, de noir, de bleu et de vert les tableaux de céruses, de « trucs » et de ruses, « d’Ornicar » et de comptines  ; les gens étaient des enseignants, les enfants devinrent des élèves et une école vit le jour à la barbe des médisances et des scepticismes. Les passionnés, auxquels l’on reprocha parfois jeunesse et amateurisme, ne s’en laissèrent pas compter, et persistèrent, s’acharnèrent, se disputèrent, rigolèrent, têtus autant qu’obstinés, travaillant et se marrant plutôt que de se morfondre face aux difficultés, ne baissèrent pas les bras et l’aventure continua. La chaumière aux vents offerts fut mieux couverte. Un puits, à l’emplacement donné par le sourcier du village, fut creusé et offrit son eau. Sa Majesté le Roi Norodom Sihamoni nous fit l’honneur de son soutien officiel. Des gens, voyageurs, visiteurs, ne cessèrent de passer et certains s’arrêtèrent quelques jours, quelques semaines, quelques mois ; grâce à eux des projets naquirent, un potager s’esquissa, un terrain de volley éclairé vit la nuit, un kiosque simple et traditionnel sortit de terre. Les énergies se concentrèrent, les élèves affluèrent, devinrent assidus et prirent goût à l’idée d’apprendre, et apprirent, entre deux gueulantes et quatre rires, qu’en étudiant ils pourraient avoir un autre avenir, plus d’argent certes mais qu’ils pourraient aussi acquérir  une certaine ouverture d’esprit, un autre rapport à la vie, un « mieux-vivre ». Petit à petit ils s’approprièrent les lieux.

   D’abord il fallut installer la confiance et un respect mutuel. Puis composer avec les différences. Certains élèves apprirent par exemple que la terre n’était pas plate, et j’appris de mon côté que j’étais trop occidental pour tourner rond. Au fil des mois je me képoïsais et m’habituais à faire face à une vingtaine d’élèves d’une autre culture et d’un autre langage. En khmer point de conjugaisons, de genre et de nombre dans la grammaire, et si pour dire des choses très simples il faut parfois une phrase très complexe, l’inverse est vrai aussi. D’autre part je me suis rendu compte que c’est en enseignant le français qu’on s’aperçoit à quel point cette langue est belle, mais terriblement complexe, et que c’est en forgeant l’esprit à la langue qu’on devient forgeron de cette langue, qu’il faut la battre à chaud et la refroidir sans cesse, contrôler ses formes, la marteler puis la reposer, l’aiguiser, la sculpter, lui faire mal pour son bien, la molester et la caresser, mais surtout ne jamais cesser de l’aimer pour pouvoir la faire aimer. J’appris le mot « leuk leng », soit : exception, et me replongeai dans les Bescherelle et autres délicieuses sommes de règles. Puis il fallu inventer des exemples et des histoires qui leur parleraient plus que celle de Gertrude à Cologne faisant du shopping par Internet, que l’on déniche dans les manuels de FLE ( Français Langue Etrangère), pas vraiment adaptés au Cambodge, ni au petit village de Pshar Kep. J’appris la patience, la pédagogie, l’autorité tranquille, prenant le temps qu’il fallait pour trouver le juste équilibre entre la proximité avec les élèves, due entre autre au fait que nous vivons au cœur même du village, et l’image du professeur, une certaine distance indispensable pour se faire écouter en cours et ne pas se faire prendre de court par des familiarités naturelles. Mais j’appris surtout que j’apprendrai toujours, et que le lien tissé est encore et sera encore fragile, demandant une attention jamais relâchée dans les relations tissées depuis mon arrivée ici.

Mais que de bonheur ! Au tout début, je donnais les cours sous des néons aux lumières blanches autour desquels dansaient et tournoyaient moustiques et scarabées volants, moucherons et éphémères ! Des grenouilles et des crapauds, quelques petits serpents parfois, nous rendaient visite, prétextes aux cris et à l’éparpillement du Savoir dans la Fantasia des fausses peurs et des vrais jeux. Les cahiers valsaient, les stylos volaient et une demi-heure de calme s’évanouissait, il fallait alors tout reprendre, mais la pluie s’y mettait, chacun se précipitait sur son vélo et en moins de temps qu’il n’en faut pour dire « au revoir et à demain », je me retrouvais couillon avec Veng, face à une classe aussi vide que l’esprit d’un chasseur du Berry en train de glisser un bulletin FN dans l’urne après quelques demis enquillés au bistro du coin, ou celui d’un expat se saoulant dans un bar à filles en gueulant sur l’incurie du Cambodge et la bêtise flegmatique de khmers sans avenir, par exemple. Nous rentrions alors au Caméléon sous une pluie battante.

