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25 novembre 2007

Echec et mat.

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Tu peux rester là des jours j’y resterais aussi. Je vais te nourrir comme une mère nourricière donne son sein et le lait de sa terre. Je vais être ton ange gardien, ton petit démon insupportable, je ne céderais pas jamais à la furia de ton caractère. Et si tu crèves là derrière cette porte alors je crèverais là devant cette porte. Devant ou derrière on s’en fout nous sommes deux fous lapidaires. On retrouvera nos cadavres quand la puanteur deviendra telle que les effluves de Mort mettront la puce aux narines de nos voisins imbéciles. Pour tuer le temps en attendant que l’inverse prenne le relais je vais écrire. Des lettres et encore des lettres mais tu n’en liras aucune. Tu entendras des bribes car des fois j’écris à haute voix mais tu entendras des bribes seulement. Peut-être que tu essayeras de reconstituer le puzzle, peut-être que tu n’en as rien à foutre, peut-être que tu dors. Toujours peut-être mais c’est ça d’être encore vivant.

Il va falloir être patient dans ce jeu qui n’en est pas un mais que tu as décidé pour nous. Les vermines ruminent impatientes au fond de nos charniers intimes, subtiles charognes aux corps de ficelles, corsaires aux corps cirrhes, aux dents efficaces de rapaces, pirates de nos chairs se grisant de nos âmes anémiques. Et toi que rumines-tu assis sur ton tas de linges sales, sur ta cuvette de toilettes ? Quelles étoiles finis-tu d’éteindre, quelles rancunes cultives-tu comme on cultive de la moisissure en pot dans les laboratoires de nos consciences ? A moins que justement tu n’élabores, fin stratège, quelques plans à mon encontre, comme celui d’user mes nerfs jusqu’à ce que je craque, mais je ne craquerais pas Ô non je ne craquerais pas. Je consolide mes défenses, j’éprouve ma patience, je valide mes acquis devant cette porte comme une muraille vertigineuse. Break the Wall tu entends la musique j’imagine et tu vois les petits enfants qui tombent dans le broyeur du Grand Boucher et tu pleures car il n’y a plus que ça à faire. Nos larmes cannibales comme autant de tranchants qui découpent notre solitude duale.

Plus d’interphone, plus d’ordinateur, plus de téléphone, et sur la boîte aux lettres un petit mot : Parti en vacances sur un coup de tête, en amoureux, sans ordinateur, sans téléphone et sans interphone : Une petite note d’humour pour crédibilité usuelle, personne ne viendra nous emmerder car j’ai aussi changé le message du répondeur : Y psalmodiant le même que pour la boîte aux lettres. Répétitions des naufrages, répétitions des carnages et des mensonges personne ne viendra te sortir de là, il n’y a plus que toi et moi sur cette terre laborieuse, toi et moi qui pataugeons dans la fange de nos pathétismes jusqu’à les rendre lumineux.

L’hermétisme de la porte. Sas dérisoire qu’un simple coup de hache, que cinquante coups de hanche… jusqu’à la double fracture… et de l’une d’elle apparaîtrait la pâleur de ta peau, sa tristesse si douce au moindre frisson. Porte frontière mais couvre-feu au check point. En attente de nos attentats contre nous-même, en patience attendant la première détonation. Rats dans leurs caves comme si dehors une pluie de bombes nous troussaient du dedans et que mort de trouilles nous en soyons réduit à touiller les vieux fonds de plats rancis de nos démons et angoisses. Tiens, et si j’écrivais une lettre bien dégueulasse, une déclaration d’amour à un bourreau, un double de toi imaginé à travers le prisme fantasmatique de ta trique d’enfer, une lettre adressée directement au Diable que tu représenterais, pour demander une guerre et sa kyrielle de souffrances, une guerre pour nous, petits bourgeois de la paix, fils consensuels et mous de l’époque indigente toute en ombres et faux-semblants ? Que tu serais mignon en Diable ! En SS ! En ordure amorale au cœur éteint, étreint d’un désir de sang et de douleur !...

Mais il ne faut pas que je débloque, pas encore, pas complètement, pas maintenant…

(Un instant de silence)

En ce moment des bactéries effectuent un joyeux sabbat dans nos corps engourdis mais nous ne sentons rien, immergé dans nos flots de pensées à peine l’on se gratte en surface. Des petites démangeaisons de rien du tout quant sous le derme et l’épiderme une smala effrénée de saloperies nous grignote à grandes flammes en se régalant du drame. Tu te rappelles nos gales et nos urticaires, nos morpions et nos herpès, nos véroles contemporaines, mycoses et autres thuriféraires de notre corps offert ? Nous chantions gloire et nous grattions jusqu’au sang pour un hommage à leur acharnement et à l’amour qu’ils portaient à nos peaux ravagées. Pour le meilleur et pour le pire ! On se peinturlurait de pommades, engouffrions antihistaminiques que nous noyions dans des cocktails incohérents et détonnant d’alcools magiques comme l’absinthe ou le calva maison que ton vieil oncle cirrhosé jusqu’au trognon fabriquait illégalement à Saint Pierre de Bailleul. Nous profitions de nos corps souffrant pour mieux profiter de nos corps délivrés, conscient que souffrir c’est être vivant et que de ne plus souffrir c’est l’être deux fois plus. Ce ne sont pas seulement nos corps que nous délivrions, mais nos sourires, nos pensées qui vengeresses batifolaient avec vigueur dans l’espace sidéral de nos voluptés, et comme alors nous faisions ripaille !

