05 septembre 2007
Les Thébaïdes (3)

L’Afrique, le Sine Saloum… Au pays des mangroves sur une pirogue j’amalgame les noms. Je ne sais pourquoi je pense aux dessins de Siné, à Oum Kalsoum, à Roy Hargrove et à son groove. Me revient son dernier concert marseillais dans cette ville presque détestée que je fréquentais si peu, pour ses concerts et sa Criée, théâtrale non poissonnière, où Maréchal tenait son marché de pièces. Puis post représentation la taverne de Maître Kanter où coulait la bière dans les gosiers des Don Juan d’un soir et des Ruy Blas d’une nuit, prolongée jusque tard dans les vapeurs aux abords du vieux port. Ce théâtre d’ici me paraît abscons et dérisoire… Supercherie des planches, dramaturgie scéniques tissées de vieilles ficelles, monologues déclamateurs, pour les siècles des siècles. Succès assuré et qu’attendent les jeunes écrivains avant d’être joué, les barbes blanches veulent encore que l’on rejoue mille fois Le Médecin Malgré Lui. Mais au fou ! Tous au barbier ! Place aux anonymes, aux antipodes, aux anti-potes des Antigone ! Aux jeunes poètes de basse-cour comme d’extraction et aux coqs illuminés comme aux Licornes ! Voyez ces titres qui ne flamboieront jamais aux façades rénovées des grands théâtres nationaux : « Le jeune homme à la Pirogue » ou « Chorégraphie d’un noyé heureux ». « Les histoires de morte couille et de fesse plate », « L’orphelin mille pattes » ou « Symposium des rectums ». « Autopsie du royaume de l’enfance sur la table de vivisection d’une nuit blanche » ou « Quand Kant déconne et décante, philosophie du Tanin ». « Nécrologie d’un fœtus », « L’errant errant petit Peter Pan », « Riant anus » ou, en hommage à Caroline, un titre à elle, « Ils se marrèrent et n’eurent jamais d’enfant ».
Je rêve d’un livre qui ne serait que des titres de livres, des titres de manuscrits abstraits jamais publiés. Mais je ne rêve pas, ou presque, j’écrirai un jour dans la certitude de ne pas être lu un recueil de titre que j’ébauche ici. Tel Paul Gonzalves s’oubliant, nom de Dieu ! pendant vingt sept chorus, sur Diminuendo and Crescendo in Blues, je m’oublierai dans la partition pour improviser des milliers de titres. Dans les Thébaïdes chacune des milles îles qui l’entourent sera nommé, pourra l’être. Labyrinthe de livres fantômes où se perdre, éclats de mots éparpillant les Possibles.
« La vanité de Bélial » ou « Ablation d’un glaucome », « L’amateur improviste et l’armateur photographe, textes et images », « Quand Django djangotte », De ces yeux sans lunes et de ces lieux sans urnes » ou « Le vent élève et tant qu’à rire ne pas pleurer », « Ils se massacrèrent et n’eurent jamais d’enfance » ou « Abstraction de l’ange »…
Le Ciné du Siné ! Seul dans le parc titres et historiettes. Se ramène le verbe du jeune âge contre le verbiage : Ici tout est là, il faut donner au silence comme à la furie la même cadence infernale qu’offre la poésie. Dans cet Oasis l’Amphi est dissipé à l’étude du Swing. Les singes criards ne tiennent compte des autorités, se foutent de rater leur année, ils redoublent de frénésie à l’annonce de l’imperméable sanction, adoubent d’un geste moqueur la certitude inébranlable du docteur ès hégémonie qui se pavane dans son esprit et son savoir. Non moi je suis babouin comme eux, et je titre à vue.
« Trois dents dans une main aux ongle trop longs fait semblant d’écouter aux portes »
Mais je vois que Thomas et Marie me rejoignent. Nous avançons dans le dédale, les crocodiles ont la dalle. Il est incroyable comme l’équilibre est instinctif quand de grandes gueules préhistoriques ouvertes à peine et de façon vicelardes attendent patiemment de pouvoir vous bouffer une jambe. Des titres me viennent à la vitesse éclair du claquement des mâchoires…
23:30 Publié dans ProjetS | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

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