18 janvier 2008
Sur le parvis d'un come-back.

Il pèle et je pèle. Dos en lambeaux, les morceaux de viandes qui désertent mon corps sont à l’image d’un sablier, qui coule alors que je m’effrite, sont l’image, du dernier souvenir que j’ai ramené et qui me reste, me décolle à la peau : Un magnifique coup de soleil attrapé, à la volée et debout en équilibre sur une bouée en jouant au bilboquet dans le Mékong, ou plutôt sur lui, de plus remportant un défi, de tant d’importance qu’il causa des sourires sans défiances.
Tout est passé si vite ! Ignoble lieu commun du temps ! Tout un mois insupportable de paix, s’est éteint quand l’avion atterrissait à Roissy dans la nuit, au milieu des mignons petits lumignons qui par millions scintillaient, comme à Hoi-An l’an dernier par dizaines ils illuminaient ruelles et impasses, les bedaines des vendeurs de rêves qui n’étaient pas des donneurs de leçons souriants à la voie lactée.
Et me voilà à courir dans les méandres sinueux et insinuants des sensations que je ne veux pas perdre, mais dont je sais que petit à petit, comme le bambou se remplit, se videront non de mon âme, mais de mon quotidien, d’abord grignotées et bientôt dévorées par un autre quotidien sur lequel j’écrirai un jour un pamphlet intitulé : Apologie cynique de l’Absurde.
Que ce voyage a été beau!
J’aide mes larmes à quitter mon corps car il faut pleurer comme on rit, car je viens, à cette seconde seulement, de me rendre compte que j’ai quitté le Royaume du sourire pour celui des pleurs !
Mais je rirai ! De vous et de Moi ! Je rirai de vous à moi et j’écrirai et graverai ces rires dans des sonnets sonnants et trébuchants !
Battambang :
Quand un train croise un autre train sur la voie
On descend pour démonter le train d’en face,
Le remonter comme on remonte le Temps, c’est Loi,
C’est comme ça qu’au cœur des rizières, ça se passe.
Pensez-vous, couillons métroïdes, qu’un métro
Se démonte ? Pourquoi pas ! Tout est possible !
Prenez cette rame et mettez là en haut,
Passez par le bas, Bouddha se fout de vos bibles !
Vaches bossues et chauves-souris géantes,
Singes gourmands des jungles touffues, béantes,
Mon alphabet est un bestiaire d’inclinaisons
Oranges ! Garlic ! Tchèk à droite et à gauche
Cocos ici poussent comme vous Ô cocus moches !
En une heure qu’ai-je pu moquer vos déclinaisons !
Et à Kratie j’aurai vu errer enfin et déambuler mes dauphins. Que j’ai faim de cette quiétude ! Que je suis affamé de quitter votre monde ! Je veux de ces synopsis qui font les films des destins sans fin ! Je ne veux plus lutter pour rien ! Je ne veux plus souffrir de vos a priori et me faire piéger par les miens ! Haro sur les justifications ! Sus aux explications : La plupart d'entre vous ne saurait comprendre, même si je me transformais en magicien de la rhétorique ! Vivre ici ne signifie rien d’autre que de supporter l’insupportable, et de perdre son énergie à s’en justifier. Ce que vous appelez anarchie, c’est ce que j’épelle V.I.V.R.E.
A chacun sa démocratie, je ne peux ni ne veux faire semblant de croire que la vôtre vaut ce que vous nommez leur dictature. Vendez vos armes et faites la leçon, je ne braderai pas mes larmes aux Vanves de vos consciences, et encore moins mes rires aux puces de vos Saints Ouin Ouin !
Kratie.
Dans le silence des îles en eaux basses
Les basses de mon cœur en blues sont le sas
Qui me permet de respirer sans penser
Tout en pansant des plaies trop longtemps ignorées.
Des rêves d’une enfance qu’on ne saurait oublier
Se réalisent sans que je le sache vraiment.
Quinze ans j’ai dansé mais je n’ai pas plié
Et aujourd’hui je peux écrire que maintenant :
Je me fraye un chemin en échos de silences
Ecopant dans la barque mes trop-pleins de consciences.
Je regarde et j’écoute le swing des dauphins
Qui me sauvent de moi-même sans même le savoir :
Ondulants reptiles, agiles ils se font mon miroir
Et je m’y reflète en dansant la danse des malins.
J’ai vu et entendu aujourd’hui qu’ici on ne peut même plus faire une blague sans déclencher des vagues, alors que depuis vingt huit jours je ris et je ris de blagues en passant aux fossettes creusées dans les visages heureux, la bague des farces aux doigts des risettes. Mais les risettes ne sont pas les rizières, il faut s’y refaire... On ne peut donc plus fumer, ni rire, et il nous reste à ranger l’insolence dans l’anus horribilis de la bienséance, travailler comme un con pour misère et dans notre culotte insolvable nous caguer dessus d’un soupçon de doigt d’honneur. Ô quel rêve que cette société aseptisée, Ô Sublime de la prévoyance !
