13 mars 2007

La cours aux miracles...

 
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J’arrive dans Silom, quartier gay de Bangkok, trop tôt mais exprès, pour voir monter la mayonnaise mythique dont on m’a tant parlé. Une terrasse au hasard, sans aucun hasard une vodka red-bull. Feuilletant les gratuits du quartier je tombe sur des cours de sexual kung-fu, des agences de mecs à domicile, toutes sortes d’annonces délirantes. Mais surtout, commençant volontairement avant l’heure, j’engloutis les verres à la chaîne en regardant passer les chiennes comme une vache à lait les trains : Chouchous! Tchou ! Tchou !

Deux heures plus tard, dans l’état enfin tant attendu, mi illuminé, mi sur-conscient, je change de terrasse. Le Dick’s. Un trans' superbe attablé avec un Viennois de la soixantaine m’intriguent. Ils parlent allemand puis « en français dans le texte » nous échangeons quelques mots. J’apprends qu’il/elle a la double nationalité ( assez logique pour une double personnalité ! ) qu’un ami à elle/lui a une maison au Tholonet ( Un quartier d’Aix-en-Provence, ma ville natale ! ) et d’autres détails, comme celui, assez croustillant, de son travail : Au Moulin Rouge ! Puis chacun retourne à ses affaires, dans un anglais parfait il/elle commande une soupe, j’en perds mon latin et me remets à écrire dans la langue de Molière, ou presque…

En face à gauche, « The New’s Boys of BKK » et à droite « The Fresh Boy » ; sur mon trottoir « The Bunny’s Massage » at the left and “ The Future Boy” at the right. Partout alentour des échoppes aux noms évocateurs ne donnent pas envies de s’échapper. Je pense au Marais à Paris et Tarlouzland me semble de plus en plus n’être qu’une succursale des instances les plus bigotes du Vatican, avec la Boutin en Matrone et la Marine en papesse : Je serre les fesses ! Pour peu d’être sensible aux charmes – multiples ! – de la Beauté des bad boys asiatiques, gare à la trique l’air devient électrique : Danger, vous êtes ici dans un quartier à haute tension, ne rentrer qu’équipé du matériel adéquat : Conscience ignifugée, gel coupe-circuit et capotes en caoutchouc du Bengale pour ne pas prendre feu…

La nuit avance et la folie s’immisce sournoisement. La camisole est en guet-apens. Le S.C.D. ( Sexuel Delirium Tremens ) est à deux doigts – je ne dirais pas où – de m’envahir par tous les pores. La libido va crescendo. Les fantasmes semblent tous pouvoir se concrétiser. Je pense à Thomas et à son ¼ vietnamien pour éviter de péter les plombs mais honnête avec moi-même je sais qu’il ne sera pas un fusible suffisant, ne suis-je pas « au bout du monde » ? Mon trans’ et l’autrichien, intrigués par ce que je griffonne sur des bouts de papiers chiffonnés reviennent à l’attaque et m’invitent à leur table. Nous rediscutons une petite heure en sifflant quelques godets qu’ils m’offrent très gentiment, ce qui à l’avantage de me détourner provisoirement du cirque de Silom, de la piste de Sodome. Grandes embrassades et séparations ; à nouveau seul, j’ouvre grand les yeux et laisse mes pupilles se dilater…

L’incessant défilé des splendeurs est à en perdre la tête. C’est une cacophonie kaléidoscopique, un chaos plein d’ondes subliminales, plein d’ombres sublimissimes, une symphonie en rut mineur de coquins et de libertins dont on ne sait s’ils sont majeurs. Les garçons et leurs silhouettes sont nonchalants, efféminés, percés, donzelles et gazelles, tatoués, mâles ou fols, jeunes et fashions, délurés… Exquise esquisse d’une beauté androgyne sans pareille, comme un ange chassé du ciel, une chimère mi-femme mi-homme m’effleure d’une plume en rentrant dans le bar où mes neurones se barrent pour laisser la place à mes hormones… C’est incroyable comme ici certains trans’ ou travelos sont mille fois plus féminins que la plupart des femmes / filles d’occident…

