28 avril 2007

Inventaire à l'après-verre ( 3 )

 

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Et si le temps était venu de changer de vie? 

Boire comme on grimpe au sommet de l'ivresse,
Desperado, Heineken, 8.6, vingt bières
La langue pâteuse des réveils sans liesses
Petit déjeuner à la Kro, foi(e) qui se perd
Entre deux valiums, lexomil, somnifères
Douceur et doux son du bouchon qu'on fait sauter.
Vitamines C et lendemain d'extasies,
Coke en stock in sinciput, narines gonflées
A fleur fanée de gorge endolorie, vomi
Et insomnies, glaires et crâne par trop chargés.
Métro déprime galère cafés, chercher
La petite bête la petite araignée
Dans les recoins de la cave d'une destinée
Grignoter les dernières denrées d'une âme
Qui va à vau l'eau de vie tout feu tout flamme.
Mégots, cadavres dégoulotés et garçons
Déculottés, cendriers partout dégorgent.
Relents acres, murs gris, vis-à-vis, rhums glaçons.
Esprit rauques, ocres ternes, cernes loques,
Cercle de fantasmes, drames pacotilles
Brindilles pour feu de joie, vétilles de toc
Au tac au trac sans public la tremblote. Il,
Moi, Je, Nous. lécher la mort, son cul et faire bloc.
Gâchis, ratages, à-côté et foirades
Où est le mage en moi en nage en âge heureux?
Où le bambin taquin trublion le p'tit malin?
Enclume, Damoclés, l'écume d'un jour laiteux
S'étale aux portes des soirs et matins.
Upstair! A brûle-pourpoint sauver les meubles 
Les statuettes, babioles et fétiches
Valsant de cartons, d'escaliers en immeubles
L'avalanche des objets dont on s'entiche. 
Downstair! Trottoirs, rigoles, sur un banc assis
Siffler au goulot, siffler un passant, souffler
Au Temps quelques minutes et dans un halo
De vapeurs d'alcool, dans l'éther et l'avanie
S'enticher de son sang le sentir circuler
Au-delà de la rue dans le flot des échos.
Décollations des rêves et des collations
Sans trêves, avancer dans le brouillard épais
D'un avenir sans été, d'un futur sans passions
Avancer à reculons, distorsions et abcès.
« Dalivus Daemonium » / Tchkourt Barang, barjot
Dézingué à contresens et à contre-emploi
Emmanuel la main de Dieu un vrai manchot
De labyrinthes en requêtes contre Soi.
Déménager encore son corps, sa chair, ses chers
Livres, toiles, sculptures, disques, étagères,
Tout un fourbis de cave, de grenier, bougeoirs
Et croix, bannières, boiter vider les tiroirs.
Pictures, tout un vrac de photos sacs en sacs
Images de vies, de morts, au vent des regrets
Apparat de la faucheuse qui attaque, 
Fantômes à plat dans des enveloppes fripées 
Succédanés de la réalité, papiers
D'une mémoire qui balbutie ses bribes
Sans apologies, ni haines ni diatribes, 
Banalité des larmes éculées, cendres
Des annales, un archive-âge sauvage 
Sans chronologie d'une histoire en cage,
Qu'on effeuille en decrescendo :
Descendre Toujours plus bas, se ment l'adulte, et l'enfant :
Duel à l'aube, choix des armes, innocence
Ou expérience, ridicules affrontements :
Il n'est de jouissance qu'anthume, de présent
Qu'onirique : D'envol qu'à même l'Essence.
Bijoux, bracelets, chaînes, tour-de-cou, bagues,
Chevalières, gourmettes, colliers, alliance, 
Scarifications, tracé des apparences
Sur sa silhouette, cette triste blague.
Balbutiement quand la journée commence mal
Quand la journée commence comme elle a fini
Quand le tremblement démembre jusqu'au mâle
Qui s'est enfoui comme un foetus dans l'en-fuit.

Un bras mort, caoutchouc, un serpent sans muscle
Au réveil un coeur qui bat déjà trop vite
Une queue épicentre, une érection-luxe
Puis se mettre à tousser, bander comme on lévite
S'inventer une petite mort, se branler
En fixant le plafond jusqu'aux bas-fonds, bêler
Des borborygmes de chiennes en rut absurde :
Chanter l'épiphanie, qu'aucune croix n'élude.
In-situ renifler l'odeur impossible
Des tripes modales qui coulent et se ciblent
Dans les bouches d'égout d'un poème dégoût,
D'une coulée d'urine faire un Or qui bout.
Intérieur / extérieur, branle-bas des bad lieux
De sauna en amants studieux, pseudo malheur /
Pseudo bonheur, de back-rooms sans juste milieu
Rouler son coeur dans du papier glacé, d'erreurs
En leurres sinuer et puis s'insinuer
Qu'on tient le bon bout, le bon gland et le bon trou,
Puit sans fond et sans fin se perdre, errer
A l'opposé de ce qu'on est, s'enliser Fou.
Bibliothéques, anthropophage des mots
Sucer jusqu'à la moelle les sens du Verbe
Disséquer Vit la phrasologie sans démo
Des jouisseurs de verges jusqu'à la gerbe.

Et si on changait de vie? Voir autre chose?
Arrêter la glose sans arrêter la prose?
Il y a des points de non-retour, vouloir l'atteindre?
Ou franchir le Stix et arrêter de s'éteindre?

 

 

 

 

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