13 juillet 2008
Du Vide.

Il faut caresser la mort dans le sens du poil. Un poil qui n’avait plus l’éclat d’antan. Je tenais sa petite tête endormie dans le creux de ma main quand il a fait la deuxième piqûre, celle qui lui offrirait un sommeil plus définif. J’avais bu et aucune pudeur ne retenait des larmes qui m’en rappelaient d’autres, plus anciennes. J’avais « oublié » la Faucheuse, du moins nous ne dansions plus ensemble. Puis le retour à la maison et les spasmes. La maison… Plutôt un logis qui aujourd’hui me semble d’un vide infini. Je vois encore les lieux où elle aimait à se lover. Le vent dehors fait parfois jouer les ombres et je me retourne brutalement en pensant que c’est elle qui vient de se réveiller, et j’attends en vain ce miaulement rauque qui énonçait sa présence et réclamait mon attention, parfois insuffisante. On efface pas impunément seize ans de vie commune, un peu plus de la moitié de la mienne. On ne tue pas impunément non plus. Seul exutoire un peu pathétique, se réfugier dans un nettoyage de fond, je me sentais pareil à l’assassin qui sur les lieux de son crime cherche à effacer toute trace. Mais malgré tout mon acharnement, je sais bien qu’un mois durant je trouverais des poils un peu partout et finalement c’est très bien ainsi. On ne tue pas impunément, il faut payer de sa tristesse sans limite ce qui pourtant était un acte inéluctable.
Ce n’était pas un « animal de compagnie ». Non, plutôt un symbole, vestige d’un passé maintenant complètement révolu.
« Elle » c’était Darling, ce nom que ma mère lui avait donné pour son côté aristocrate anglaise. Moi je l’appelais Bougonne ou gros dindon, Blanchette car blanche elle l’était totalement, n’ayant de couleurs que dans ses yeux jaunes et verts, et le rose de son museau et de ses coussinets sous les patounes. « Elle » c’était aussi la mémoire, celle de ma mère, celle d’une époque à marquer d’une pierre noire. Que ne lui ai-je pas fait subir, de déménagements en déménagements. Mais je ne l’imaginais pas ailleurs qu’avec moi, égoïsme ou au contraire, un vœu de ne pas l’arracher une seconde fois à « sa famille », moi en l’occurrence, ce Moi dont j’aimerais si souvent me séparer pour autre chose. Mais je ne regrette pas mes choix, ils ont juste aujourd’hui un goût de larmes par trop amer.
Le Vide. Un sentiment de solitude totale que je comble dans l’excès sociable et dans les aventures. D’un soir ou d’une nuit, attendant le retour d’une personne qui est partie en même temps qu’elle mais qui va revenir. Des banalités à dire, l’absence de remords mais des manques difficiles à nommer.
Ce vide je n’arrive plus à le combler. Les mots, mes plus fidèles alliés depuis tant d’années, restent coincés au fond de la gorge, dans l’estomac, des nœuds que je n’arrive pas à défaire, le bateau des désastres reste à quai avec sa cargaison de souffrances.
J’imaginais si bien connaître la Mort, cette compagne de tout temps avec qui je flirte depuis mon adolescence, mais elle est plus vicieuse que ce que je pensais. Panser les plaies est plus complexe que de les penser, alors je ne pense plus, me réfugiant dans l’autisme ou la furia, me dépensant sans compter dans l’Inutile et l’Abstrait. Je rêve parfois d’amnésie.
Mignonne, sa petite tête dans le creux de ma main et ce cœur qui s’arrête et entraîne le mien avec.
Oui, dernier vestige, dernière pierre de l’édifice qui me retenait ici, maintenant s’apprêter au départ et tout recommencer. Trente ans, il serait temps.
Le Vide. Seule évidence lorsqu’on rentre chez soi, cette certitude que le silence vous attend de pied ferme, rien d’autre qu’un silence sans fin, sans plus aucun écho de Vie sans plus aucun félin taquin, les quatre pattes en l’air pour un dernier câlin il n’y a plus rien que des objets, dont se débarrasser.
A Bougonne, ma petite mignonne, plus là.

17:34 Publié dans sorte de " journal " | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

Commentaires
Sa blancheur était délicate, comme celle d'un pétale de fleur des champs, rehaussée seulement de quelques touches fines de rose, et de jaune-vert; et ses pétales renaissaient et tombaient presque transparents, comme une présence légère, là où elle séjournait. Calme, attentive, réservée, son intelligence élevait une distance que je respectais. C'est ainsi que nous sommes devenues amies, une amitié discrète, avec pour chacune, un espace de pensée et de rêverie. Tu habitais ce monde en poète donnant par ta grâce, une présence d'une juste mesure. On avait le pressentiment de ton amour caché et constant pour celui dont tu partageais la vie, ton Emmanuel.
Ecrit par : Danielle | 20 juillet 2008
Uxane pour moi et Darling pour toi. Nos 2 animaux, compagnons, de nos adolescences perdues se sont alles par nos soins, helas, rejoindre le reste de la troupe. Mais ils auront ete choyes, aimes et proteges. Mais la Faucheuse n'oublie personne et prend souvent un malin plaisir a epargner pour mieux faire souffrir ceux qu'elle a decide d'epargner. Helas, c'est la vie et l'on sait tres bien que nous seront toujours confrontes a cette fin de vie. Au moins nos 2 compagnons auront vecu leur temps dans des conditions plus que agreables et surtout remplies d'amour. Une grosse pensee pour notre (surtout celle de Maman et Toi) Darling, belle princesse blanche. J'espere qu'elle s'en est allee rejoindre son 1er amour, Maman. Un jour ce sera la famille au complet. Je t'embrasse ma Darling.... Guillaume
Ecrit par : bebe | 28 juillet 2008
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