Maintenant que nous ne souffrons plus physiquement nous nous débattons aveuglément derrière une porte absurde, toi forclos et muet, moi bavard jusqu’à hurler sous les murmures inaudibles d’un sablier de malheur.

(Un instant de silence)

Je viens de prendre ma plus vieille plume, pour un petit clin d’œil épistolaire en pleins et déliés que je te glisserais peut-être sous la porte, peut-être, comme tes souvenirs, les miens, peut-être comme toujours.

« Sébastien ? Est-ce que tu te souviens de nos parties d’échec ? Tu me battais presque toujours mais sur le champ de bataille le combat durait des heures car à chaque coup il fallait faire correspondre une citation ou en inventer une fausse ou mal l’attribuer pour déconcentrer l’autre. Fou qui mange le Fou : « La folie est une invention de psychiatre ». Cavalier sautant la Reine : « De la zoophilie comme allégorie des chairs tristes dans le milieu animalier, des instincts primitifs de l’humain en milieu carcéral » Tu ne trouvais pas puisqu’il n’y avait rien à trouver. Pion centré, au milieu encore répétition de pions pour un barrage triangulaire, F4, D5 et C6 : « Au début de l’érotique, avant le vortex des plaisirs, dans le soupçon, il y a cette chose, cette chose désirante qui est la littérature ». Tu sens que je sens que ce n’est pas là une improvisation mais je ne trouve pas, au hasard je donne un nom mais je me trompe. L’heure des premiers aveux vient : Seule la dernière n’est pas pure invention. Alors la partie reprend. Le fou file un mauvais train et dans sa lancé diagonale stoppe aux abords d’un roi en échec qui doit reculer : « Nous ne retiendrons de la lutte des classes qu’un déplorable constat : Les cancres qui ne redoublent pas assez tôt se suicident trop tard » J’hurle mélange de Marx et de Cioran et de Toi et que ce n’est qu’un surréaliste brouhaha : Tu me flingues en mangeant ma tour et je ne peux que récupérer ton pion : « Thelonious Monk ne savait pas ce qu’il faisait, il battait son piano comme on tape sur l’Âne Divin du swing qui faisant sa mule avance toujours à reculons, tape d'un coup de bague en toute justesse le déni de l'originelle partition » ! J’aimais alors ton hésitation ! Quelle partie avais-je piqué à Nabe, quelle autre à Vian, quelle autre à Gerber ? Peut-être aucune à personne, alors tu avançais ton dernier cavalier en D7 pour fomenter une vulgaire fourchette mais il en fallait plus pour me décontenancer et je contrecarrais l’attaque d’un simple souffle de ma tour en E2 et c’était à toi : « Aux ombres des Requiems occidentaux répond la lumière que jettent, pareils à des anathèmes géniaux, les griots rédempteurs d’une Afrique en transe ». Soufflé je gémis Césaire ou Chamoiseau mais je ne sais, alors profitant de ma démantibulation mentale tu roques et me voilà obligé à la défense quand tu sais que je ne suis bon que dans la contre-attaque. « L’intenable lourdeur des êtres » est trop facile et d’un Kundera tu m’achèves par une reine cachée venant se coller à mon Roi : Mat, et donc à toi le mot de la fin : « On parle de me battre et j’écoute vos coups. Qui me roule Harcamone et dans vos plis me coud ? » Jean Genet bien sur. »

(Un instant de silence)   

Alors pour te faire pardonner de m’avoir une fois de plus écrasé tu me demandais de m’asseoir et tu me demandais de faire silence. Pour en finir avec les citations et recouvrer l’ivresse tu me servais un verre de vin blanc doux et citais une dernière fois Bataille :
«Regarder, c'est être peintre. Souffrir, c'est être poète. De l'union de la plastique et de l'âme on peut faire naître le plus bel art vivant intégral : le théâtre.» Et tout pouvait recommencer. Mais nous n’en sommes plus là. Nous sommes sur l’effeuillage au fil des gouffres, funambules des incertitudes, truands des souvenirs nous caracolant en tête de la course aux alarmes, de savoir qui crèvera le premier, de savoir qui survivra le dernier.

