23 janvier 2006

Le Réel, c'est quoi ?

 

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La réalité me semble de plus en plus lointaine. Tout me semble obsolète. Un décor pour un théâtre où les acteurs jouent leurs jeux, sans un semblant d’improvisation. Peut-être suis-je en quête de chaos. Avant que l’ennui ne guète trop, se rapproche de l’irréversible, comme cette dernière semaine où la sphère dans laquelle je tournais, me détournant de toute notion temporelle, m’amenait au vertige, m’emmenait par la main sur des chemins de traverse sous formes polychromes de dédales et de labyrinthes. Je ne le relis pas en ce moment mais je pense beaucoup à Cioran ces temps-ci. Je jalouse son hilarante noirceur, et ce pied de nez qu’il fit au suicide (Je n’y pense pas du tout) : En parler toute sa vie, avec cette prose si lapidaire et puissante, pour mourir à quatre-vingts ans passés ! (« Le sentiment de solitude croît à mesure que grandit le sentiment d’irréalité de la vie » Cioran, Le Livre Des Leurres, septembre 1992)

J’aimerais me perdre en sophismes qui me feraient croire que tout ça vaut la peine d’être vécu, mais reste dans ma bouche l’épaisseur salivaire et un sentiment de glaire : De cette guerre je ne me sens pas la force de sortir vainqueur. Guerre contre quoi ? Guerre contre l’absence de rêves, contre l’absence d’intelligence – je parle de l’intelligence sensible, non de celle dont se glorifient les amasseurs de connaissances - ! Guerre contre la médiocrité qui reste le fléau des siècles et qui via les masses médias et les troupeaux qui s’agglutinent dans ce champ visuel et non virtuel, à force d’y brouter le régénèrent. J’aimerai ne plus être triste de ce que je vois, atteindre enfin l’étoile du Nord de l’indifférence pour me laisser guider vers le Poème, vers les Possibles d’un monde intérieur autre : Mais je n’arrive pas encore à avoir cette force, et je crains le détachement total : Serais-je encore humain si je n’étais que mépris ? Ne risquerais-je pas de tomber dans une forme d’élitisme et de tentative eugénique dont on sait où elle peut mener ?

Sûrement est-ce de croire encore en la force intrinsèque de l’écriture qui me sauve. Si au début était le Verbe, la fin alors ne pourra être que la mort du verbe… Mais n’avançons-nous pas inéluctablement vers la fin du Verbe, au sens « noble » du terme ? Le verbe devient lésé de toute poésie et se transforme de plus en plus en outil : Perdant sa saveur il gagne en fadeur : Et en puissance commerciale. Le Verbe fait de plus en plus office de moyen, de moins en moins de fin. Il devient de plus en plus propagandiste, publicitaire, sophiste, manipulateur, squelettique, perd sa force au service d’une force bien plus puissante : Comment le banaliser jusqu’à ce qu’il devienne, tel des fayots en boites, une nutrition pour pauvres, d’esprit… La Poésie, aujourd’hui, représente un pourcent des publications : Je crois que tout est dit, pour le reste jetez-vous sur le dernier Goncourt, le dernier Tessier, le dernier Bouvard, les dernières mémoires de l’imputrescible Mitterrand ou de l’indécrottable De Gaulle.

Je rêve d’une chambre d’hôtel, charmante masure boisée, à peine décorée de quelques babioles, masques africains et quelques livres épars, une toile ou deux et deux ou trois sculptures. De l’absinthe et de l’eau, du bon vin et des pamplemousses à presser. Je m’y enfermerais un mois entier. Chaque jour serait lecture, visionnage de mes grands classiques, écriture et musique : Je passerais de Billie Holiday à Charlie Chaplin, des Marx Brothers à de la house sous exta, d’amants en amants et de pages en pages je me ferais derviche et avec Artaud je mangerais le Peyotl à même la terre. Un sourire de toute éternité ne quitterait plus mon agile figure d’argile : Je sculpterais l’Amour à même le déchéance, saisissant à chaque minute l’instant où l’on est, détaché de toutes contingences. Une fois chaque semaine je regarderais les informations à la télé : Seule torture que je m’imposerais, pour mieux m’en délivrer, et replonger dans les affres et les délices de l’innocence : Poétiser !

Trop de rêves pour une réalité trop incompréhensible…


Commentaires

C'est à couper le souffle.

Ecrit par : clownbarbare | 24 janvier 2006

L'incendie s'est éteint par manque d'oxygène - voyez nos yeux rougis par la suie - ; Poétisier, c'est pisser sur les braises encore fumantes d'un autodafé qui n'a pas encore eu lieu. Rêver c'est préparer l'éveil d'un destin qu'on peut se construire (rires) ; Le piège est la boucle : la pause du poète maudit et maudissant - l'ultime tentation biaisée - nécrophagie consummériste qui refuse la saillie en la désirant ardemment. Échapper de peu au point de non-retour, voilà sans doute un noble idéal qui semble être évoqué ici ?

Ecrit par : Lambert Saint-Paul | 25 janvier 2006

Un autodafé qui n’a pas encore eu lieu ? Tu brûles les étapes !
Un destin, ça se déconstruit…
Pause pipi…
La pose du mot dit est une césure qui reprend son souffle,
Quand au point de non-retour, il n’est pour l’instant qu’un point, d’interrogation…

Ecrit par : emmanuel | 28 janvier 2006

Les points sont pour l'instant sur les i.

Avé Césure...

Amicalement.

Ecrit par : Lambert Saint-Paul | 28 janvier 2006

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