   Le Caméléon ! Il fallait bien y arriver, car ce lieu, cet endroit, difficile à définir, reste la pierre angulaire de la cathédrale Ecole. Maison des professeurs, café, galerie d’art, cinéma, bibliothèque, on y entre comme on entre dans un théâtre, et en son sein s’y jouent les scènes de la vie quotidienne, s’y concentrent les énergies qui permirent à cette aventure de voir le jour et de se perpétuer. On y habite, on y passe, on y reste quelques temps, on le quitte, on y revient, on s’y installe, on y apporte sa touche. On y vit parfois sous un parapluie, l’étanchéité, toute relative, restant à prouver. On y boit un verre, on y joue aux échecs ou au poker, on y lit des dizaines de livres, on se délivre de tout stress en respirant les embruns de la mer qui est là, pas loin, à une cinquantaine de mètres. On y prépare les cours, on corrige les copies, on y savoure le calme ou l’on y fait la fête. Autour de la table on mange les mets de Kontia, la fée de la maison, on discute de rien et de tout, on réunionne, on projette, on met à plat les joies et les humeurs, les griefs et les espoirs, on s’y engueule et s’y réconcilie, on avance en regardant derrière mais sans jamais reculer, sauf pour mieux sauter à l’étape suivante, y construisant pierre après pierre l’édifice EFK.

 

08 avril 2010

Phnom Chisor 3ème partie.

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Repu par le repas c’est d’un bon pas aux enjambées guillerettes que je vais me poser dans un hamac à l’ombre pour la sieste salvatrice. Les litanies de la veille ont cessé. Les télés ont été éteintes. Les radios restent bouches bées. Les coqs et les chiens semblent avoir signé une trêve. Aucun groupe électrogène ne tousse ou ne fume. Les canailles sont au repos. Le silence originel reprend ses droits, partiels car dans le ciel on entend bruisser les ailes des hirondelles, celles des libellules et des papillons, des mouches qui volent et jusqu’aux paroles des rares nuages en conciliabule. Les poules ne caquettent pas et les cochons dans la boue sont aussi assoupis que les vaches dans la paille. On perçoit tout juste quelques ronflements lointains de divinités qui bercent la campagne et ses habitants, et vous plongent en plein rêve.

« Le crâne rasé je me balade dans des sphères jusque là inconnues. Il pleut du riz et des rires d’un ciel topaze. Je chantonne des chansons sans sens en rasant des murs aux fenêtres en trompe-l’œil. Drapé dans une toge orange je survole Phnom Chisor et je traverse des époques, le labeur à mort du peuple ordonné par les Rois-Dieux bâtisseurs et le faste des fêtes des seigneurs et de leurs cours. Puis je marche sur les eaux, avec une tête toute rose de cochon de colon sûr de lui, bénissant de signes de croix les lotus dont des coolies me font une couronne sans épines, et je ris de me voir si beau prince en ce miroir oriental. Seulement, voilà que la tête en surcharge, je coule, je coule et… »

Et me réveille ! Veng est en train de me secouer comme un prunier, il est seize heures ! Je lui raconte mon rêve mais il n’y comprend évidemment rien, puisque je parle aussi bien anglais et khmer qu’un lémurien du désert saharien ! Seulement, il me faut quelques minutes pour remettre les pieds dans le plat de la réalité, et fatigué d’avance je me refuse à interpréter ce rêve, ne pouvant tout de même m’empêcher un sourire en coin…

Les traces du hamac encore bien marquées sur ma joue gauche, je file boire mon café noir, puis un second, sachant que la « journée » ne fait que recommencer ! En effet, ce soir c’est Veng, moi et sa famille qui régalons le village, en louant un « speaker » *… Soit…

Il n’a pas fait dans la demi-mesure, et c’est un camion bleu qui arrive avec un impressionnant mur d’enceintes noires, douze précisément, comme les travaux d’Hercule ! A peine les premiers essais sonos commencés, je sais qu’il me faut entamer le deuil à venir d’une partie de mes facultés auditives…