Je cachette et je poste sous la porte des recommandés avec accusés de déception et cherche à pénétrer tes cachettes en me postant devant ton absence tout en me recommandant de n’être ni accusé ni procureur de nos assomptions et de nos dégringolades. J’avise et tamponne avec la cire de mon sang des missives écrites sur un coup de ce même sang. Je fais semblant d’accepter que tu me réprouves mais je réprouve tes choix et tu fais semblant de ne pas m’écouter et de ne pas accepter que pas à pas je gagne du terrain sur le tien car je sais que tu craques petit à petit, que ta volonté se désagrége sous les coups de butoirs de ma dialectique qui s’affine et s’acharne. Car si c’est de folie dont tu es demandeur tu sais que je peux en être donneur ! Alors que veux-tu Sébastien ? Un baroud d’honneur ? Des épitaphes en recueil ? La preuve sine qua non de ma Patience ? Des cartes postales ? Que j’aille chercher l’échiquier pour une nouvelle partie ? Comme tu veux ! Mais d’abord je vais écrire oui t’écrire une nouvelle lettre et tu crèveras avant moi de n’en avoir que des particules éparses, des éléments diffus et des indices confus !

(Écrivant et lisant seulement des passages)

« Cher S.

Tu… si mieux. Lui si mule quel âne ! Ton… profond et sa supercherie sont… un… con… parable ! Nous trouverons facétieux des moyens. Dés demain quant avec… il n’a maladroit… qu’un doigt… et ton énorme… qu’il va à la va-vite… entrejambe de gnome… ouvres alors qu’huître lui se referme tu… et je perle… Sang blanc et rouge tes turgescences il… geint et toi gentleman… alors qu’ahane il bêle… en billevesée tu es trognon…  Ô mon âme… Qu’il meurt mou… Lui si mule quel âne ! Ton discours de trou… vers… la poésie des… sens et ton indécence sue… Havre… de paix qu’il ravale les siens les mânes je préfère… fan ! Tommes coulants le fromage de ta queue à sa vie de Came, en berne drogué de bas-fonds ! …

Fuck Baby ! »

(Un instant de silence, rien ne se passe)

 

24 novembre 2007

Vers sang d'un délirium.

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                                                                 Photo de Fabrice... 
 

Sébastien, j’écrase un mégot, je remplis un verre, j’allume une cigarette et je vide un godet. Rythme de plus en effrayant des fréquences. L’ailleurs est difforme il n’y a plus qu’ici. J’ai fabriqué un autel. Il y a des boîtes d’allumettes russes, des cigarettes portant des noms qui ne diraient rien à personne ou presque, des peluches, deux, mités par des Dieux qui ne résonnent d’aucunes raisons, ceux que nous avions inventé. Combien de jours que nous jouons, combien de nuits que nous frayons dans le labyrinthe de nos effrois, que nous batifolons, jolis papillons ? Les chenilles dont nous sommes issues sont celle des tanks du désarroi.

(Un instant de silence)

La voix brisée de Tom Waits sur Blue Valentines en écho à celle de Chet Baker sur My Funny Valentine. 
Mon petit Valentin ! Pour que tu ne t’ennuis pas j’ai lu la correspondance de tes parents, j’ai lu à haute voix, à voix de titan, d’Hercule, j’ai vocalisé, diablement vocalisé pour que tu entendes tout, pour que tu entendes la différence d’avec mes lettres sans sens, ni queue ni tête.
Veux-tu un exemple ?
Non ?
Juste un, qui ne serait pas épistolaire mais le pourrait :

« Fenêtres superposées à la gloire d’une décadence consommée et d’une impatiente myopie.
Notre société n’a pas de permis de construire et nous en abusons.
Ton goût pour l’étendue des dunes rappelle un baiser de midi.

La politique aux abords masochistes n’engendre que tromperies et tricheries acharnées.
Nous mêlerons-­nous jamais aux noyés des boues subordonnées ?
Et toi, rêveur ambulant,
Tu médites sur la racine d’un lien authentique… »

(Un instant de silence)

Ô mon bébé. Puisque nous ne savons pas ce que nous serons si un jour nous sommes encore, je ne peux plus qu’écrire à l’Avant, car

« Avant c’était mieux,

La musique se réinventait à chaque minute, les génies ne savaient plus où donner du pinceau pour faire mordre la poussière à l'académisme. Ils fabriquaient, mais sans le savoir, leurs futurs bourreaux en rigolant édentés à la face des technologies nouvelles. Des écrivains suppliciaient la littérature avec trois petits points et d’autres le cinéma avec trois mots magiciens : Noir, Blanc et Dialogue De Prévert. D.D.P. mais où sont nos Artaud, nos Céline, nos René Clair et nos Barrault, nos Jean-Jacques Rivière et nos décalogues pamphlétaires : Trouvez-moi dix vrais poètes ! Qui pourrait dire aujourd’hui que « Là où ça sent la merde ça sent l’homme » ? Mais qui pourrait dire aussi que « L’éternité est retrouvée, - que - c’est la mer mêlée au soleil », sans paraître extrémiste ou ridicule ? Les falots écrivent en SMS des romans de gouinasses ou des Sommes S-F lamentables de consensualisme quand dans les reflets des miroirs du Flores on encense des professionnels de la rentrée littéraire entre trois coupes de champagnes et quatre magouilles éditoriales. On étudie Sade dans les masters de littératures mais les thésards se taisent sur les pamphlets de Céline, on dissèque Guyota dans les amphis mais on se choque d’un groupe de rap qui traite le président d’enculé. Une belle et jeune Sénégalaise intègre un gouvernement de fachos patentés et s’en vante quand Léopold Senghor se retrouve en Pléiade. Redonnez-moi un seul Coltrane contre mille Doc’ Gynéco’ et un millième de Miles contre cent milles merdeuses à la Diam’s. Alors oui avant c’était mieux et non je n’appartiens pas à mon époque, je la vomi du fondoc de mes tripes, je la dégueule du plus profond de mon Amour, je la chie et je tire la chasse car tous me file la chiasse. Quand nous avions des Sartre ou des Rebatet, qu’on ne les aime ou pas, nous voilà avec des Bernard Henry Lévi, des Bruckner ou des Finkel-crotte : Mais comment avons-nous pu tomber si bas ? Où sont et que font Aristote, Dante ou Sade, Machiavel ou Pascal même ?! On ne nous offre que des pantins de l’intellect, des mous de la polémique, des fripouilles de l’underground, de la merde en conserve pour discours réchauffés.

