24 juillet 2007
Bord de Seine. Allers-retours. (de 118 à 147 )

La voix brisée, la voix cassée, j’aime je crois les derniers relents de cette sorte de tristesse… Cette voix caverneuse qui fait semblant de chanter comme on chiale. Gale de l’âme qui gratte jusqu’aux os, suaire de chair de merde, comment faire pour pouvoir ne pas pleurer chaque nuit, et chaque autre nuit encore? Rossé d’idées noires par le petit matin, pourquoi se lever ? Chemins mesquins sans mescal, se laisser aller à errer en dessinant l’absurde arabesque d’une destinée sans queue ni tête, sans comment ni pourquoi, sans début et sans fin, toujours par monts et par vau loin des bêlements du vain troupeau qui s’agite.
Heureusement il y a cette
Foutue Seine qui reflète nos impatiences et nos infirmités, qui laisse danser les ombres de nos fêtes et de nos transes, qui se fait l’écho d’un crescendo de mots…
Heureusement des caresses restent en suspend sans que personne ne puisse savoir pourquoi.
La Seine comme un petit fleuve homicide, astéroïde plein de ponts au bord duquel on écrit nos partitions et notre suicide, dans le reflet duquel on voit flotter nos perditions...
Barboter dans la fontaine aux innocents en ne se sentant plus coupable de rien.
S’endormir dans les métros et les RER pour mieux laisser se reposer nos vieux démons attachants, nos vieilles peurs sans cesses répétées, l’angoisse indéfinie de devoir reprendre ce qu’ils appellent le cours naturel de la vie, en fait fleuve laborieux charriant des flots de concessions innommables, des étrons de politiquement correct, des faux-semblants au milieu des vagues violentes de la peur de Soi.
Se réveiller à l’heure où le soleil se couche et où les imbéciles enfilent leurs pyjamas.
La voix fêlée, la voix démise et les pensées qui font du pied et de l’entremise au pantin qui se reflète dans la Seine, soi-même et la langue qui claque pour tenter de donner du sens à tout ce qui n’en a aucun.
Il faut pleurer comme on crie.
Pleurer pour alimenter un peu plus encore le débit de l’orage dément du n’importe-quoi qui s’abat trop souvent sur nos gueules, sur nos os d’âme à ronger, sur notre vacuité à être.
Seine sublime où on met en scène la Cène sans apôtres de nos crucifixions. Treize convives partageant le pain du Rêve.
Il faut chaque fois pleurer comme si c’était la dernière fois qu’on avait cette chance.
Il faut que la foudre embrasse la lune trop pleine de nos ennuis, embrasse à pleine langue la musique de nos nuits.
Ecrire des mélodies de bord de Seine au rythme effréné du tango de nos fantômes, du blues de nos ancêtres, du swing de nos cadavres, de la java de nos amours à la valse de nos amis écrire des chansons pour que dansent les souvenirs sur la piste de la mémoire.
Je me souviens de l’ivresse de mes échecs.
Je me souviens que je n’ai plus de palais, que je n’ai plus de goût, que je ne suis plus fait que d’amour et de dégoût.
Je me souviens que je n’ai toujours fait que trop aimer et trop à la fois.
Je me souviens de Yesterdays par Billie Holliday le 20 avril 1939.
Je me souviens de l’écho d’une claque dans mon Ego.
Je me souviens d’avoir souvent été aimé par des gens que je ne pouvais pas aimer en retour autant qu’ils l’auraient désiré.
Je me souviens d’avoir pleurer hier devant quelqu’un, ce qui ne m’arrive presque jamais. Je dois vraiment être au bout.
Je me souviens de la saveur de cette bière au soleil d’un cimetière plein de vie.
Je me souviens d’avoir voulu abandonner mon chat, avant de me foutre en l’air.
La Seine nous dessine, modèles agités sirotant et fumant en bavardant de tout sauf du temps.
Qui passe en se caressant les minutes, en se pelotant les secondes, en se doigtant sans heurts, en se branlant les années et les siècles, qui indifféremment se succèdent les unes après les autres.
