28 octobre 2006

Désintoxication.

 

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Décor 1 : Chouette appartement, immense pour tout dire, déco minimaliste, pour l’occasion une cinquantaine de tatamis dispersés dans des pièces vastes et sombres. Un jeune homme y rentre comme s’il y était tous les jours rentré.


Voix : Je me demande combien ils sont. Peut-être à vue d’œil une trentaine en tout cas ils ne m’ont pas attendu… M. est gentil à l’accueil, à poil, la queue au garde-à-vous, gentille et souriante, sans petite laine. Je ne savais pas que c’était une partouze bareback. Il m’a dit de faire comme chez moi, m’a montré le buffet : champagne, alcools divers, petits fours, poppers, drogues en veux-tu en voilà. Et ça tombait sacrément bien car j’avais faim, une fringale d’ogre tout autant que soif, une soif de boit-sans-soif. J’ai concocté sur un plateau mon cocktail fétiche : Vodka Red-bull, cocaïne et un bon gros pétard et me suis installé dans un fauteuil pour me mettre dans le bain. C’était vraiment une belle et grande partouze. Ça gémissait à tout va, suintait, s’enculait de-ci de-là, bref la routine avec cette odeur… Cette odeur de queue et de sperme toujours la même, la même odeur de cul et de baise… Je suis bien dans mon fauteuil, sans bouger ou presque, sauf pour boire et sniffer, la tête dans la belle galaxie du délire mais stop, je me suis levé mais pour regagner la porte d’entrée et, d’un coup de braguette fermée et magique, la transformer directement en porte de sortie, de définitive sortie…

 

Décor 2 : Studio. Tableaux ocre et bleu qui se moquent de la Bible. Photos noir et blanc de beaux garçons, de paysages et de tristes anges. Bibelots de toutes époques et de tous temps, livres épars, disques partout, indescriptible. Lady Day semble chanter en boucle depuis des années…

 

Voix : J’ai bien fait de rentrer chez moi sans consommer, je n’en peux plus de cette furie de chair perpétuelle et facile…

 

Décor 3 : Même décor que le décor N° 2 mais presque tout est foutu en l’air.

 

Voix : Je ne serai plus comme eux c’est fini. C’est fini j’arrête la consommation de cul je ne veux plus dire Amen et Oui ! Oui couchons mes frères tous ensemble les uns avec les autres ; et les copains et les ex, non c’est fini le béni-oui-oui à chaque fois, j’en ai marre c’est tellement facile, j’arrête tout, je termine les plans et je fais table rase, je m’enferme, je suis chez moi, chez moi et j’y reste, j’arrête les plans, j’arrête le cul, je ne sors plus, je suis chez Moi !...

 

Décor 4 : Même décor que le 2 et le 3 mais dans un immense foutoir, des cadavres de bouteilles et de cannettes jonchent le sol entre des boîtes de pizza à moitié vides. Les cendriers dégueulent, la télé tourne en boucle en même temps que la musique dans un capharnaüm de son et d’espace.

 

Voix : Je suis chez moi. Ça fait une semaine mais je tiens le coup, ils ne m’auront pas même si ça fait mal, ils ne m’auront pas je me le répète en boucle. Quand le téléphone sonne je ne réponds pas, je ne réponds plus. Je m’amuse, pour passer le temps je m’amuse, j’ai démonté tout mon ordinateur pièce par pièce et je l’ai écrasé avec mon marteau et c’était très amusant, sinon je fais des puzzles mais je ne les finis pas, d’ailleurs je commence des choses mais je ne termine rien à part les bouteilles d’ailleurs je vais en ouvrir une autre, d’ailleurs j’ai soif. C’est incroyable comme j’ai soif ça doit être de trop me branler, ça doit être de les voir boire à la télé, de les voir avaler La Substance, de les voir téter goulûment à même la queue sacrée, ça doit être tous ces films pornos qui me montent au cerveau et moi je suis là, je suis là tout seul et quand le téléphone sonne je regarde les numéros des anciens plans et des nouveaux mais je ne décroche pas, je ne décroche plus pour personne sinon je vais recommencer, dire oui et y aller, dans tel studio, tel appartement avec tel mec, avec ce B.M. et B.F. actif only ou passif only ou auto-reverse, avec ce taré et ces trips de taré et ce tapé avec ses retenues de chochotte. Non par exemple hier je l’ai reconnu quand le téléphone a sonné c’était ce troufion avec tous ses godes accrochés aux murs ou qui pendent du plafond et des chaises sans fond pour s’empaler et c’est vrai je l’aimais bien parce qu’il était tendre avant et après mais je lui ai gueulé d’aller, oui d’aller se faire enculer lui et sa panoplie, mais j’ai gueulé dans le vide, je n’ai pas décroché et j’ai gueulé et je suis allé vomir dans les chiottes et pleurer en même temps mais non, je suis chez moi et personne ne m’en fera sortir, et personne ne rentrera car ici et mon corps c’est pareil. Je ne veux plus d’intrus…