20 heures. Les douze baffles sont buffles, masse ombrageuse qui commence à obscurcir le silence et ouvre les portes sonores aux danseurs et danseuses qui arrivent. La fête est sacré, mais ce soir ce sera aussi le sacre du « tchou kbal »** ! Disco Hip-hop Vélo Moto-dop, on est pas à Frisco mais DJ Yo-yo est au top et s’enchaînent les morceaux à la mode, afflue encore la foule qui danse maintenant en transe, et aussi mal que moi qui décomplexé m’y mets, mime le moove et rime en groove n’importe comment. Au bout de deux heures c’est plus de deux cents personnes qui font cercle, s’agitent, tournent autour de la sacro-sainte table sur laquelle est installé un bouquet de fleur, épicentre des rondes. La furia sympathique est à son apogée épileptique, les corps sont secoués de spasmes et bougent comme disloqués, comme marionnettes ou pantins dont les cordes seraient mal réglés. C’est le grand n’importe quoi et j’adore ça. Les chiens se planquent et les oiseaux cherchent à se rapprocher de la lune. Les étoiles tremblent dans le ciel clair. Les feuilles des arbres tombent ou s’évanouissent sur leurs branches. Le sol se craquelle. Les maisons semblent instables sur leurs fondations, comme prêtes à rentrer sous terre. DJ Yo-yo se régale ! Dans le dédale des bits il débite son programme anarchique de musiques anachroniques. C’est l’amphigouri de la play-list et ça gigote à toute berzingue. Dans le labyrinthe du sound-system se perdent les repères et la dérade s’accentue. Tout le monde me tire par le bras pour un show et je calme quelques jeunes trop ivres qui draguent la sœur de Veng. Inversion des protections ! Mais rien de bien méchant. La fête durera jusqu’à une heure du matin où enfin me sera délivrée l’autorisation d’aller me coucher, après avoir eu celle de « délirer sans fin »***. Et c’est en compagnie de l’expression « le sommeil du guerrier » que je m’endors dans le silence retrouvée d’une longue nuit bien méritée.

Il est l’heure de rentrer à Kep, de reprendre les cours, de se remettre à travailler. Après une bonne soupe au petit déjeuner et deux cafés noirs avec les jeunes d’hier soir qui ne semblent pas de première fraîcheur, car pour eux la nuit fut longue, ce sont les bises khmères (on se « renifle » les joues), et les saluts traditionnels à toute la famille. Puis quatre heures de Daelim et nous arrivons au Caméléon, mais c’est une autre histoire…

* Mur d’enceintes et DJ loué pour une soirée.

** Mal à la tête.

*** citation d’Hubert-Felix Thiéfaine.

Fin…

24 mars 2010

Phnom Chisor 2ème partie.

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2

Il faut monter, monter, monter. Et tôt le matin, ce sont des chargements de glacières, de sacs de riz, d’ustensiles de cuisine, et bien sûr les indispensables blocs de glaces qui fondent d’un quart le temps de l’ascension. Nous rigolons avec les vendeuses qui essayent de me refiler leur stock avant même d’avoir installé leur échoppes pliables, portables ; délectables instants matutinaux où la fraîcheur permet de grimper sans trop suer, sans que se dessinent sur les chemises et t-shirt les arabesques transpirantes de l’effort. Krama noué autour de la tête à la pirate, bouteille d’eau déjà à moitié vide, un gamin dans chaque main, chaque pas rapproche de ma résidence secondaire, villégiature sans fioritures qui surplombe le village encerclé de rizières en quadrilatères approximatifs. Phnom Chisor se dévoile enfin, du haut de sa montagne, du haut de ses neufs siècles d’histoire, d’où l’on contemple une vue à couper le souffle, s’il ne l’était déjà par les quatre cents marches qu’il faut franchir pour y arriver.

Mais tout de suite la fatigue s’oublie et l’indolence gagne. J’y vais pour la dixième fois environ et c’est pourtant toujours la même magie. Le vieillard qui allume l’encens au pied du Bouddha principal semble ne jamais bouger, ne jamais changer de position, non figé dans l’éternité mais éternellement dans la répétition des mêmes mouvements, des mêmes rites sous son même masque de rides immuables. Il me vend un mantra de plus, écrit ou plutôt dessiné en pali, censé porter chance. Puis viennent les gamins bonzes dont j’engueule le plus âgé, une quinzaine d’années, en lui piquant la cigarette qu’il est en train de fumer, mais il me connaît, a l’habitude de mes vaines tentatives de « morale » et m’en tape une dix minutes après que je lui offre en plaisantant mais avec plaisir. Je connais le temple « sous » le bout des doigts mais comme happé par un mystique attrait, je ne peux m’empêcher d’en faire le tour, de m’arrêter avec Veng dans chaque niche pour y bredouiller des « prières » maisons, de caresser les linteaux et les apsaras sans les toucher (tout un art !) et de m’énumérer les couleurs passées du Wat qui semblent avoir été colorié avec le pinceau du temps, avec les mains des divinités via la palette des croyances. Ocres en dérades, bleus à découvert, oranges de parade et verts en demi-teinte, gris éclairés et mauves écaillés, ensemble billebarré brûlé par le soleil et les années, donnant des variations en symphonie de rouge brique, des agrégats de pierres de grés dépareillés, polychromie de reflets usés et tout un arc-en-ciel embrumé comme vu au travers d’une vieille glace craquelée laissant miroiter le temps écoulé.

