24 août 2007

Les Thébaïdes (2)

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Face à l’océan je fais des colliers de mots que j’enfile autour du cou mou du temps doux. Parfois tango je tangue haut sur la frise des vagues, pars en dérade, érotico-austère je file en impro, à l’anglaise en d’improbables et incompréhensibles contrées swing pour contrer la logique, ce sine qua non de l’avilissement.

L’Afrique. Obsession anthume sûrement. Chronologiquement viennent les syncopes de Max Roach dans mon bain séminal, et dans le natal les polyrythmies de quelques autres magiciens, liste sans fin, Ben Riley ou Philly Jo Jones, Art Blackey et Sam Woodyard, Zutty Singleton ou Tonny Williams, Elvin Jones ou cet autre Jo du même nom, Jones, liste de mes joyeux drilles, de mes nègres immenses et de ma famille intense. Héritage venu de l’ère du New-Orleans accouchant du free jazz et disparu aujourd’hui et maintenant, ce maintenant qu’il faut ressusciter en revenant aux racines. Au loin, à vue de nez Pinocchiesque, comme une fresque se dessine l’île de Gorée, île en bouclier contre les logorrhées justificatrices des anciens et modernes esclavagistes, en contre poids et deux mesures dans la balance des soi-disantes démocraties et barbaries. Non, pour moi il y a seul le blues et le spleen, là-bas et ici, ailleurs pourquoi pas, mamelles opposées que je réconcilie : Strange Fruit et Les Fleurs du Mal! Seule la poésie peut lier nos terres, l’art les faire se rejoindre. Que les civilisations se séparent et s’affrontent, je crée un monde mien où elles se caressent de mille frissons, joies et tristesses.   

Face à l’océan je suis présentement l’enfant dans le ventre égoïste du temps. Je m’applique à faire des alexandrins boiteux plutôt qu’à être un des maillons rouillés du progrès et de la destruction généralisée. Dansent les moutons à peler porteurs de pluie, dans le ciel agité dansent les couillons appelés par les bergers, ogres de vos vies.     

Face à l’océan je suis… Je ne sais… Peut-être ce clown triste une seconde, joyeux une autre, triste encore et encore joyeux. Peut-être ce borgne dans le cirque-royaume des aveugles, cet imbécile heureux qui hurle aux tympans crevés des sourds qui votent au lieu de s’amuser à fomenter quelque révolution. Peut-être celui qu’on accuse d’incivisme quand j’accuse au jour d’aujourd’hui et entre deux euphémismes l’Urne de n’être que le tabernacle des faux-semblants. Mais pourquoi tout ça, cette gueulante, ne serais-je donc sevré de la France?! Et des français?! Si, mais avant de continuer le voyage mettre les points sur les I, une bonne fois pour toute, une dernière fois : Ceux de France pour la plupart ne sont plus mien. Ils ont voté et se sont vautrés. Avant le petit chancre Nicolas j’ai souvenance d’un pire souvenir que je vous expose sous cette forme : Que les donneurs de leçon démocratique justifient l’élection du Rat Chic et Choc, escroc patenté devant l’Eternel, à 82 % et si tous me convainquent je m’avouerais con vaincu : J’aime les paris gagné d’avance. En attendant, dans la nuit plus noire que les ténèbres de l’isoloir, je me sens plus comme un con damné joyeux et hilare adressant un ultime faire-part au ventre national duquel j’ai accouché : Adieu Mère Patrie et mal aimée, les dés sont truqués, je file en terre lointaine tel un Peter Pan certes mal armé, mais mâle tout de même et en douce compagnie, en la compagnie douce de mes frères et sœurs d’amitiés.

***

Dolphin m’a déposé sur la langue Island des Thébaïdes après une plongée en apnée au milieu des poissons en bandes aux écailles vibrantes et aux âmes athées. Nous avons flotté avec eux sans qu’ils ne comprennent notre chevauché. J’ai vu ce temps-là leurs yeux globuleux parfois plein d’amour, leurs yeux globuleux nous regardant en doutant parfois de notre réalité, comme un air septique leur faisant le regard circonspect. Dans le miroir de leur indifférence ou de leur curiosité je me suis vu avec Dolphin et je me suis moi-même demandé si j’existais, ce que je faisais là. Et le bonheur de ne pas trouver de réponse n’a pas d’égal : Je barbotte, je plonge et je flotte, je nargue sans vergogne toute logique dans les courants chauds et les appels d’air frais, et un jour c’est d’un petit nom que j’appellerais tous ces poissons ahuris et sublimes, mes compagnons de bonne fortune, ma poiscaille de bonne augure, mes dévertébrés camarades des grands fonds…

 

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