01 juin 2007

88 à 117

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Je me souviens de mes randonnées dans les gorge d'Opedette, en plein mois d'août, du whisky plein les veines, sous les coups de massues d'un soleil acharné à me bouffer le crâne. Je gueulais ma rage dont les échos dolorifères se répercutaient sur les parois brûlantes de ce canyon qui fût, quatre jours durant, le théâtre de mes démences acariâtre autant qu'acariennes, de mes délires joyeux, de mes humeurs pamphlétaires, de mon anarchisme criard de gniard dont les exhalaisons d'âmes étaient barbares, vulgaires parfois, triturées tout le temps. Et au plus la sueur coulait sur tout mon corps empuanti et poisseux et se faisait suaire, au plus cette transpiration immonde s'activait à être le corollaire de mon acharnement à accélérer le pas sous les assauts d'une chaleur mauvaise, au plus je laissais se cracher, de mon coeur euphorique, des flots d'exhortations blasphématoires, des vers païens sans queues ni têtes, des vomissure modales, des cochoncetés paillardes et d'insultantes prières.

Je me souviens du mariage de mon oncle, de ma détestation aujourd'hui de ce qu'il est devenu.

Je me souviens du nombre de fois où je me suis demandé où j'allais installer la bibliothèque, pour que les livres ne soient pas dans mon chant de vision quand j'écris. Écrasé par trop de chef-d'oeuvres, de la peur de ne pouvoir pondre une ligne..

Je me souviens de Verdun.

Je me souviens d'un duel à la vodka avec Astrick. Deux bouteilles de Zubrowska. Nos juges et témoins étaient Marie, dont j'étais amoureux, dont je le suis «  toujours », sénégalaise, et Chritophis Christakis, chypriote, cuistot en chef du restaurant gréco-arménien où l'on travaillait. Avais-je gagné de très peu juste avant la fin de la deuxième bouteille? Ivre-mort on m'a dit que j'avais déclamé du Artaud, dansé au milieu du salon, grimpé sur mon bureau et cassé une lampe en même temps que je tombais moi même, m'effondrant sur le canapé au côté de mon Arménienne de tous temps. On se bat encore sur qui a vaincu l'autre, à quelques minutes prés.

Je me souviens de Tan, de ce plan à trois qui n'a eu lieu que dans nos têtes un ou deux soirs.

Je me souviens de l'A7 et du goût des spaghettis bolognaises dans les restoroutes.

Je ne me souviens pas assez.

Je me souviens de la première fois que j'ai vu ma future caisse-claire Gretsch, dans le studio du vendeur de chez Gébelin, à Marseille. D'abord ses formes, puis son odeur le nez dessus. Une 14 pouces et demi en érable, coquilles ovales moulées. Du bordeaux et des stries. Une merveille, une princesse du swing juste au regard, comme une âme. Identique ou presque à celle d'Elvin Jones et de tant de Grands batteurs... Jamais je n'avais imaginé une oeuvre si parfaite en ma possession, pour moi un stradivarius si j'avais joué des violons dingues au lieu des baguettes folles.

Ma mère – et ma grand-mère – me l'offrirent. J'avais 17 ans...

Je me souviens du jour de ma mort.

Je me souviens de mes orgies de Nutella au bord de la piscine, Uxane endormi à l'ombre du transat, ses pattes sur mes pieds.

Je me souviens avoir été un poulpe, un bonobo, un colibri, un sconse, un babouin, un têtard, un gribouillou, un cacatoès, une limande, un crabe, un orang-outan, une bidouille, et tellement de drôles de bestioles.

Je me souviens de l'école de batterie, mais surtout de Nadia et Gilles Touché.

Je me souviens du lycée Bonneveine et de sa concentration de cons.

Je me souviens des mensurations de Dorine, 90 B, c'était en quatrième nous devions coucher ensemble.

Je me souviens de mes «  sudistes » à 700 francs et de mes jeans troués avec mon chapeau en feutre noir. Ô Borsalino! Dandy décrépi en errances, invisible aux autres.

Je me souviens de la grisaille parisienne, de la chaleur des brasseries tonitruantes, du calme de certains troquets de hasard. De ce magasin spécialisé dans les vinyls de jazz ( Croco Jazz ) et des milliers de francs que je lui ai laissé. Boutique derrière l'église ou église devant? Mouffetard. J'allais acheter un disque, de Bird par exemple, puis m'installais au chaud dans un café avec une bière fraîche, puis deux, puis... Pour lire Rimbaud ou Céline ou tout autre, avant de repartir à pied jusqu'à Saint-Michel, puis en métro jusqu'à Crimée. Là je rentrais chez Nous, je roulais et chronologiquement fumais un pétard tout en me servant un verre de Chivas en écoutant ma perle de Swing. Je poursuivais en allant sur le bureau pour écrire avec Bougonne sur les genoux. Puis Harry arrivait. Nous nous embrassions, passions la soirée de ci de là, faisions l'amour et dormions du sommeil des justes, enlacés.

Je me souviens du petit mot de la petite lettre de Caroline le 3 mars 1998.

Je me souviens des Poèmes Barbares de Leconte de Lisle et du «  Au Régal des Vermines » de ce titre rouge sur fond noir et de ce nom étrange : Marc-Edouard Nabe, alias Alain Zanini.

Je me souviens de m'être endormi à mon premier opéra : Cosi Fan Tutte, en Italien, 3 heures!

Je me souviens de mon déguisement en Charlie Chaplin, costume XXL qui me rendait encore plus poétique et absurde.

Je me souviens du cuivre des urnes.

Je me souviens de quelques parties de Monopoly interminables.

Je me souviens de ce noeud à la gorge à chaque fois que je vendais un de mes plus beau livre pour bouffer.

Je me souviens de mes dernières larmes, et de celles à venir...

Je me souviens de Harpo Marx.

Je me souviens du numéro de téléphone du « Vallon » : 01 42 61 88 49

Je me souviens de tant de noms, importants ou sans importances : Marie Follachi, Géraldine, Gaetan, Hadrien, Angélique, Virginie Maglio, Philippe Raphaelli, Cathy et Giovanna, Matthieu et Mathieu, Sébastien, Max, Micoulin et Piperaud, Christophe, « le tiers inconnu » et Eric, Rosa, Houm, Albert Arstanian, Rostand, Fred, Sautet et sa bourgeoise, Léotard, Gauguin, Pettruciani, Siné et Zagdansky, Gertrude, Hélène et Alexandre...

Je me souviens de mon Amstrad 6128. D'Arkanoïd et de Bubble Buble.

Je me souviens de la page de Sainte-Luce.

Je me souviens de la corne des mains de Ron Carter.

 

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