Mais je Partirai ou je Crèverai ! Il en est fini pour moi des lamentations comme il en sera bientôt fini pour vous de ce que vous croyez être la Liberté ! Acceptez et subissez en croyant que le bulletin dans l’urne que vous mettrez, sera la belle bandaison de vos vulves et de vos burnes : Nos érections ne sont pas vos élections ! Je banderai d’un sourire éphémère quand vous éjaculerez dans vos conversations d’époque, sans même comprendre que l’époque c’est la mode, et que la mode n’est que l’apparat ! La pensée, la poésie, la musique, l’art, qu’il soit de vivre ou de créer, est intemporel. La politique telle qu’est est devenue, telle qu’elle devient, ne vaut plus rien. Et même si vous désirez vous convaincre du contraire, tout est trop tard. Il y a vingt ans on pouvait fumer dans les avions, aujourd’hui on ne peut même plus fumer dans un bar-tabac, alors je vous souhaite une longue vie ennuyeuse, je vivrai, personnellement, ma mort à mon rythme, et quel swing se prépare t’elle à devenir !
Ivres moines sous les hévéas ! Bouts de choux au Volley qui m’avaient épuisé de joies et de souffles! Policiers endormis dans vos guérites Asahi ! Voleurs habiles de douze années agiles ! Nénuphars et crapauds ! Putains mortes et jolis catins ! Vos routes et vos ponts qui me défient et me défont, mes yeux qui ne sont plus des yeux mais des regards, aux orbites hagardes parfois mais immenses si souvent ! Qui parle d’ouvrir les yeux sur le monde quand nous passons de l’enfermement du métro à celui du bureau, quand nous nous acharnons à garder nos clapiers contre vents et marées, quitte pour nos trente mètres carrés à vendre nos âmes et notre vie, nos humeurs et l’essentiel de nos âmes !
Ô magiciens de la démerde quand nous ne sommes plus que les clowns tristes d’un cirque qui n’ose dire son nom ! Notre civilisation et notre progrès seraient donc l’ultime panacée, la solution finale pour le bonheur universel ?! Non, tous nos Nobel de Paix, de Littérature et de Sciences, d’Economie et de Sociologie, contre vos remèdes de grands-mères et vos poèmes de quelques jets d’encres noires et anciennes : Les miens renifleront au long de vos pistes bravaches !
Île de la Soie ! Combien votre Bonheur est Immense, et combien vous en êtes inconscient !
Notre quête de la paix n’est qu’une vaste fumisterie car c’est avec nos guerres millénaires que nous la gagnons, l’avons gagné, la perdrons ! Combien de gens seraient capables de n’écrire qu’un seul mot juste, dans un petit poème sans importance ?
Nous vivons dans un monde de monstres naïfs et d’intellectuels malades ! Et le peuple suit en bêlant des amas d’inepties pour justifier leur égoïsme et se pardonner d’être d’égocentriques et prétentieux petits fornicateurs reproducteurs aux conforts primordiaux.
Bambins en lambeaux et guenilles, je ne peux vous offrir que des larmes qui valent mille fois la haine que je porte aux ordures qui vous y laissent, et je préfèrerais dorénavant vous rejoindre plutôt que d’assumer le poids d’être né en cette patrie qui ne me donne que nausée et mépris !
Galops des chevaux nains sur les pistes de poussières ! Buffles nonchalants aux heures de passations, des soleils assommants aux lunes discrètes ! Que me manque la poussière quand court à toute vitesse un instant de dernier moment, à la fin d’une journée de labeur à moitié, avant le bain dans les flots d’un Mékong rose comme un gâteau chinois !
Après neuf mois passés en ce Royaume, je sais maintenant que je peux accoucher de mon « enfant ». Je n’idéalise pas ce pays comme un Eden, je sais qu’il est de misère et de galère, mais je sais aussi que la corruption qui le mange et l’empêche d’éclore, est peut-être moins pire que notre corruption mondiale, cynique et moraliste. La fatigue me pousse à ne pas poursuivre sur des pages et des pages encore, mais merde aux cons, dont il y a peu de chance qu’on en détrône le Roi, alors que Brassens me chantonne qu’il n’y a pas d’amours heureux. Je donnerais mon amour à ce pays plutôt qu’à la France, à qui j’ai déjà donné, et dans quelles conditions, trente ans de ma trop courte vie. Peut-être viendra l’Afrique, peut-être d’autres contrées, mais je ne crèverai, Franco-français !
Ko-Dack
Vagabond des pistes aux arcs-en-ciel de rouges
Je viens et je vais sur l’île de la soie heureux
Comme enfant je rentrais chez moi silencieux
En cahots en en chaos comme on se bouge
Pour croire que l’Histoire et les histoires
Peuvent se marier aux ombres des poussières
Et d’un éternuement de lune et de soir
Faire se rejoindre les étoiles et l’Ether.
Vins ! Rires ! Bières ! Eaux ! Poulet et bilboquets !
Gamins ! Grands-mères ! Bouées ! Mékong bien Kaki
Et nous Kakou bienheureux les cœurs noués !
Jeux de mains et de pieds, agiles rêveurs en Vie !
Il est des coins de Paradis insoupçonnés
Qui résument l’idée de respirer d’Envie !
00:30 Publié dans Cambodge | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

Commentaires
Au magicien de la démerde, celle qui partagea quelques rêves et cocktails sous ces cieux asiatiques, appose un baiser sur le sourire enfui!
Ecrit par : Slanka | 24 janvier 2008
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