06 mars 2007

Partir pour mieux revenir...

medium_Cambodge_-_Vietnam_1_326.jpg

 

« Les cheveux plein de bières » comme dirait Adrien. Cinq heures, ce n’est pas encore le petit matin, juste la fin d’une nuit où tout encore s’est entrechoqué, où tout encore est parti en biberine. Sous les étoiles, juste là, je me promène illuminé sur les quais avec Dee, main dans la main les yeux rouges en prenant mon pied pendant que deux ou trois cents khmers dansent le madison devant le Palais Royal. Quelques heures avant c’était nous qui gigotions au Heart of Darkness, au coeur de la nuit c’était nous qui pareils à des bêtes de sommes dansions en embrassant nos hommes, en roulant des yeux aux « tepus » bourrés, à miss scorpion ou à Dara, aux démonoman's se trémousant sous les néons..

Assis face à ce spectacle irréel, comme si j’allais crever dans la minute, la chronologie de ces dernières semaines défilent inside mon ciboulot, comme dans un clip, un condensé d’images se succèdent à toute berzingue.

Mon frère à l’Equinox fait son numéro de national Bébé avec des clients qui sont aussi des amis. Ny, merveilleuse et tarée les accueille d’un tonitruant « Ta gueule alcoolique » avant de leur demander ce qu’ils veulent boire en leur jetant un clin d’œil. Sou Mey sur son 31 déambule dans la place en souriant à tout le monde avec un mot pour chacun puis descend s’occuper du BBQ. Je passe et repasse derrière le bar, jetant un regard sur les photos de nos parent, sur la photo de mon amant, de mon amour et moi, « Moi qui presque aussi fier que moi » me semble être à la maison, mais pourquoi me semble t’il seulement ? J’y suis !

Adrien arrive avec Elise et sans ellipses commandent deux vodkas red-bull et s’installent, le bilboquet déjà en main, alors qu’Isa danse à l’africaine au milieu de la scène, la soirée commence bien ! Et s’apprête à clore une journée passée à l’île de la soie, Koh Dach, mon refuge, là où mon sur-moi se fait la malle pour laisser vivre mon simple Soi ; Koh Dach, mon petit coin de paradis sur terre, l’endroit où je viendrais mourir, où « Gémir n’est pas de mise », où l’idée de Vivre retrouve Sens.

Après le Japanese bridge aller jusqu’au pont numéro 9 et tourner à droite au niveau du Vat pour prendre le bac et... Respirer un bon coup ! Le Mékong ouvre grand ses bras et nous offre cette langue de terre, qu’il faut embrasser sans discontinuer. La piste ocre est bordée du vert des champs et chante le silence et la sérénité : Suivre les hévéas et les palmiers puis longer une bananeraie protégée par un bas muret ; tourner à gauche. Quelques coqs, chats et autres nids de poules plus loin, premier arrêt, chez les parents de Sopheak, les miens aussi maintenant en quelque sorte, je les adopté sans qu’ils le sachent, ils m’ont hébergé, m’ont laissé dormir chez eux, sur le plancher des vaches qui me regardent bizarrement et réciproquement. Ensuite se laisser guider par les « Hello ! » des bouts de chou jusqu’aux paillotes et à la plage, sans avoir oublier de saluer Gnia en passant devant sa maison, immense et sur pilotis « ça va de soit »…

Rires, jeux et bouées, pédalos, bières et poulets, soleil, farniente et lecture, chiens et poissons, bambins tchkourt ; se laisser éclabousser par la lumière et l’humeur bon enfant, le bonheur simple d’être au cœur de l’essentiel, entre ciel et terre se laisser renaître, vivre l’instant sans passé ni futur, profiter de chaque secondes en barbotant dans les ondes, en visant à 380° le point G de l’existence : Happy gadjo le cul dans l’eau !

Puis partir parce qu’il le faut, vers 18 heures, quand le Mékong est rose, quand ils lavent les vaches et les chevaux, en kroma leurs peaux d’ébènes brillant dans le soleil qui en quelques minutes s’échappent déjà vers d’autres latitudes, n’est plus qu’un immense cercle de feu rempli de lave ; la nostalgie chauffe et vous prend à la gorge, il devient impossible de réfléchir, juste se sentir con de devoir, de devoir plus que de vouloir, vivre ailleurs plutôt qu’ici…

Phnom Penh !

Pour ne pas sombrer, déprimer tout de suite à l’idée de partir bientôt, aller au Jardin d’Orient, voir et écouter Marie-Laure raconter son histoire, ses histoires, après avoir déguster ses mets, ses délices, ses alchimies culinaires, partager la magie de sa présence et de sa lucidité, remettre, en quelque sorte les pieds sur terre, et s’en aller en se disant que finalement, elle n’est pas si mal que ça, cette terre… Leurre d'une heure...

***

Dernière ligne droite. Dans le désordre je suis à minuit les pieds dans la mer de Chine à Rabbit Island pour le nouvel an, avec comme l’année dernière mon frère en grand absent. Je suis à Sihanoukville avec Luc-Olivier et Isa, Antoine et Fred, Poni encore, espérant Vinh qui ne vient pas. Je bois la tasse dans l’eau brillante, je bois et je pousse ma gueulante au soleil qui se couche en incendiant le ciel, je bois en souriant aux ironies de la vie, en pensant aux absents et en trinquant aux vivants. « Je passe ma mort en vacances » dans un swing infernal qui danse à l’horizon, au milieu des nuages rouges et violets. Dans les bouées les gamins jouent tout habillés. On mange des salades de fruits découpées à la demande par des garçons superbes sur une plage de carte postale, sans que personne ne devine qu’en dedans je pleure déjà les paradis perdus et les bambins orphelins. Demain le métro, demain Paris, demain la toute petite vie qui reprend le dessus, avec son lot d’enfermements, de concessions au ridicule, d’emballements pour rien, mais toujours chanter ! Chanter à Thomas, aux amis, au prochain voyage, chanter !

