01 mars 2008

deuil.

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J’absorbe trop la tristesse, j’engrange trop de larmes, je ressens tout et trop, j’avale la douleur et parfois je ne la digère pas et elle se transforme en folie. Réfléchir à la souffrance c’est souffrir, ou ne rien comprendre. On ne peut pas, à moitié. Ce n’est pas vivre sinon. Parfois il faudrait avoir une camisole à portée de main, une camisole qu’on puisse mettre tout seul mais qu’on ne puisse pas enlever tout seul, ou plutôt qui s’enlèverait d’elle-même le moment venu, comme on mue. Il ne resterait plus alors qu’à regarder par la fenêtre, mais les volets sont clos, il faut en ouvrir d’autres, à l’intérieur de soi, et des portes aussi, des paliers à franchir pour s’affranchir de son Double, celui qui parle en sachant trop bien, qui chuchote ou qui gueule en dedans, petite luciole de la conscience qui pointent les désastres autant que les babioles. Qui sait ce qui est important et ce qui ne l’est pas, intime conviction du mal et du bien envers Soi, pour Soi et contre Soi. La faire taire, l’éteindre, lui couper la langue. Crise autistique sans haute trique pour battre, pavillon noir dressé au ciel, les océans agités dans lesquels on se noie, dans lesquels on jette des bouteilles vides, avides que personne ne les trouve. Sur la moquette sale, dans un coin, presque invisible mais si présente, une tâche de sang comme une goutte d’âme écoulée de la déveine, et un front ouvert, une bosse, une douleur qui cogne, tambours battants le contremaître ne faiblit pas, il tient à ce que le rythme ne se perde pas mais aussi à ce que les esclaves ne meurt pas. Parfois on voudrait se débarrasser de tout équilibre et de toute forme de lucidité, de toute clairvoyance, ne rien assumer, ni les douceurs ni les violences, tout balayer d’un revers de main. Vie palimpseste, pourtant on re-crie et on récrie encore une fois l’histoire, celle avec un h minuscule, lilliputien petit, tout petit historien de ses échecs, on se voudrait négationniste de son individualité, de ses choix : non ce n’est pas moi, non ce n’est pas vrai, tout ça n’est qu’un tissu de mensonge, je n’ai rien fait et n’en ferais rien. Mais ça serait trop facile.

Le premier mars ça faisait dix ans tout juste. C’est l’année des comptes ronds qui ne s’en laisse pas conter : Il n’était plus une fois, que des souvenirs ; et des sensations qui poussaient en soi se mettent à éclore, on ne les connaissait que par le ouï dire de son instinct, elles deviennent intelligibles, l’insupportable frappe à la porte et sans regarder par le judas, sans se méfier, on ouvre.    

Je ne sais pas si c’était une erreur, mais au moins on s’est retrouvé, une heure de larmes durant :

Alors bon anniversaire maman, dix ans ce n’est pas rien…

 

***

 

Criminologie lacrymale des souffrances, gabegie que d’en vouloir sortir, nous sommes des meurtriers de nous même et de nos Moi en bouts de ficelles.

Nous errons vaille que vaille de batailles perdues en guerres inutiles.

Nous falsifions nos intimités par instinct de survie.

Le carmin est notre couleur de prédilection, nous la teintons d’indifférence parfois, d’orgueil souvent, de mépris de temps en temps.

Nous aimons la boue car le soleil est trop facile, nous aimons la vase car la terre est trop ferme pour nos petons a-réel. 

Nous faisons semblant d’acter notre impuissance sur des parchemins de pacotilles.

Le concret nous est un puit sans fond, nous y plongeons parfois tout en essayant de ne rien perdre de notre malice.

Nous pouvons rendre une autopsie burlesque et un mariage sérieux, c’est une de nos particularités,

Comme de rire jusqu’aux spasmes d’un silence, ou de pleurer dans des cirques joyeux.

Croyez-vous franchement que vous n’avez pas de la merde plein les yeux, et que vous ne passez pas la plupart de votre temps aux toilettes?

J’aspire parfois à ne plus pouvoir respirer qu’en musique, me moquant, aux narines inutiles du Temps, des automates du quotidien : nous n’avons pas les mêmes électrocardiogrammes et nous ne tirons pas les mêmes chasses comme nous n’aspirons pas aux mêmes choses…

 

Le 09/03/08  Arcueil.

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