24 novembre 2007
Vers sang d'un délirium.

Sébastien, j’écrase un mégot, je remplis un verre, j’allume une cigarette et je vide un godet. Rythme de plus en effrayant des fréquences. L’ailleurs est difforme il n’y a plus qu’ici. J’ai fabriqué un autel. Il y a des boîtes d’allumettes russes, des cigarettes portant des noms qui ne diraient rien à personne ou presque, des peluches, deux, mités par des Dieux qui ne résonnent d’aucunes raisons, ceux que nous avions inventé. Combien de jours que nous jouons, combien de nuits que nous frayons dans le labyrinthe de nos effrois, que nous batifolons, jolis papillons ? Les chenilles dont nous sommes issues sont celle des tanks du désarroi.
(Un instant de silence)
La voix brisée de Tom Waits sur Blue Valentines en écho à celle de Chet Baker sur My Funny Valentine.
Mon petit Valentin ! Pour que tu ne t’ennuis pas j’ai lu la correspondance de tes parents, j’ai lu à haute voix, à voix de titan, d’Hercule, j’ai vocalisé, diablement vocalisé pour que tu entendes tout, pour que tu entendes la différence d’avec mes lettres sans sens, ni queue ni tête.
Veux-tu un exemple ?
Non ?
Juste un, qui ne serait pas épistolaire mais le pourrait :
« Fenêtres superposées à la gloire d’une décadence consommée et d’une impatiente myopie.
Notre société n’a pas de permis de construire et nous en abusons.
Ton goût pour l’étendue des dunes rappelle un baiser de midi.
La politique aux abords masochistes n’engendre que tromperies et tricheries acharnées.
Nous mêlerons-nous jamais aux noyés des boues subordonnées ?
Et toi, rêveur ambulant,
Tu médites sur la racine d’un lien authentique… »
(Un instant de silence)
Ô mon bébé. Puisque nous ne savons pas ce que nous serons si un jour nous sommes encore, je ne peux plus qu’écrire à l’Avant, car
« Avant c’était mieux,
La musique se réinventait à chaque minute, les génies ne savaient plus où donner du pinceau pour faire mordre la poussière à l'académisme. Ils fabriquaient, mais sans le savoir, leurs futurs bourreaux en rigolant édentés à la face des technologies nouvelles. Des écrivains suppliciaient la littérature avec trois petits points et d’autres le cinéma avec trois mots magiciens : Noir, Blanc et Dialogue De Prévert. D.D.P. mais où sont nos Artaud, nos Céline, nos René Clair et nos Barrault, nos Jean-Jacques Rivière et nos décalogues pamphlétaires : Trouvez-moi dix vrais poètes ! Qui pourrait dire aujourd’hui que « Là où ça sent la merde ça sent l’homme » ? Mais qui pourrait dire aussi que « L’éternité est retrouvée, - que - c’est la mer mêlée au soleil », sans paraître extrémiste ou ridicule ? Les falots écrivent en SMS des romans de gouinasses ou des Sommes S-F lamentables de consensualisme quand dans les reflets des miroirs du Flores on encense des professionnels de la rentrée littéraire entre trois coupes de champagnes et quatre magouilles éditoriales. On étudie Sade dans les masters de littératures mais les thésards se taisent sur les pamphlets de Céline, on dissèque Guyota dans les amphis mais on se choque d’un groupe de rap qui traite le président d’enculé. Une belle et jeune Sénégalaise intègre un gouvernement de fachos patentés et s’en vante quand Léopold Senghor se retrouve en Pléiade. Redonnez-moi un seul Coltrane contre mille Doc’ Gynéco’ et un millième de Miles contre cent milles merdeuses à la Diam’s. Alors oui avant c’était mieux et non je n’appartiens pas à mon époque, je la vomi du fondoc de mes tripes, je la dégueule du plus profond de mon Amour, je la chie et je tire la chasse car tous me file la chiasse. Quand nous avions des Sartre ou des Rebatet, qu’on ne les aime ou pas, nous voilà avec des Bernard Henry Lévi, des Bruckner ou des Finkel-crotte : Mais comment avons-nous pu tomber si bas ? Où sont et que font Aristote, Dante ou Sade, Machiavel ou Pascal même ?! On ne nous offre que des pantins de l’intellect, des mous de la polémique, des fripouilles de l’underground, de la merde en conserve pour discours réchauffés.
