29 septembre 2007

Se lever à l'heure de se coucher. (2)

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                                                                      Photo : Martiq
 

   Une fois le millier de bouteilles déposées dans le couloir du hangar indiqué, hagard je sortais enfin, mes strophes et mes stocks de marchandises se mélangeant in petto. Jeune homme aux semelles de plomb. Pas de vent mais encore le ballet infernal des trente-trois tonnes, pareils à des sumos dansant une gigue-automate, en masses et en force, pathétiques et sans grâces. Dindons Nippons sacs de graisses, japonais que l’on dit Dieux Vivant  mais ce ne sont que des humains, chimères, je dirais même victimes si j’avais de la compassion. Mais à cette seconde si peu de compassion, juste une main en mouvement pour essayer d’écarter de ma pensée ce chaos encombrant qu’est le réel. 
   Je sortais du hangar et je déambulais dans la zone sinistrée, muet depuis le matin et aphone jusqu’au soir, je déambulais bavard à l’intérieur, enchaînant les litanies, les pamphlets, sans feuilles ni claviers pour éterniser ces chants guerriers et taquins qui me faisaient honnir cette humanité, l’honnir d’amour à en vomir, à en vomir encore une parcelle de plus. Existence alentour calembour ! Vos gueules et Camembert ! Oui à vomir car  constituée de ce que je ne comprendrais jamais et me refuse à comprendre ou même à analyser, faisant plus confiance à mon esprit de gamin en perdition lucide qu’à ma raison. Raison qui dans la chambre noire de ma conscience ne peut de toute façon donner apparence à ces instant tannés de Non-vie, ne peut développer dans son laboratoire autiste le spectre du Sens, les clichés de cette société de porcs et d’anges en rouges et noirs.  

   Puis l’arrêt de bus. Un blues en la de Thelonious Monk ou en ré mineur de Bessie Smith dans les oreilles. Jazz de Tonny Morisson pour consommer la rupture, ravaler la façade, pour retourner dans le cocoon Essentiel, pour marquer la césure, pages consommées comme une drogue, un antidote contre le fiel foireux du quotidien, pour festoyer en terre d’euphorie et s’y blottir.
    Dans les bras nègres du Swing oublier le mutisme, rallier à ma mutinerie interne Miles et consorts, Billie et consoeurs dans un grand concert, les recettes étant reversées à des œuvres caritatives pour émasculer le Capitaine du Navire par exemple, ou alors Monsieur Paul, contremaître de son état et de métier pour grandes sociétés transparentes. Serré dans les mains de fer et de cornes de Ron Carter oublier une fois de plus que pour boire et manger, que pour écrire et fumer il faut se transformer en larve, en mouton à tondre et à tordre, en adulte responsable, pantin affable et catin sociable, en petit grain de sable de plus dans le grand désert des Entreprises. Petit grain de sable valsant aux vents mauvais tout en étant l’obligé de Monsieur Mélenchon, à qui verser un loyer, de Monsieur Ronchon de la Rocade, huissier sis rue Napoléon, de Monsieur Y et de Madame X, N° ceci et Compte cela, de ce sieur ci ou en sursis de cette Dame là, Putain parvenue à particule, de Gnia Gnia Gnia la Mairesse et de Monsieur Grognard, de Madame Patronnesse et de Monsieur le député de mes fesses, du Président de mon séant à Madame la Vierge Marie de mon Néant. Et encore j’en passe car s’il fallait tous les citer je passerais de vie à trépas avant eux, par haine et par dépit, et si j’avais su j’aurais pas venu mais je suis là, suave gargouille dans le bénitier pourrave de la cathédrale France, grenouille bavasse dans la mélasse du marécage Terre. 

   … Mais venait la Rotonde. Puis le cours Mirabeau et à ses terrasses, toujours elles, ces blondes reteintes la gueule rapiécée et les crevasses comblées. Et toujours eux aussi, ces pâles mâles débraillés aux allures latines les Pall-Mall à porté de main baguée, ces caricatures du Sud que rien n’élude. Merveilles hétéros et délicieuses Marie, les mêmes qui étaient dans ma classe de la sixième à la troisième et qu’à défaut de séduire je faisais rire en faisant le clown, le pitre, simple cancre farfelu bien-aimé ou ignoré simplement quand je ne suis plus que le chancre viral qu’on nie par peur et par ennui. 
   Puis le 12 de la rue du maréchal J – et cætera – du Maréchal de la Gale, pustule de la Nation, du Maréchal Trou de Balle, pistil crever… Adresse hors du Temps où j’habitais, où je vivais mais qu’un jour quelqu’un me donne la définition de la vie… Les escaliers un peu crasse et étroit, couloirs colimaçon aux allures de déviation vers mouroir, et enfin la porte ouvrant sur la niche dans laquelle je rentrais, dans laquelle je pouvais enfin aboyer ou laisser aboyer, Les Chiens de Ferré par exemple.

   Ainsi de suite cinq à six fois par semaine ce qui amenait, au choix, au vendredi ou au samedi, quant la liberté offrait son visage. Mais le soir venu je lui crachais dessus et je m’élançais dans l’autre Prison, celle du Parc. Même Temps même mœurs. Le soir venu, le jour en phase terminale, fin d’agonie, la nuit venue relayait la journée passée à patauger dans la Malefosse Auchan. Puis le cul prenait le relais, rajoutant aux ans le poids du mépris de Soi tout en l’allégeant de son excédent de Jouissance. 
   Va et vient des emprises, je me détache de la vie en dehors et rentre en dedans, dans une autre dissension je méprise ce qui était avant et qui sera après, va et vient des méprises. Et ils étaient là les corps à conquérir, les conquistadors du Cul, les petits cons adorés pour leur âge à fleur de peau, pour leur peau de Miel. Butiner volage et s’enquérir d’un baiser, rutiler bravache et se faire enculer, demain je dormirai jusqu’à ce que la nuit se lève !

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