Alors oui c’était mieux avant ! C’était mieux quand Cronenberg adaptait Burroughs, quand on suicidait à la grosse bouffe des personnages nihilistes et foireux et que des indigènes sans gènes menaçaient d’empaler des réalisateurs/acteurs allemands capricieux et égocentriques pratiquant un cinéma délirant et mégalomaniaque sans moyen au cœur d’une forêt hostile pleine de pièges.  Nous avions les furias de Klaus Kinski et de Werner Herzog, il nous en reste " Lost" !

Alors oui c’était mieux avant quand chaque jour des Mozart du swing écrivaient et jouaient les opéras baroques d’une musique en révolte : Le Jazz !

Oui, Oui et encore Oui !

Où sont « nos » Chaplin, nos Béjart, Wharol, nos drogués, nos alcooliques, nos fous et déments, nos absolutistes qui badigeonnaient de sperme, de sang, de vie, la littérature et la musique, la peinture et la sculpture ?! Nulle part ! Où invisibles luttant dans les back-rooms de l’ignorance médiatique sans vouloir se faire récupérer :  

MERDE »

(Un instant de silence)   

Voilà, une lettre comme tu les détestais…

(Un instant de silence)

Mais maintenant ? Que faire d’autre que de te provoquer. Tu ne sors même plus d’aucun de tes gonds.

(Un instant de silence)

Alors je n’ai plus qu’à invoquer, nos dieux et notre passé.

(Un instant de silence)

Miles. King Of Blues vient à mon secours, le notre. Je sais que tu te souviens notre particulière façon de regarder le vide les soirs de lune absente. Nos indifférences aux mépris, nos éloquences complices les nuits de désaccords. Nous inventions des Gloire aux morts anonymes et aux amours avortés. Je pardonnais tes envolées concrètes comme tu faisais fi de mes chants nihilistes. Nos cris n’hurlaient à aucune éclipse, nous nous moquions des ellipses capricieuses de la rhétorique têtue, par amour. Miles. Nous sachions nous réconcilier avant même de n’être fâché, nous savions nous pardonner avant même de nous être offensé.

(Un instant de silence)

18 novembre 2007

Trente ans à la dérive dans une coquille d'existence.

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Merci à vous tous qui étiez là, comme à vous qui ne le pouviez pas, sauf en pensées... 

C'est un autre anniversaire aujourd'hui aussi...

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12 novembre 2007

Keila prödal pröpeyni Khmer

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   Pin-Peat, le chant du ring.

  Tu montes sur le ring, capé mais pas épais, les mains bandées avec autour du cou une couronne de fleur qui pourrait être funéraire bientôt, qui le fût souvent quand à la frontière de la Thaïlande certains de tes frères de boxe avaient le décompte de l’éternité, quand ils tombaient, anonymes, pour un k-o définitif quittant ainsi le chaos de l’ici-bas vers une improbable résurrection, en bonze au crâne lisse ou en ministre surréaliste, en Linga incorruptible ou en fonctionnaire « farniente »… Le Pin-Peat a démarré, tu lances ton rituel, la danse peut commencer, les prières et les hommages aux dieux et aux mythes, à la terre et au ciel, aux ancêtres et aux fantômes, ombres de ton âme et brumes de ton corps. Il y a tes mouvements de félins aux sons des tambours traditionnels, ta posture d’orant ou l’étrange salat oriental que tu effectues non par cinq mais vers les quatre piliers aux quatre coins du ring. Il y a tes saccades de guerrier en transe ou ton posé-figé observant un rétiaire désarmé, contemporain  de tes techniques qui parfait ses propres incantations silencieuses, dîtes par le déplacer de ses muscles, par ses yeux de défis et le tendu-détendu de sa chair.

