28 janvier 2006

De l'arrachage d'Adam

 

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La fidélité est un leurre, un trompe-l’œil dans le décor de l’Amour, cette tragédie qui n’en vaut aucune autre.

 

Prenez-nous, tous les deux. Je l’Aime et Il m’Aime, les majuscules sont volontaires, mais je viens de le tromper, avec un garçon, deux ou trois à la vérité, plus beaux, physiquement beaux que lui et moi réunis : En fait aussi beaux que la beauté incarnée. Des épines hâlées, d’Epinal auxquelles se piquer ; d’infernales splendeurs, des échappés d’Eden, des reflets de perfections dans le miroir du désir sexuel. En " terra-incognita ", à l’autre bout du monde, sous d’autres latitudes, à quelques chatouilles d’un équateur d’autre-époque, je viens de me consumer dans un adultère que je m’étais promis de ne pas consommer. Pourquoi ? Je me l’étais promis pour ne pas avoir à mentir, et me voilà à écrire la Vérité avec un grand V…

Les seuls adultères qui soient, c’est le mensonge, c’est les stratagèmes, les faux-semblants, les faire-comme-ci, les anguilles sous roches, les bonnes excuses et les pastiches de sincérités. Voilà la plaie, les plèbes qu’on déclenche pour avoir cédé à l’appel de quelques éphèbes qu’on a fait qu’embrasser, sucer à peine, enculé un peu, jouit tout court.

" Je t’Aime comme personne ne le pourra plus jamais, mais je suis un miroir brisé : J’ai plein de reflets qui se renvoient les uns aux autres : Une galerie des glaces déformées. Je t’Aime mais j’aime les garçons en général. Il suffit d’un regard, d’une intonation de voix, d’une drôle de gesticulation ou d’un sursaut hagard pour que je flanche. Il suffit qu’une chimère à gueule de Vice me mette la rétine à l’épreuve et une main au cul pour que j’en arrive à foirer l’examen de fidélité : Mes faiblesses sont bien plus fortes que ma force, même si elles ne représentent Rien, si elles ne représentent, comme dans une partition de free jazz, qu’un pont bancal qui retombe sur ses pieds, les tiens… Imagines que dans vingt ans l’on soit toujours ensemble malgré le fait, qui est une fête, que nous ayons parfois picoré ailleurs des plaisirs qui nous auraient frustré si nous nous en étions empêché… "

L’adultère est aussi pathétique que la fidélité, seul compte le Conte…

« L’amour, c’est l’infini à la portée des caniches » dixit Céline : Ça tombe bien je suis un chien ! Je joue avec mes laisses et renifle les derrières de mes contemporains. Il faut me sortir régulièrement faire mes besoins : Clubs de jazz, théâtres, saunas, librairies, autres continents loin des incontinents d’occidentales pensées. J’aime me lécher les babines et pourlécher celles de mes compatriotes canins. J’appartiens à la race des catins, avec souvent des regards mélancoliques de chiens battus : Je passe du lévrier qui fait levier au bâtard qui se fait, jusqu’à très tard enculer. Durant dix ans, pendant mon enfance-adolescence, j’étais le frère-humain de ma sœur-animal : Uxane, boxer sublime et adorable ! Maintenant je porte des boxers dans des niches sombres où je vais dénicher des chiennes qui cherchent leurs pâles : N’est-ce un signe, ouaf ! ouaf ! de mon appartenance au règne animal ? Si ce n’est pas ça, qu’on m’empale !

« Je t’aime car tu es la deuxième personne dans ma vie que je ne veux pas perdre, jamais. Parce que tu tiens du miracle. De la magie. D’une alchimie qui me dépasse, me désordonne, m’adonne à te faire Madone au masculin : ma donne : ma plus belle pioche : Si tu pouvais être le der de der ! Peut-être que tu me quitteras pour des raisons morales, pour des idées toute faites, pour mes rêves qui crachent à la gueule des réalités outre-vies, pour des amants d’un soir tu coucheras notre soleil dans la nuit, et plus tard, quand des pays nous sépareront, j’espère que tu ne regretteras pas, que tu auras trouvé ton Un fidèle, celui auquel tu auras réussi à imposer ta routine sublime : Durer. Pendant ce temps peut-être aurais-je réussi à m’échapper de la France, pour Vivre quelques années intenses en lieu et place d’une vie jamais assez dense. Mais ça sera sûrement le contraire, je suis de la race des vains-culs : Des petits princes déchus qui finissent dans des décors en cartons pâtes en pensant toucher les étoiles, au chaud dans la rue dans leurs toiles de jutes. »

