24 juillet 2008
Gueulantes et rêverie.

Tous les blasphèmes du monde ne me suffisent pas. J’en veux un et un seul, d’une implacable justesse, d’une implacable injustice, qui cloue à jamais les becs des corbeaux de l’église, des prélats de cette surannée institution blafarde qu’on ne bafoue plus que du bout des doigts trempés dans de l’eau bénite et croupie. Sus aux croupions des curés, des prêtres et des papes. Qui me l’offre?
Il en est de certains conservateurs des bibliothèques comme de certaines momies, ils et elles ne vivent que tenues et ténues par les rubans de leurs aigreurs d’outre-tombe :
A l’âne mon godet.
Et dire qu’ils ont eu la peau de Siné, et qu’aucun « d’eux » n’est monté au créneau. Le dernier journal « bête et méchant » a donc signé son arrêt de mort. Qu’il crève! Ah! J’imagine si Choron ou Reiser étaient encore là, comme ils auraient claqué le vilain clapet de se cadet de Val, j’imagine leurs crocs niqueurs contre les chroniques à la colique consensuel de ce rédacteur en petit Chef, comme ils l’auraient, dans une grande fête nécrologique, enterré dans son moralisme mou de donneur de leçon! Et « Ses » valeurs que B.H.L., infâme fil au zob, acclame comme Voltairien dans une tribune du Monde, arguant et narguant la liberté de pensées de ses habituelles logorrhées molles et ressassées à outrance depuis bien trop d’années. Courage, fuyons!
Après Siné viré, notre Jack Langue de lèche-putasserie nationale permet à notre résidu de Président de se faire gonfler encore l’Ego présidentiel dont l’écho nous enfle chaque jour un peu plus la tête. J’en perds la comprenette, TOUT me dépasse.
Je n’arrive plus à écrire car je n’arrive plus à respirer dans cette ambiance délétère. J’étouffe, il faudrait que j’arrête d’écouter les « informations », que je balance ma télé par la fenêtre, que je m’ôte jusqu’au plaisir de la lecture du Canard, que je m’isole dans ma tour sans argent deux mois durant, préparant cet exil que je ressens de plus en plus comme salvateur, que j’arrête aussi d’avoir peur, car c’est ici que c’est dangereux pour moi. Ici et pas ailleurs.
Un bilboquet vert, une pile de livre à lire, un flacon de poppers acheté à New York, de l’encens du Sénégal, une paire de mailloches, des disques épars, un flacon de parfum, des cadavres de cannettes, deux paquets de Camel, des pièces de centimes, une clochette rouge et d’ors offerte au Cambodge, un DVD sans intérêt, deux manuscrits en cours et mon imagination à cours, un rouleau d’essuie-tout à usage divers et pervers, un stylo bic rouge, un cendrier qui dégorge… Je détourne mon regard de mon « bureau »…
Des autorités idiotes, des gouvernants imbéciles, des généraux corrompus, des soldats alcooliques, d’autres fiers comme des coqs, quelques kilomètres de terres et de vieilles pierres sages, une communauté internationale le cul dans la bassine de leur trouille, et une situation de merde toujours à deux doigts de déraper et de foutre en l’air un semblant de sérénité entre deux pays qui feraient mieux de s’occuper de la stabilité qui dans ce monde pourri jusqu’à l’os leur permet encore de plus ou moins survivre. Ma haine du pouvoir augmente de jour en jour, ma haine de la bêtise me déborde même la nuit, ma haine des hypocrisies me gonfle comme une baudruche, prête à exploser parfois. Je me contiens sans vouloir me contraindre et l’ouvre face à ses ersatz d’ordures qui se ferment sur leurs positions. Mais je resterais du côté des opprimés et d’un verdict de 62 inaliénable, Preah Vihear est au Cambodge! Pauvre Bouddha, sur lequel ces zombies sans quiétude ni philosophie, pour ne pas utiliser le terme de « calme intelligence » crachent sans vergogne. Se battre pour un temple c’est aussi absurde que se marier pour une religion : c’est salir la paix et l’amour!
J’ai remarqué aujourd’hui qu’au plus j’étais amoureux d’un garçon au plus je le trompais. Sujet de discussion intéressant pour la prochaine séance avec mon psy!
J’ai le libertinage sentimental, la tête dans les étoiles et le moral dans les chaussettes.