Au Bunny’s un croisement de Leonardo Di Caprio (jeune..) et de Tony Leung – Bonjour le métissage ! – me harcèle de clins-d'oeil pour un « massage ». Je refuse avec un grand sourire, la mort dans l’âme, ou plutôt dans l’entrejambe, ce qui est souvent la même chose… Je dépose contre Dieu qui n’existe pas une plainte pour harcèlement et pour abus de pouvoir, n’a-t-on idée de créer pareilles créatures, pareilles tentations. Cet endroit est une pieuvre aux multiples tentacules effrayante d’attrait… Un vivier de sirènes enchanteresses et qui tente encule et je sens en moi monter le venin impérial du cul, l’élixir sorcier du Désir. Cupidon ressemble à Bélial et Vénus à un anus ouvert à la magie du monde. Je ne peux réfréner un fou rire tant mon état empire. Mon serpent entrejambe s’en mord les pommes d’Adam à pleines dents mais je suis fort, je suis plus fort qu’eux, je suis… faible. Le massage d’une heure vaut bien une petite trahison en loucedé, toute relative : Alors que le final doit être une Totale je le laisse juste me branler, m’achever à la main, je m’appelle Emmanuel, ça veut dire « la main de Dieu » mais une main vaut bien une autre main, et au Diable l’avarice, la douceur de ses paumes et de sa peau me glisse tout entier dans le satin du vice.

Dehors le manège a redoublé. Ça chante et ça hulule, des V.G.M. (Vieux Gros Moches) pullulent aux bras de catins aux regards éteints ou folasses jusqu’au bout des godasses. Des touristes arrivés là sans savoir ouvrent des yeux éberlués, s’en amusent ou prennent leurs jambes à leurs couilles. Les corps swinguent, à l’entrée des boites c’est la criée, gogo show et porno live s’arrachent les clients. Ça allume à tire-larigot, la concurrence fait rage, je tourbillonne en refus, rentre et ressors monté sur ressorts le bas-ventre prêt à exploser je me refuse à céder encore. La chaleur pèse sur les nerfs, sur les miens je suis au milieu de mes pairs, j’enfile les perles de beautés au fil barbelé de ma démence, la transe me gagne, dans un café plus calme m’assois et stagne.

J’y resterai jusqu’à la fermeture, me laissant entraîner ensuite dans des afters étranges car ici à deux heures du matin tout ce qui est officiel ferme pour laisser la place aux soirées officieuses. « Protégés » par des vieux de la vieille je ne m’en sors pas trop mal, me laissant traîner de caves en appartement qui sont des sortes de clubs privés, jusqu’au final : Le lever du soleil sur Bangkok, en mangeant une soupe et en buvant une bière avec une cinquantaine de lady boys, putes, masseurs, danseuses, etc. ! A travers le prisme de la fatigue et des décalages, c’est un de ces moments uniques, presque indescriptibles, que l’on vit en voyage…

Le lendemain midi, « petit-déjeuner » après avoir piqué une tête dans la piscine de mon hôtel, avec deux gigolos et trois vieux beaux. Etrangement aucun trou noir, la mémoire est intacte, les souvenirs précis, les sensations exactes, les impressions claires comme de l’eau de vie. Un calva et tout va, calme et images comme un précipité chimique…

Je repense à ce texte de Stig Dagerman : « Notre besoin de consolation est impossible à rassasier » … Je pense qu’il est temps de partir, que j’ai bien fait de ne rester que deux jours dans cette ville qui me paraît une Ogresse au ventre insatiable ; que tout y est trop facile, qu’y rester serait un suicide, que la lassitude arriverait à grand galop, que très vite viendrait à manquer la tendresse, le partage d’un langage, d’une langue qui m’est si chère, que très vite viendrait à manquer, avec un garçon aimé, la complicité, cette étoile du Nord des sentiments…

Demain départ pour le Cambodge en avion : Je rentre « à la maison ! »

Fin...

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