   La salle est pleine. C’est ton dimanche. Les spectateurs parient sur toi, moi aussi, un huitième de dollars avec Sopheak. « Pram pound ! » Des enchères de petits billets verts montent du groupe qui s’agitent sur les chaises rouges à ta gauche, une vieille dame à ta droite met en jeu quinze dols’ qu’elle sort d’une épaisse liasse de la devise sacrée... Une voix s’échappe du haut-parleur pour annoncer que des personnalités te soutiennent, que tu auras un peu d’argent et beaucoup de bières, des cigarettes Alain Delon, qu’un général à la bedaine généreuse, avant de remonter dans sa Mercedes climatisée, te fera l’honneur de te serrer la main.  Autour du ring, deux par deux, sous le regard des tribuns - larges séants posés dans leurs fauteuils d’osiers - les juges préparent leurs petits papiers. Anciens boxeurs aux allures léche-m’en-foutistes ils papotent entre eux comme si de rien n’était alors que les musiciens regardent passer les anges. Ils sont cerclés de sponsors, publicités primaires ventant telle marque de « malt », tel vin de palme ou telle pommade ou autre médicament contre les douleurs. La joyeuse et habituelle troupe de gamins est là, qui se déplacent avec leurs bars ambulants : des sacs plastiques sont remplit de Anchor et de coca-cola, de jus de fraises et de litchis, de « Salt Peanuts, Salt Peanuts » grognerait Dizzy Gillespie en d’autre temps et autre part, au Bird, street 52 à New York par exemple… Gamins et gamines, toujours les mêmes, qui te regardent à peine ou t’encerclent en sarabande. Et puis les autres, moins joyeux, en guenilles qui réservent les cannettes vides, car pour trois d’entre elles, une fois vidées ils toucheront cent riels…

   Mais une grimace, un mot mal prononcé en Khmer, un clin d’œil suffit à enlever leur masque apitoyant pour retrouver un sourire pas-possible, contagieux comme la Joie dans un visage séraphique, beau comme la sapience d’un ange qu’aurait croqué Carravagio pour une chapelle de Naples ou pour un Vat homérique et séculaire – Si Sieur Merisi avait sévi ici, dans le « Cambodia » de la grande époque… Et lui! Simple comme le fils naturel d’un Dalaï Lama hilare et d’une Apsara de la grande époque d’Angkor, dans un corps lilliputien avec, éblouissants dans ses grands yeux noirs, les éclats taquins du filou qui ne demande qu’à rigoler, avec, dans les errances quotidiennes, un instinct du rire plus fort que la galère.

   Som !... Anchor beer!

   La cloche en cuivre résonne d’un coup sec de marteau miniature.

   Tok ti mouy!

  D’abord il y a l’observation sibylline de l’adversaire. Salut conforme mais pas de complicité aujourd’hui… Tes pas se collent à la musique. La flûte obsessionnelle enchante les sens, câline les ouïes.  L’arbitre vous tourne autour comme un satellite. Tu le jauges sous l’œil des juges. Tu retiens tes coups, invincible balances l’indicible d’une menace à gauche mais ton poing part à droite et le premier corps à corps tourne à ton avantage. La salle gronde dans les nuages de fumées, s’échauffe et affiche son choix, son poulain, son gagne-trois-sous. Mais vous êtes revenus au centre et un ballet de pieds balayent l’air. Vous vous attrapez comme des amants en colère, les coups claquent sur la peau en propageant un écho jusqu’au fondoc des côtes, l’envolé d’un genoux est esquivée. Acculés dans les cordes vous dégringolez ensemble du haut de vos cinquante sept kilos vers l’en-bas de l’équilibre. L’arbitre vous sépare et le cœur de l’arène redevient une scène théâtrale : Un « Pèse-nerfs » qu’un son de cloche allège, et leste à nouveau :

   Tok ti pi!

  La gestuelle est plus rapide. Le crescendo s’amorce plus tôt. L’envie d’en découdre est plus voyante. Tu bombes le torse et rentre dans l’espace aérien : Sans qu’il y voit flap tu lui fonds dessus et le sonne au tympan gauche, l’affaibli aux cuisses et l’envoies paître par un dernier crochet lui-même décroché d’un instinct lointain, sorti d’un vrac de réflexes emmêlés dans ta mémoire depuis tes huit ans… Arrêt de jeux pour le décompte ! Mouy, pi, bey, boune, pram, pram mouy, pram pi, pram by. OK ce n’est pas encore le KO! Mais en face de toi ne fait que commencer, ce que la cloche somme d’arrêter… Pause !

  Je respire un peu. Sopheak commence à s’exciter. « Som ! Anchor pi! » Sur leurs tabourets respectifs les boxeurs sonnés mais pas assommés se font masser. Je me dis que c’est ce métier que j’aurais du apprendre. Leurs corps lisses et luisants sont sublimes de tensions. Silhouettes sans équivalents. Musclés secs leurs peaux d’ébènes en sueurs me font fantasmer sans équivoques. Mais leurs entraîneurs leur balancent de l’eau fraîche et cette douche froide me remet les pieds sur terre. Une coupe au bol, cheveux noirs posés sur un visage rond Sino khmer lui même posé sur un torse miniature portant un T-shirt à l’effigie de David Beckam nous apporte l’Anchor, fraîche et venue de loin, du fond d’une glacière à quelques centaines de mètres : privilège de l’habitué qui vire tchkourt à force de siffler la mousse un après-midi tous les week-ends dans ce studio 5 derrière le marché Orussey…

   Tok ti bey!