Les bouteilles qui se vident et les pétards qui se roulent, les fesses qui s’exhibent et les touristes Babar qui sans le vouloir les voient. Les mots qui se frôlent sans vouloir trop se brusquer, les verres qui se remplissent quand les cigarettes se consument, la surprise délicieuse d’un corps qui s’affale en tendresse sur vos genoux.
Je me souviens d’avoir souvent voulu ne plus me souvenir de rien.
Je me souvient d’avoir pleurer avec un Belge en écoutant Astor Piazzola, dans une chambrée dans une caserne à Saint-Raphaël, 21ème RIMA. Je m’ouvrais les veines peu après.
Je me souviens d’une lettre très courte qui en disait plus qu’un prix Goncourt trop long.
Je me souviens que mes disques prennent la poussière, que mes bijoux de swing ternissent au même rythme que moi.
Je me souviens que cette nuit j’ai fait des rêves si improbables que j’ai décidé au réveil de les laisser à leur bon-sens.
Je me souviens de cette bouche qui saigne à grand flot pour faire taire mes abus sans ministère, mes reflux d’excès routiniers, mes vains bavardages et mes postulats délétères.
Je me souviens de la moiteur de trop de saunas, de trop de mauvaises odeurs.
Je me souviens de mon pied qui bat la mesure sur Blues March dans un train qui file à toute berzingue vers le Sud, vers Aix-en-Provence, enfin !
La Seine. Bancs et pavés, escaliers sombrant vers les rives sur lesquelles assis et saouls nous partons à la dérive.
Les ventres avides nous ne nous laissons pas nous assoiffer et nous affaisser. Les verres se remplissent pour mieux être bus, l’herbe pousse dans les champs avides de nos cervelets en déambulations.
Je me souviens de chaque hurlement, chaque jour après avoir été mort un peu plus.
Je me souviens que dans la rue une dame à qui je le demandais par hasard m’a donné la définition du mot Céphalophorie. Et le soir, d’avoir mis le nez dans le dictionnaire sans le trouver, mais, par contre, d’être tombé sur la définition de Céphalique : « adj. De la tête ; relatif à la tête. » Pensant « c’est phallique » : un nombre incommensurable de questions me sont venues à l’esprit…
Je me souviens des gants blancs de Ben Riley.
Je me souviens des lèvres de Ravi Coltrane.
Je me souviens des lunettes rondelettes d’Herbie Hancock.
Je me souviens de mon dernier verre d’alcool, d’avoir espéré que ça serait vraiment le dernier.
Je me souviens parfois au détour d’une voie sans issue que j’ai décidé un jour de passer ma vie à tourner en rond.
Equation irrésoluble et irrésolue : Je me souviens que j’ai vécu avec un garçon que j’aimais plus que mon amant quand j’aurai voulu vivre avec mon amant en aimant plus ce garçon.
Je me souviens que je viens de travailler presque cinq ans au même endroit, dans le même bureau. Faire ce constat, vomir et y retourner.
Je me souviens d’avoir lu « Métaphysique de l’amour, métaphysique de la mort » de Schopenhauer dans le métro en trouvant ça pathétiquement, et inutilement laborieux.
Je me souviens m’être dit trop souvent de ne pas faire des choses que finalement j’ai faites.
Je me souviens d’avoir pensé à une boîte à musique en écoutant Gary Burton au xylophone.
02:30 Publié dans je me souviens... | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

Commentaires
(j'ai déjà mis un commentaire) mais il n'apparait pas - je disais donc que le site d'Emmanuel est très élégant, aucune vulgarité, c'est très sobre, les nus masculins sont très beau que ce soit les garçons de Fabrice ou autres.
C'est pénible pour moi car mes yeux ont été très atteint dans un terrible attentat, et c'est un peu difficile de lire "blanc sur fond beige clair" maix c'es si élégant, ne changez rien.
Les photos du Cambogde "Cambodia" me rappellent des souvenirs, mais d'une époque terrible à l'époque des kmers rouges, j'ai parrainé des enfants avec l'équipe "PARTAGE" .
Les nus sont élégants, les garçon sont très beaux Emmanuel aussi d'ailleurs.
Bien cordialement
Jack NYC
Ecrit par : jack NYC | 31 juillet 2007
Jack NYC : Merci, pour le commentaire, l'effort, et " Partage " ...
Ecrit par : emmanuel | 09 août 2007
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