Alors oui c’était mieux avant ! C’était mieux quand Cronenberg adaptait Burroughs, quand on suicidait à la grosse bouffe des personnages nihilistes et foireux et que des indigènes sans gènes menaçaient d’empaler des réalisateurs/acteurs allemands capricieux et égocentriques pratiquant un cinéma délirant et mégalomaniaque sans moyen au cœur d’une forêt hostile pleine de pièges. Nous avions les furias de Klaus Kinski et de Werner Herzog, il nous en reste " Lost" !
Alors oui c’était mieux avant quand chaque jour des Mozart du swing écrivaient et jouaient les opéras baroques d’une musique en révolte : Le Jazz !
Oui, Oui et encore Oui !
Où sont « nos » Chaplin, nos Béjart, Wharol, nos drogués, nos alcooliques, nos fous et déments, nos absolutistes qui badigeonnaient de sperme, de sang, de vie, la littérature et la musique, la peinture et la sculpture ?! Nulle part ! Où invisibles luttant dans les back-rooms de l’ignorance médiatique sans vouloir se faire récupérer :
MERDE »
(Un instant de silence)
Voilà, une lettre comme tu les détestais…
(Un instant de silence)
Mais maintenant ? Que faire d’autre que de te provoquer. Tu ne sors même plus d’aucun de tes gonds.
(Un instant de silence)
Alors je n’ai plus qu’à invoquer, nos dieux et notre passé.
(Un instant de silence)
Miles. King Of Blues vient à mon secours, le notre. Je sais que tu te souviens notre particulière façon de regarder le vide les soirs de lune absente. Nos indifférences aux mépris, nos éloquences complices les nuits de désaccords. Nous inventions des Gloire aux morts anonymes et aux amours avortés. Je pardonnais tes envolées concrètes comme tu faisais fi de mes chants nihilistes. Nos cris n’hurlaient à aucune éclipse, nous nous moquions des ellipses capricieuses de la rhétorique têtue, par amour. Miles. Nous sachions nous réconcilier avant même de n’être fâché, nous savions nous pardonner avant même de nous être offensé.
(Un instant de silence)
21:30 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

Commentaires
Tous les génies ne sont pas alcooliques et hélas tous les alcooliques ne sont pas des génies (comme en témoignent leurs compagnons compagnes et enfants) Mais on comprend. Bejart, Armande?
Chacun peut y aller de sa petite liste.
Les authentiques existent au coeur des revues, chez certains éditeurs. Ne vaut-il pas mieux être le premier dans son village, celui de ses pairs, que le centième à Rome, la médiatique?
On est génial, puis on faiblit et on s'adapte, comme le Bellochio des "Poings dans les poches". qui ne se reconnaît plus dans son passé flamboyant. Ce qui est ennuyeux, ce sont les tricheurs, se cachant sous leur anarchique jeunesse, pour colporter leurs fatigues veules, en cherchant toujours un os de belle cause, à ronger et à exhiber!
Ecrit par : Grillon parlant | 27 novembre 2007
Mon DIEU ! Tous les génies ne seraient pas alcooliques et tous les alcooliques ne seraient pas des génies ?!
Il est plaisant de voir que les grands esprits s’élèvent parfois sur ce blog !
Et qu’en reflet de certains « commentaires » on voit dans le reflet du miroir un déni des listes, argumenté par un lieu commun de surcroît !
Mais la cigale qui chante les louanges peut aussi moquer le grillon et sa « bonne » conscience.
Car en effet je liste, des auteurs aimés, des titres parfois. A d’autre moment je liste des babioles et il fut un temps où je listais même des listes de listeurs ! Et en lice !
Et au petit bonheur des inventaires !
Il ne faut pas confondre la nostalgie et les hommages avec la masturbation cultureuse, merci!
Quand à la soi-disante anarchie de ma jeunesse, elle vous emmerde comme toute anarchie qui se respecte, et feule ses imprécations en rongeant sa rage comme un os plein de moelle : Car c’est le "sel" même de toute gastronomie anthropophage qui se respecte, d’exhiber par le menu l’authenticité de sa revue sans dentelles.
Affectueusement.
Ecrit par : emmanuel | 04 décembre 2007
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