Vélo ! Rires ! Rives des fleuves, lisières des rizières ! Rivières et motos ! Fleurs, palmiers, dingues et paumés ! Autre-parler, autre se-taire ! A l’équinoxe des sentences, faire écho dans le ciel étoilé de nos paroles éclairées, faire écho du Cambodge avant de s’en retourner en terre étrangère, en France danser une autre danse. Mais ne jamais oublier, faire plus que se souvenir ! Chanter le pire, s’imprégner du meilleur « encore une dernière fois », sans être manichéen, dans sa condition d’occidental ne pas juger, se laisser happer, lucide parfois, le plus souvent rêvé, et y retourner…

A BB, Nicolas, Danielle, Sou Mey, Ny, Isa, Adrien, Elise, Gildas, Luc-Olivier, Dee, et tous les autres, restés là-bas, au Kampuchéa, au Royaume des Sourires…

P.S. Merci à Brel et à Brassens pour leur involontaire participation...

... Et à " Pépètes " !  







Commentaires

Depuis le temps que je l'attends, CELUI-LA!
Deux jours peut-être...
Depuis que tu m'en as parlé.

Si je peux me permettre quelques rectifications...
Jouer l' "alcoolique casse-couilles!" au moins un instant...

Ny ne te demande pas ce que tu veux boire, elle te connaît et sait que tu veux une VRB! Elle te l'amène avant même que tu aies pu dire amen...
Délicieuse... tant ta boisson que cette Junon...

L'Ile de la Soie: un ailleurs, ailleurs!
Un brin supplémentaire de fuite, dans un voyage qui symbolise déjà la fuite.

Tu es derrière Adrien, sur sa Baja qui fume plus qu'elle n'avance.
Il te manque un cale-pied, le droit, si je ne m'abuse... ta guibolle dans le vent, et tu t'accroches tant bien que mal à cet éphèbe (un jeune homme, en pratique un garçon qui a quitté l'autorité des femmes, mais n'a pas encore de barbe au menton, source: Wikipédia...) qui te trimballe.

Et moi derrière, bien plus loin, sur "ma" Degree, qui fut sienne bien plus qu'elle ne fut mienne...

J'ai à peine le pied-à-terre mais tant qu'elle roule, je ne m'en soucie guère!

Je suis en seconde, parce que la troisième serait un outrage à cette nature qui nous entoure, un vacarme inutile.

Parce que pour une fois, je peux, en même temps que je crois dompter cette bécane, profiter du paysage qui nous entoure. Par chance, je suis derrière. Certes, je n'entends ni ne profite de ce que vous échangez mais je vous vois, je suis vos découvertes et peux tourner la tête à temps.

On nous fait payer le passage, grande première! Lors de la vraie première, parce que là ce n'est que la seconde, il n'y avait personne, tout juste une chaine dans cette terre ocre, que nous avions à peine distinguée puisqu'elle n'était pas tendue...

Après avoir tenté le hors piste dans le Ban d'Arguin, (Mauritanie), en 44
automatique, je crois pouvoir me dégager de ce satané sable!

Si seulement je n'avais pas en tête la diode "Temp" qui a fait des siennes entre PP et Siem Reap, et la nuit que nous avons passée au milieu du désert maure...

Parce que ce foutu 44 s'est coupé d'un coup, que les commandes ne répondent plus, qu'on découvre une fuite lors d'une pause vodka-orange-pétard...

Et le frangin sursautant, à peine éclairé par la lune:

"Put' de merde, j'ai senti des pattes dans ma main! Les scorpions, ça fait pas mal quand ça pique!"

Est-il toujours en vie au réveil?
Etait-ce un scorpion?
Il ronfle, tout va bien, c'était un simple bousier...

Sauf que nous sommes toujours bloqués, que la diode "Temp" ne s'éteint pas, que la flotte que nous foutons dans le radiateur n'arrête pas de s'échapper sous le capot!


Il a bu la tasse, une bonne lampée de Mekong, mais est toujours des nôtre, quand bien même Miss Scorpion révélerait son venin...

Le bac où nous sommes depuis trop longtemps déjà – parce que l'attente est toujours trop longue – ne part pas, mais voulons-nous réellement qu'il décolle?

Parce qu'en attendant, on se régale de ce pêcheur dans sa bouée, de ce dernier couchant sur le Mekong et des nuages qui font croire à des montagnes sur cette horizon violet...

Parce qu'une fois sur l'autre rive, nous devons prendre, en sens inverse, le chemin qui nous a menés vers une après-midi de quiétude.

Nous n'avons pas de casque, qui épargnerait nos yeux du vol aléatoire des insectes qui n'attendent que l'obscurité pour nous faire savoir qu'ils existent.

J'ai beau avoir des lunettes, ma myopie ne me permet pas de distinguer deux motodops qui font la course d'un camion surchargé qui a un phare jaune et un blanc...

Et vous devant...

Je vous distingue à peine.
Je crois vous voir sur le bas-côté, un "trottoir", un reste de piste, de terre battue, qui devait avant servir de route, avant que l'asphalte, merveilleuse invention! ne prenne le pas sur des chemins jadis de terre.

Un asphalte qui n'a pas encore – heureusement – trouvé sa place sur cette ile...

Nous partageons l'aller avec deux Baraing... deux de trop!
Parce qu'égoïstement, je voudrais être l'une des seuls à avoir foulé ces terres...

Etre une Baraing qui se distingue des autres...

Ecrit par : Elise | 06 mars 2007

Ecrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.