25 mars 2007

Il y a des jours où...

medium_Station_Champs.jpg

 

( Ma vie a commencé dans des clubs de jazz enfumés et des cercles, de poètes qui portaient des boucs et des hauts de formes. J'ai été conçu entre un « sonnet du trou du cul » et, j'imagine, une improvisation sans fin sur « Night in Tunisia » ...Mais de tout ça je ne m'en souviens pas. C'est ce qu'on appelle une vie anthume... )

***

Il y a des jours où on ne comprends pas ce qui se passe. On en rit et on se contente d'en jouir, à la barbe de la réalité. On se retrouve, à 19 ans, seul, parfaitement seul, ivre sur les trottoirs des Champs-Elysées, à l'aube triste, après avoir passé la nuit à noyer ses morts dans tous les cocktails possibles et imaginables - À base d'Absolut principalement, à défaut de Zubrowska – Mais à la fin un ange vous met le grappin dessus - Seulement vous ne savez pas encore que ça sera le garçon que vous aimerez toute votre vie, bien qu'un jour vous déciderez de le quitter, quitte à le mettre à la rue, après avoir cru lui avoir tout donner, en plus de votre cul, et vous ne savez pas non plus que vous le retrouverez, et qu'il faudra, shade up, en silence l'aimer.

Mais revenons un peu dans le temps, dans cette boîte par laquelle on est tous passé un jour mais qui pourrait aussi être n'importe quelle autre, une sorte de Reine, moderne qui aurait mal vieilli...

On rentre. Au début on est discret, puis on rigole et on danse. On se laisse happer. On se transforme en vile harpie. On embrasse, l'âge post-adolescent et la carte bleue aidant, d'ivres splendeurs et de sobres fils de bonne famille – La vue brouillée autant que les sens exacerbés – On enfile les costumes du provincial timide, du jeune sûr de Lui, du gigolo qui ne s'assume pas ou de la salope qui se revendique. On danse en transe, mal mais on s'en fout, comme s'il s'agissait de naître enfin, d'être l'obscur objet de désirs à l'infini. Nombril du monde, en fait piètre petite crotte amusée et amusante, petit prince des bas-fonds, superficiel à souhait on éternue dans les courants d'air de la connerie.

L'esprit, le corps, c'est des montagnes russes, de haut en bas, d'ici et là, le bien et le mal au rythme des vodkas et de la musique, des regards qui appellent aux vices et de ceux qui se ferment, pauvres huîtres qu'on insultent par dépit : On est alors de prétentieuses pouffiasses avec de pathétiques idoles, de lamentables « modèles » mais on aime ça, on est grisé, on change sans s'en apercevoir, oubliant quelques instants qu'en fait on vit, d'habitude autrement.

Et on rentre, et on reste et on revient sans savoir pourquoi, loin de ce qui est notre vie, quelques Ailleurs, on se laisse doucement avaler, violemment surprendre :

Corps télescopés et visions kaléidoscopiques, furia des autismes désincarnés, cocaïne, métastases sphénoïdes que les basses diluent, drogues dures et lents synopsis des scénarios épileptiques. Mains baladeuses, tentatives foireuses et pipes heureuses, en loucedé à la va-vite dans des chiottes douteuses...

***

Toujours là. Je me laisse dépasser par les événements, volontairement je me laisse subjuguer ; chaque heure, chaque leurre semble un an, une année rattrapée de justesse. Ma lucidité est dans mes bourses, je suis le chorégraphe heureux d'une mise en abîme fascinante, j'organise le chaos d'un ballet qui termine de prendre vie sans moi, malgré moi, au-delà de moi.

Il y a des jours où on ne comprends pas ce qui se passe. Il est presque six heures du matin, doucement on se fait mettre dehors, la lumière est claire, c'est l'aube, le soleil reprend ses droits, on émerge grâce au froid, le silence va de soi, on récupère quelques parcelles de lucidité, on allume sa dernière clope sans s'en rendre compte.

( Puis Il arrive, vous prend par la main, vous emmène, on ne sait pas où mais on y va, et les jours passent, jusqu'à ce qu'être impassible devienne impossible. )

Les premiers tremblements
« Tremblant du tremblement douloureux du crapaud » 
La première féria des Sens
Où plus rien n'a d'importance que d'embrasser, de baiser non mais de ressentir, enfin, sans savoir pourquoi ni comment, le Premier, qui sera aussi le Dernier..

***

Il y a des siècles, comme une heure, où on ne comprend pas ce qui se passe. Les jours reviennent souvent. Ils sont comme les éclipses, les météorites, les guerres, les bravades, les injures et les réconciliations, les orgasmes et les résurrections. Ils prennent des chemins de traverses et rigolent au nez des labyrinthes en bouffant du Minotaure à la petite cuillère, trouée dont on se sert pour servir l'absinthe.

Parfois, calendaire, on a l'impression de tout comprendre, et c'est tellement effrayant qu'on fait semblant, qu'on joue au jeu du, comme si de rien n'était. Et on sort, et on se cache en partant s'exposer, explosant addictif de mille drogues merveilleuses, implosant destructif de mille rimes pouilleuses.

***

( Ma vie a commencé dans des clubs de jazz, enfumés, elle se terminera pareille, je l'espère. J'ai au fond d'un crâne insoluble des partitions qui n'en finiront pas de s'écrire, des garçons que je n'arrêterais jamais d'aimer, des insultes à fleur d'oeillet, des fleurs fanées de mâles catins, des regrets que je réfuterais et des remords que je laisserais s'entretenir, tout un jardin pas si secret que ça que j'entretiendrais avec la passion de l'obsédé, la minutie du scientiste, le délire du clown, le professionnalisme bohème et obscène du cas-à-part. )

***

Mais pourtant, si l'onpasse les tentatives de jeux de mots, les effets de styles, le désir d'un roman, la romance d'un récit, les brimades liés aux impératifs d'un texte court, si l'on s'échappe un instant des contraintes évidentes et des poncifs que l'on ne peut molester qu'avec une parcimonie presque imposée, si l'on décide de seulement se souvenir, de seulement raconter comme on conte sans compter, si on veut faire tomber des murs en écoutant un violoncelliste classique de l'Est qui s'amuserait lors d'un boeuf avec un batteur fou et nègre, on arrive à la mélodie derrière le rythme, on arrive aux anguilles sous roches et au Malin - Cette vieille Transe amusée - On arrive à toucher du doigt la liberté de s'embrasser dans n'importe quelle rue, de s'embraser dans le dos de n'importe quelle impasse, un cockring au sinciput pour mieux bander de l'idée de Vivre, sans être emmerdé.

***

Mais quelles complications pour dire, que je l'aime encore, que je l'aimerai toujours, et qu'il se reconnaîtra, d'âme et de corps.

Certains hommages, aussi ridicules ou pathétiques puissent-ils paraître, sont de toute éternité, j'en suis, en ce jour, étrangement persuadé. Même dix ans après.

Ecrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.