  Trempé jusqu’aux os tu retournes devant sa face d’archange fatigué en lui lançant des sourires en coins avant de lui lancer un clin d’œil ironique à la face. Car tu comptes bien en finir, lui faire boire, avec respect, le calice de la défaite jusqu’à son ultime hallali. Tu augmentes la cadence malgré un sursaut de résistance et d’attaques en règle qui t’envoient en dérade un instant, pas loin des trente-six étoiles qui vous attendent bientôt, toi ou lui. L’arbitre vous sépare à nouveau mais des Hom! et des Hos! Des Hams! Des Bhâ! et des Môm! s’écrient du public qui sent monter la sauce : Et « Matté » ça Monte! Me suis levé-bondi! Tu viens de lui ouvrir l’arcade d’une franche coudée alors que vous étiez en tas. Pause! Un « médecin » appose un coton sur la plaie, huile et « baume de tigre » et ça repart comme au 18ème siècle, comme aux siècles d’avant, comme au temps de la genèse. Tu enchaînes! Il tangue, vacille, se retrouve en déshérence dans l’espace clos de sa fatigue ; le voilà les jambes lourdes d’une vieille tante, il chancelle, flageole, n’arrive plus qu’à se protéger et à se coller à toi comme un coquillage au rocher, au dos rond d’une baleine dans les grands fonds où tu l’entraînes. Tu  valses et il s’étale, se relève, tente quelques balayages, quelques lancés de pieds-mous dans ton ventre pour t’éloigner mais il ne peut plus et c’est là que tu le rends au royaume du vouloir-impossible : Il s’effondre après un dernier hi-kick, une dernière jambe que tu viens de marier à son front sans l’aval de son « patron » :

   Quant à moi je viens de perdre 500 riels, au profit de Sopheak qui une fois de plus vient de gagner son pari :o)

  La musique s’arrête. Rien de grave. Les frères ennemis s’embrassent et s’enlacent et la foule, dans un brouhaha de tempête quitte le stade au grand plaisir des gamins qui finissent la récolte des canettes et des bouteilles vides en sautant et en se « boxant ». Quant à nous, nous filons nous remettre de nos émotions en partant manger du bœuf sauté aux haricots dans un bouibouis derrière l’assemblée nationale, mais c’est une autre histoire…

   Note : Texte improvisé pendant un combat…

  Pin Beat : Musique traditionnelle prévue pour « accompagner » les morts au cas où un décès aurait lieu pendant le combat.

   A Sopheak.

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04 novembre 2007

Minotaure.

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Erre dans les corridors et les labyrinthes
Par les chemins de traverses Ad Daemonium
Par les lucarnes de tes regard et de tes craintes
Cours dans le chaos de tes capharnaüms

Crapahutes, crache, épuise-toi, craque,
Calfeutre-toi dans les soubassements rauques
De tes rires de détresses qui ne sont que le calque
De ton autisme et de ton delirium baroque.

Tu hoquettes quelques rêves sans souvenirs
Te balances aux gibets sans savoir quoi dire
Que quelques tristesses maudites et adorées

Tu rackettes à ta mémoire trois bribes,
Quatre flous, six sous, et Fou tu te crois libre
Quant tu n’es que saoul accroché aux verres brisés.

 

03 novembre 2007

Solo...

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Charlie Christian n’est pas dans le Larousse de 1992 et peu de gens savent que « Strange Fruit » a été écrit par Lewis Allen. 
Mais par contre Mano Solo on connaît tous, pour peu qu’on ai fait une Fête de l’Huma, qu’on ai fumé un pêt’ avec un bab’ humaniste ou un « Keep Kool » de l’Underground Zen.
C’est bon à écouter, ça se laisse lire, mais « Basta » d’une demi-heure de Léo, personne ne connaît : Ainsi font font font les émotions, et fondent les fondations.

Je suis certes un vieux con branleur de toutes ses imperfections, une jeune chtouille borgne de tous ses rêves
Et ainsi vont les trêves entre deux coups de boules, d’une déprime au vin mauvais, d’une cuite de vaine méchante. 

J’imagine le moindre reproche de ce genre à une heure qui ressemblerait comme deux gouttes d’eaux à une aube : Exagéré et bancal sans les moindres Bacchanales : Que du déplaisir ! Tu te vexerais presque…

Morfondons-nous, ne soyons que plaintes qui se croient complaintes de Tristesses.
Nous sommes si malheureux pauvres de nous !
Libres dans l’horrible livre du Monde.
Mouchoirs !

« Là-haut, dans cette partie de la Ville – celle pourquoi ils sont venus -, le bon air siffloté sous un porche ou s’élevant des cercles et des sillons d’un disque peut changer le temps qu’il fait. De glacé à chaud à frais »

« Jazz » Toni Morrisson.

 Hurlons! Ou tout simplement, alternons des deux et des quatre...

 

02 novembre 2007

" C'est comme ça. "

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Capucine : Nietzsche est mort !
Grillon Parlant : Dieu est mort !