Pour finir sur une touche onirique, j’ai fait un rêve éveillé sur ce qui me sert de balcon, alors que je sifflais une bouteille de Cabernet d’Anjou en laissant le soleil me dévorer à grandes goulées rayonnantes :
J’étais au milieu d’une forêt de palmiers, de bougainvilliers, de plantes, de fleurs et d’arbres divers, au sommet d’un immeuble, sur un toit qui était une terrasse. J’étais au milieu de cette jungle artificielle assis sur une chaise, devant un petit bureau en bois très simple, sur lequel il n’y avait qu’un ordinateur portable et un cendrier étrange, aux formes comme une sculpture des îles, de la Réunion ou de la Martinique. Dans un hamac à quelques mètres, ensevelit dans les feuillages, dormait un garçon très beau seulement habillé d’un kroma. La chaleur était celle d’un zénith, quatorze heures environ, le soleil tapait droit vers le bas et sans concession. Un ventilateur placé à un mètre cinquante et réglé sur « force quatre » distillait un semblant de fraîcheur. Dans une glacière à ma droite quelques bières rafraîchissaient doucement. Sur une table de chevet transformée en guéridon, mais d’autel : du papier et des stylos, des paquets de cigarettes bleus comme le ciel bleu et blondes comme le soleil blond. D’une mini chaîne hi-fi cachée dans un recoin de la terrasse s’échappait tout en douceur la voix de Lhassa et celle de Lady Day en alternance. Elles répondaient à mes mots, des jours durant, car tout ce décor était fixé, j’étais seul en mouvement, mes doigts perpétuant sur l’écran le paradoxe de mon calme et de mon chaos. En compagnie de leur musique j’acclamais le silence, en compagnie du silence j’acclamais la violence de ma douceur, j’avançais en mélodie et en rythme et reculais à tâtons en me relisant, pour mieux sauter, sur la phrase suivante, sur le paragraphe à venir, sur le chapitre à clore, sur une fin qui n’était là que pour annoncer un recommencement. Je brodais mon ruban de Moebus, je me tricotais non une petite laine confortable, mais un labyrinthe textile et tactile pour recouvrir mon âme en errance. Chaque heure qui passait voyait mon ego se réduire à peau de chagrin pour laisser place à mes égaux et à mes émaux, ces quelques mots que je dorais de tendresse entre deux batailles. Le sang et la semence perdaient de leur importance, alors même qu’ils étaient le nerf de ma guerre nourricière, sans autres victimes que moi-même, sans autre jouisseur que moi-même. Je faisais des boutures de paradoxes comme on s’amuse dans une roseraie alors qu’on a l’âme d’un jardinier. Mais le Plaisir, chose rare prenait le dessus. J’arrivais même à mettre mon sexe de côté, celui-là même qui avalait jusqu’alors toute mon énergie. Je le réservais au garçon dans le hamac, un dormeur de l’aval et de l’amont, de Vénus et de rimbaud. Comme Monk, je me levais et tournais autour de ma table quant les anges et démons du silence créatif prenaient leurs chorus. Derviche autiste, marionnette et marionnettiste, le loup et la biche. Pas Labiche pas plus que surréaliste, ni dramatique ni comique, propre amuseur de ma place publique, propre public des jeux érotiques de mon pubis mis à l’index le temps d’une prose privilégiant le cortex, le corps-texte.
Les arts et lézards se dorent au même soleil sans concession, sur des murs qu’une jeunesse en perte de vitesse, s’essayant à ralentir les symptômes de décrépitude, sur fond de symposium entre démons réels et rêves éternels, avance en mêlant dans un cri unanime à Soi, Merde et Merci.
Au final, le garçon se réveillait et se levait du hamac pour me rejoindre, je faisais mes condoléances à mon récit en apposant le mot Fin, nous faisions l’amour dans les herbages artificiels de ce Paradis réel qu’était un jardin suspendu au ciel de mes espoirs. Pas grand-chose, mais pourtant l’essentiel était là, simple comme un réveil qu’une érection surprend, simple comme l’évidence d’un matin de bon augure qu’un baiser illumine entre deux caresses.
00:21 Publié dans sorte de " journal " | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

Commentaires
mais ou etais donc cette terrasse? Que j y cours....
Ecrit par : bebekhmer | 31 août 2008
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