En parlant de temps, celui des morts arrive et les offrandes recommencent. La contemplation s’arrête et Phnom Chisor se rempli des familles des villages alentours. Il n’est que huit heures du matin mais déjà deux ou trois cents personnes se pressent et autour du vieil arbre géant une longue file indienne se crée. Elle sera toute aussi intense jusqu’à la fin de l’après-midi ! Des bonzes de tous âges distribuent le riz et le « Ben », les gâteaux de riz. Ce soir c’est la pleine lune et les âmes des morts vont venir se mêler aux vivants et faire le tour des pagodes. Ils auront sept jours pour trouver leur part du butin rizicole. Si un esprit devait rentrer bredouille chez Yâma, roi des « enfers », alors ça ne rigole pas et la famille fautive pourrait se retrouver maudite. Un lâcher de goules n’est pas impossible sur les malheureux ! La majorité des Cambodgiens se plient donc à la tradition et chaque lieu de « culte » se voit rapidement virer au « noir de monde » mais encore et toujours dans une atmosphère bon enfant et une ambiance sereine, faite de patience, de blagues et de sourires.

Parallèlement, tout le monde étant mélangé, des contrastes saisissants se créent entre générations, et de sages vieillards discutent avec les « bad boys » regroupés en bandes (Vite, une loi de notre cher résidu de président de Boska !) qui n’en ratent pas une pour draguer les jeunes filles ayant accompagné leurs parents. Et ça papote aux barbes des Garudas, sous les yeux des Bouddhas qui en ont vu d’autres, dans les alcôves improvisés et à l’ombre des vieilles pierres, dans les recoins ombragés où les fleurs en bosquets sont propices aux belles paroles et aux pince-fesses. Moi-même je n’y coupe pas, mais sans arrières pensées car Barang et sous la houlette protectrice de toute la famille de Veng, dont l’ombre parfois invisible flotte et me suit tel un nuage de pluie pourchasse un malheureux Caliméro dans les dessins animés comiques. Je n’échappe pas non plus à un mitraillage photo en règle, avec Samnang, avec les sœurs, avec « Malisse » la nièce pleine de malice mais qui jamais ne sourit devant l’objectif. Avec un frère au côté d’un Bouddha couché, près d’un cheval et son guerrier, sur un rocher où trône un sage barbu maigre et tortueux comme un cep de vigne. Puis avec le panorama de la Province de Takeo en toile de fond, c’est le défilé des cousines, des gamins, en compagnie d’Eole les clichés cheveux aux vents. Evidemment je fais mon singe, mon clown, à l’occasion doué d’ubiquité je me démultiplie et apparaît en double sur les photos ratés à cause du soleil ou d’un réglage hasardeux de Veng, ce qui déclenche fous rires et débats sur les fantômes. Et oui, le numérique ici reste encore magique et la magie féerique ! Et ce que certains veulent appeler ignorance je l’appelle naïveté, je l’appelle innocence, comme j’appelle indolence et art de vivre ce que d’autres proclament feignantise et bêtise ! Mais point de dérapages, tournons plutôt une page et nous voilà qui redescendons les quatre cent marches, cette fois-ci au soleil de midi, zénith qui auréole sans pareil les dessous de nos bras de fantasques taches que l’on ne peut cacher.

Les yeux s’ouvrent grands, les visages « s’incrédulent », Barang de peu de foi qui veut rentrer à pied malgré la chaleur. Sans proclamer d’édit je dis juste que j’aime me promener, « khniom tcheu tchêt dao légn »* ce qui est inconcevable puisque plusieurs motos ont des places vacantes pour me raccompagner. Et ce n’est donc pas peu fier que je rentre, comme hier dans le dos de demain, à la maison qui n’est même pas à deux kilomètres à vol de rizière. Maison où il faudra encore manger bien sûr, et pas qu’à moitié !