Est-ce Dieu qui dans tout sa mansuétude, a laissé chanté la Capucine sur mon blog de Fourmi Chantante ? Le Grillon l’a mouflé d’un uppercut ! Imaginez… Nietzsche et Céline sur le ring face à Anatole France et Edouard Quinet ?! Le massacre du millénaire et le beau sketch littéraire que ça nous ferait ! Dieu en calotte : « Aime ton Prochain ! » Diable en culotte : « Et Jésus en naissant inventa le Surréalisme ! » Et nous dans tout ça ? On danse le tango sur la piste en trompe-l’œil du Réel. Pom Pom Pom Newton est sonné Ding Ding Dong. Et Dieu en jupette sous celle des évêques du Va-t-il quand, donc le bon bougre vindieu nous laisser patauger dans notre fange ?! Et y gémir heureux ?!

Dieu : Je suis le Jugement !
Un passant : Vous avez mis le pied droit dans une merde, z’êtes mal barré…  

Faisons preuve d’imagination, ça sera toujours ça de pris.

Nous sommes au Royaume du silence. Dans un monastère. Des moines nus sous leur toge, psalmodient à midi avant de se repaître d’un frugal encas. Dieu est là, avec ses champignons sur les pieds et une étoile morte au cul. Il bredouille des insanités que nul n’entend, et s’en amuse le couillon. Ivre un peu il mime la chorale, parodie quelques cantiques, s’amuse de trois ou quatre prières, manque de s’étouffer avec une goulée de Despé’, soit une bière aromatisée à la Tequila. Il imagine les catéchistes en catéchumènes, les branleurs de Foi en dessins de Cirrhose, les bigots brocantés au marché des chapelets et des croix de la Très Sainte Eglise de Lourdes, de la Salette ou de Bethléem. 
Des nonettes gazouillent sous leurs missels. Des enfants de Chœur se masturbent dans les  toilettes de pensionnats, avant d’aller se confesser au prêtre, auquel ils pensaient.

De la perversion comme d’une drôlerie au-delà des analyses.

Dans une abbaye. Transformé en bordel de conversations. Un évêque ivre malgré lui parle avec un soudard sobre sans l’avoir voulu. 

( L’évêque : Mal est mentir
Le soudard : Le mal est mental !
L’évêque : Ton cœur écoutes !
Le Soudard : Il n’est qu’un gruyère sentimental !
L’évêque : Mal est souffrir
Le soudard : Mal est mentir !
L’évêque : Le réel n’est pas un mauvais raout ^^
Le Soudard : Il n’est qu’un pet
X : Il n’est qu’un Prout
Le Soudard : Il n’est que la flatulence du Spleen, un vieil air de déprime. )

Capucine : Merci pour votre bienveillance…
Grillon parlant : Merci pour votre… INSOLENCE. 

 « Et si Dieu existait ?
Il faudrait s’en débarrasser ! »

 

01 novembre 2007

Premier novembre 2007.

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   Le chemin qui s’ouvre est vert-de-gris, recouvert d’un métal qui miroite l’ombre des morts. L’histoire proche s’avérerait semé de bouches prêtent à cracher tout un fatras d’embûches. Les corbeaux coassant brisent les lignes d’horizon, même les coccinelles, qui d’habitude promènent leurs points de suspensions sur mon plafond, sont parties se cacher ailleurs. Un vieux souvenir qui est comme un petit frère forme dans l’entrelacs des rebondis de la couette un ensemble de formes disparates, un chat blanc dort sur son coussin bleu ; à l’exception de la fenêtre de gauche, les volets gris comme un reflet d’automne resteront clos. La porte, à peine entrouverte, une invitation aux fantômes, aux visitations habituelles d’un premier novembre revenant chaque année comme l’ombre d’une croix depuis 2000 ans dans les cimetières de fleurs fanées. 
   La veille on avait confondu un désir de continuité ou d’évolution avec un enterrement, peut-être était-ce l’inconscience qui avait parlé pour eux. Un rendez-vous raté restait un rendez-vous, mais les gardes fous de la Finance avaient trop bien fonctionné, et les œillères opaques d’une incertaine survivance avaient fondu dans le noir toute velléité de Swing, le théâtre aurait aussi bien pu s’effondrer, Rideau.

   C’est bien un jour où parler de tristesse et de mélancolie. Aucun babils volages, ni aucune rage, pas même un soupçon d’éther, Ô saison sans mystère. Rien ne filtre de ce lourd ciel de nuages, ni ombres ni fiel, ni haines ni amour, dans les urnes les cendres prisonnières volent en vase clos alors qu’un peu partout des veuves versent leurs larmes sur leur défunt bourreau. On baragouine autour des marbres des bluettes futiles comme au comptoir des anges les paroles s’envolent sans qu’aucun écrit ne reste. En cherchant bien, en fouillant dans quelques glaises du passé, il serait pourtant possible de soupçonner un peu de douceur vouloir venir, mais pour sauver qui de quoi ? L’imbécile de la ville, l’incontinent des champs ? « Les rats sont fait pour sauver le monde » et quant à l’homme, il est faut de dire qu’il court à sa perte, il y va en se promenant, jetant derrière lui, avec légèreté, un peu de terre comme sur un tombeau. Et si un jour il est de bonne humeur, il trouvera toujours une rose à arracher pour donner un peu de couleur, ou une bombe à faire sauter pour un peu d’animation. Mais que toutes ces considérations sont vaines, et pour un poème combien de grossières erreurs et de jugements hâtifs et inutiles. Il faut en finir avec l’objectivité, et rayer ce mot des dictionnaires, il n’est qu’un ventre obèse d’hypocrisie gonflée. Qu’on me donne une aiguille au pointue acérée, et jouons au ballon filant.