La fidélité ? Quelle esbroufe ! Ragots millénaires de bigots adultères. Moralisme insane de mânes aux vies-zombies. Jeu citoyen des sociétaires de l’académie des bonnes consciences. Arguments ? Dissertations collégiales d’hypocrites mâles et de rustres et frustres intellectuels de droite, discours sertis par l’ignorance crasse, sophismes sortis d’une bible-enclume, recours aux pires dogmes via les idées les plus basses : toujours les mêmes écumes ! Je voudrais citer Nietzsche : «  Que nos vertus aussi sachent d'un pied léger, pareilles aux vers d'Homère, venir et s'en aller! » Mais j’aime aussi Brassens : « Ne jetez pas la pierre à la « femme » adultère, je suis derrière » … C’est cette « insoutenable légèreté de l’être » qui me porte en apesanteur : Je me refuse aux lourdeurs des poncifs sur l’Amour ! L’amour est multiple, il a mille visages et rien ne saurait l’enfermer dans une cage, dans des carcans, dans des principes. Aimer est une chose, vivre l’amour une autre, et cet autre ne s’écrit qu’au pluriel : avec une Majuscule, et des écarts minuscules…

« Je t’aime. Ce n’est pas parce que tu ne me suffis pas que je vais voir ailleurs, mais par contre à chaque fois que je suis ailleurs je m’aperçois qu’ils ne me suffiraient pas. Ils sont relaps en quelques heures quand tu me parais de toute éternité. Ils sont délétères à peine consommés quand je t’imagine à travers les siècles. Je les aime (d’un amour sincère) le temps que le temps passe mais ce n’est qu’une passe quand tu me sembles une ère. Ils sont un jeu quand tu es les règles : C’est une partie d’échec dont tu es le Roi mais ces temps-ci je crains de perdre. Les fous dont je suis brouillent les diagonales : Tu ne sais plus où je veux en venir, quand je ne veux qu’en venir à toi, quitte à devoir te revenir si un jour le mat pointait le bout de son nez : J’abandonnerai alors plutôt que de chercher le nul… Quelle foutue métaphore ! Je suis un maladroit quand je voudrais n’être qu’un mâle adroit, un prestidigitateur, un funambule sans filet qui réussirait à ne jamais tomber dans les pièges que tendent la Morale… Mais si certains acceptent de faire leur beurre d’un leurre, d’autres, pour une heure préfèrent se taper un beur, alors qu’ils sont en couple. Un beur, un asiat, un blanc un black : l’objet du désir s’il n’est consommé est un petit pas vers une petite mort malheureuse : Je veux mourir en Cène, au cœur d’une partouze où seront rassemblés douze convives de choix : le treizième, Toi, celui du joyeux chemin de croix, sera le « Dieu » aimé…

« Je t’aime, c’est un aveu qu’aucune torture ne me fera remettre en cause, si ce n’est celle pratiquée sous le joug de 2000 ans de « religiosité » par de falotes ordures se réclamant de la Vérité… »

Commentaires

S'enchaînent les calques d'Amour ; kaliédoscope ou la face caché de la lune apparaît enfin dans la constellation du chien, multicolore ; Aveux sous ses étoiles que sont l'Évident "antre" toi et lui. L'Amour ressemble à une rose des vents au pôle magnétique itinérant, mais ce pôle est unique.

J'ose le compliment : la folie te consumme dans ta sincérité la plus magnifique ! Je reconnais l'odeur de la chair brûlée si caractéristique. Riche festin. Avale par petites bouchées ce qui risque de t'étouffer ! (sourire).

Merci pour ce très beau texte d'une très grande intensité.

Amicalement.

Ecrit par : Lambert Saint-Paul | 28 janvier 2006

En écho :

"Remis velisque fugere" (fuir par tous les moyens)
http://anaximandrake.blogspirit.com/archive/2006/01/14/irs.html

Ecrit par : Lambert Saint-Paul | 28 janvier 2006

Merci aussi

Ecrit par : BARBARIAN | 31 janvier 2006

Très beau texte, en effet.

Ecrit par : dabro | 31 janvier 2006

Un texte somptueux.
Je reviendrais, le commenter .
Bravo Auteur !

Ecrit par : X-Addict | 31 janvier 2006

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