 

Décor 5 : Une salle de bain qui ne ressemble plus à rien avec des numéros de téléphone écrits sur les murs et barrés, avec une centaine de numéros raturés au marqueur.

 

Voix : Je suis au panthéon de ma forme quand je vomis mes tripes, au mieux oui voilà c’est ça, je suis au mieux quand je sors de la salle de bain pour aller au frigo chercher du poppers et de la vodka et je reviens prendre un bain et durant tout ce trajet je marche comme un canard en longeant les murs, en faisant les coins en faisant coin-coin avec mon gode coincé dans l’œillet ; vous voyez je me marre bien, on peut rigoler aussi même sans baiser d’ailleurs je ne baise plus et puis je m’adapte, je me suis fait des amis, mes murs c’est mes amis et pour être en osmose je suis blanc comme eux sauf un peu de sang parfois, pour égayer l’ambiance, alléger l’atmosphère un peu de rouge pour mettre de la couleur, comme un nez de clown pour rigoler un peu…

 

Décor 6 : Dans une infernale puanteur le même décor que 2, 3, 4 et 5.

 

Voix : Pourquoi ils n’appellent plus je suis pourtant bien maintenant ? Je suis tout nu et j’ai un gros ventre tout rond et un cul très large et des cheveux gras. Je suis moi-même, plus besoin de plaire et plus besoin de séduire, plus besoin de m’accabler de désir je n’ai plus envie de rien pourquoi ils n’appellent pas car je suis très bien madame la marquise, froid comme une banquise, frigide comme une petite sœur des carmélites qui ne pense plus avec sa bite. Je jubile et j’éructe, j’exulte et ne crache plus ma bile, eh oui monsieur, eh oui ma bonne dame ça fait trois semaines que je ne suis pas sorti. Je ne réponds plus au téléphone et il ne sonne plus. Peut-être parce qu’il est avec l’ordinateur dans le vide-ordures, dans les poubelles en bas c’est peut-être pour ça oui peut-être à cause de ça qu’on ne m’appelle pas…

 

Décor 7 : En bas d’un immeuble des ambulanciers traînent un corps, l’entrejambe ensanglanté, vers une voiture blanche.

 

Décor 8 : Une chambre toute blanche et molletonnée.

 

Voix : Je ne suis pas un animal, je ne suis pas un chien mais vraiment vous savez les chiens j’aime beaucoup. D’ailleurs je parle chien vous ne me croyez pas ? Écoutez… ouaf, grrr ouaf ouaf ! Vous entendez comme je sais bien aboyer mais je ne suis pas un chien, je ne suis pas un animal mais je ne suis pas un être humain non plus, car ? Car ? Vous ne devinez pas ? Car je suis un ange, un ange et je peux même vous le prouver alors regardez, regardez et oui ! Je n’ai pas de sexe, aucune trace ! Plus de sexe, et vous savez bien, hein vous le savez qu’il n'y a que les anges qui n’ont pas de sexe… Mais maintenant laissez-moi, je veux être seul, ici aussi comme partout, je suis chez Moi !

 

Texte publié dans le N° 17 de Pref Mag.  

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