   Je regarde tous mes livres avec circonspection. Je les trouve même un peu obscènes. Ils me rappellent à mon propre néant et je n’y vois que des cadavres aux parfums éteints. Ils me font mal au dos, me courbent l’échine, s’infiltrent dans ma moelle comme un poison discret, un cyanure méticuleux qui officie dans mes boudoirs intimes. D’ailleurs je boude, et ça faisait longtemps que je n’avais pas boudé quant enfant je boudais souvent. Je ne sais même pas pourquoi je boude, le plaisir de lire, celui d’écrire, les mots me viennent un peu automatiquement, point d’orgasmes et aucunes joies.

   Si Piaf pouvait chanter le dictionnaire, j’aimerais bien pouvoir écrire une encyclopédie de mes angoisses, une somme de mes inquiétudes sans métaphysique. Un ignoble pavé sentant la naphtaline, le Valium et la cellule de rétention des démons sous camisole. Un truc énorme qui n’intéresserait personne, même pas moi.

   Mon état précis de décomposition à cet instant ? Pas Cioran non, mais j’aimerais être assis devant un comptoir dans un club de jazz des années cinquante, seul avec une bouteille de whiskey sur laquelle une étiquette porterait mon nom, un cendrier dégorgeant de mégots et dégageant une odeur de goudron intenable à une coudée de ma pâleur. Il serait environ trois heures du matin, et Billie Holiday et Lester Young en seraient au quatrième set, à la cinquième version de « Don’t Explain ». Mais non, il est 13 heures, et je vais aller me promener un peu dans Arcueil, le premier novembre 2008, banlieue parisienne, croiser un grand-père promenant son bichon pour qu’il ne crotte pas dans son salon.

   « Les oiseaux tout en gazouillis remplacent la désertion des coccinelles » Inspiration de square, observation d’en-marre. J’ai croisé comme prévu l’ancêtre et son clebs, mais aussi la jeune fille au Boxer, comme un uppercut dans le ventre de mes enfances. Quelques courses. Il y aurait, comme on l’apprend à l’école, un beau « champ lexical » à relever s’il fallait décrire l’atmosphère. Morne. « Lourd et épais » comme les hommes d’après Céline. Vague à l’âme. Solitude. Travées et HLM, façades aux saletés incrustées. Les îlots de verdure, jardins et vergers des anciens, sans être protégés de barbelés narguent nos galères. Au tabac ça sent le PMU et le mauvais vin, au Cora les caddies dégorgent de promotions.

   Désirs de moiteurs et de langueurs. Une pointe de glauque n’empêchera rien comme d’habitude. Arriver à se détacher pour s’accrocher ailleurs. Aller à la pêche. Je trouverais quelqu’un pour quelques minutes, moins ou plus, faire « la courte échelle pour grimper au septième ciel » puisqu’il faut pour l’instant oublier l’idée d’aimer, ou l’inverse dans les reflets déformants des réalités. Amen.
   La voix rocailleuse de Tom Waits. Les chemins qui se ferment recèlent des sentiers qui s’ouvrent. Portes cachées qui n’ont besoin pour s’ouvrir d’autres formules magiques que celles d’un peu de volonté. En ai-je encore ?
   « Blues Valentines »… Valentine ça se prononce à l’anglaise, pas comme la marque de peinture. De guerre. Haché menu déterrer les larmes du ciel pour en déposer quelques gouttes sur une fleur carnivore assoiffée. Cumuler les actes de bienveillances c’est un peu comme recouvrir de vernis la vacuité de notre vie. La mienne ne ressemble plus à rien. Elle sillonne les jours pleine de toute son inutilité et traverse les nuits pleine d’espoirs qui s’avortent parfois avant même d’avoir été ensemencés. Hurler n’est plus de mise. J’ai sorti toutes mes cassettes audio, tous mes trésors d’avant la préhistoire sans retrouver l’enregistrement d’Artaud, sans pouvoir « En finir avec le jugement de Dieu ». Hurler n’offre plus de prise. On escalade des miroirs déformés bien que lisses. Et amusez-vous à planter un piton dans un miroir, vous me raconterez après. 

   Il ne reste plus qu’à sortir faire semblant de vivre, en attendant quelques dizaines de jours, qu’un avion s’envole enfin vers d’autres latitudes, histoire de mettre fin, même provisoirement, aux trop lourdes lassitudes de cet automne qui prend ses aises à ce jour.

   Et une bonne santé à nos morts !

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