29 juillet 2008

Le Jardin des Plantes.

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J’étais immense. Une sorte de monstre, ou de lutin mais de Rabelais, dans un univers sans normes ni grilles de conversions, loin des mornes plaines de la logique contemporaine qui prévalait, triste euphémisme. J’étais un lilliputien caméléon, un éléphant dans un chat d’aiguille.

Je tenais dans ma main un marteau qui était celui d’un forgeron rustre, qui était comme la hache d’un bûcheron de père en fils et de génération en génération. Un marteau-hache lourd et pesant comme mille ans de coups donnés sur le fer et le bois. 

Point maigrelet non, bien au contraire, mes muscles horribles saillaient sur mon corps en sueur, sans peur près à pourfendre les reproches qui m’assaillaient, moi l’homme, moi l’humain prétentieux, moi l’ogre hautain mais aussi le rusé et le malin. Le rusé car j’avais réussi à m’introduire, à tous les berner. Igor le Russe! Malin!Un Wiking mais sur un tapis de velours, silencieux dans  mon immensité, rustre mais félin, tous mes paradoxes à l’affût, mes lames affûtés et mon âme sûr d’elle comme jamais.

Le ciel avait de ses manières comme je les aime. Des nuages roses et jaunes jouaient avec le couché du soleil, la lune marquait un temps d’arrêt sur le fil d’une latitude pas si innocente.

Les petits bonhommes en vert n’avaient pas pu trouver ma cachette, pas plus que les petites bonnes filles toutes aussi vertes, tous et toutes avec leurs bonnes consciences et leurs talkies-walkies errant pas loin des orangs-outans, que dans mon angle de vision je continuais à couver d’amour.

Ces verts gardiens, jeunes idéalistes, qui étaient idéalistes comme on va voter, je n’avais rien contre eux, seulement ils ne savaient pas, tout simplement. Habile comme un singe et sans les mordre ni les blesser, je les endormais au chloroforme, en douceur, comme est douce la philosophie du Paresseux, que je libérerais demain.

Je les déposais dans une volière délaissée par un perroquet, crevé de solitude quelques jours plus tôt.

Le parc était à moi.

Je me rendais à la singerie, et sortais de derrière les fagots ma bouteille de Morgon, un verre à belle allure, un paquet de Camel et un radiocassette à piles. J’enclenchais ce dernier, et Django Reinhardt se mit à s’amuser avec ses huit doigts qui en valaient douze. Je m’installais en tailleur, et petit à petit, doucement, mais avec beaucoup de non-grâce, les orangs-outans se mirent à danser dans leur enclos, de lianes en cabanes, de pneus en bambous, de faux arbres en fausses passerelles. Moi-même, qui ne danse jamais, je me levais pour les accompagner. Nous dansions ensemble! Ni valse ni rock, en pas de crabes comme en pas de deux, nous nous suivions à travers les vitres. Nous nous regardions sans faïences dans l’absence de silence. D’habitude à cette heure, ronflements et gloussements de pigeons insomniaques étaient les seuls sons auxquels ils avaient droits, avec parfois le crissement sur le gravier des pas du gardien. Routine de trop d’années!

Ils ne se privaient pas du spectacle, qu’ils créaient eux-mêmes à chaque accord du Manouche fou. Le patriarche laissa tomber son machisme pour enlacer langoureusement sa chère et tendre. Le petit frère, qui fatigué par les flashs des visiteurs hébétés et les vitres en verres qui coupaient court à toutes ses velléités d’espace, et en était arrivé a totalement ignorer sa petite sœur, lui faisait des chatouilles et des gratouilles sans pour autant oublié de se gratter les couilles comme à son habitude, mais avec plus de grâce. Il ne manquait plus qu’un kaléidoscope et l’ombre de Travolta se déhanchant sur un air disco pour croire à une ambiance de boîte de nuit. Les singes dansaient! Ils swinguaient du feu de Dieu! Acrobates à quatre mains ils se déhanchaient à quatre pattes! Je montais le son!

Je montais le son et repris mes esprits. Leurs cris de joie gonflaient le ballon de mon bonheur, et mon bonheur gonflait mes muscles. Je saisis alors la hache qui était un marteau, qui était une massue, qui était toute la sauvagerie de la liberté, et après avoir respiré de longues secondes qui ressemblaient à des minutes, je brisais le verre en chantant et la cage s’effondra sans émettre un bruit, sans que je sache ce qui se passait. Django cassa une corde et s’arrêta de jouer, le silence revint, la nuit se tue.

D’abord je m’avançais vers eux, approchais le patriarche qui semblait ivre de cette danse. J’apposais une caresse sur son ventre, qu’il gratta en me regardant circonspect. Puis je fis une grimace à son fils, qui me la rendit. Désireux d’arrondir les angles, je fis le baisemain à la Dame et pareil à un magicien offrit une glace sortie de ma besace irréelle à la fille. Je donnais au grand-père un clin d’œil complice et à la grand-mère une grimace sans vice. Nous nous regardions comme se regarde le malade en phase terminal et le médecin encore jamais rencontré qui va lui ouvrir le ventre pour le sauver. L’haleine du mâle me rappelait celle de certains amants après une nuit blanche à boire de l’alcool frelaté en de lointaines contrées : il en était de même de celle de la femelle qui jalouse s’était approché jusqu’à ce que ses babines effleurent mes lèvres. Je me voyais déjà en charpie.

Nous nous tournions autour. Les enfants eux avaient déjà « disparu » : Nous étions des adultes et nous étions en réunion. On se reniflait, s’observait, palpait nos intentions. Puis doucement, on se rapprocha. Les tensions baissèrent de plusieurs crans, puis remontèrent, et Monsieur et Madame allèrent baiser aux cimes d’arbres nouveaux alors que je me mis à écrire ses lignes, à la va-vite, sans réfléchir sur cette situation que j’avais pourtant prévue depuis des mois. Une heure chaotique propice à la prose alors qu’entre prépuce, vices et libertinage, mes orangs-outans copulaient à deux pas de la cage des curcubitacés ensommeillés aux rêves imperturbables. Puis j’entendis un cri à faire bander Dieu! Un Cri de Bonheur, un cri féminin et un cri masculin, qui déclancha dans la ménagerie un immense brouhaha. Taquins Takin, Bharal et bouquetins, chèvres des montagnes et la smala des échassiers : Spatules, Ibis, Grues, Flamants et comparses! Vautours, perroquets, chamelles et Pandas, lézards florissants et panthères dépressives, lama cracheur de Serge, caméléons et Boas et toute la smala rentra en rébellion! Une furia de partitions folles, d’hurlements et d’hululements, de stridences et de chants doux, de susurrations serpentines et de meuglements ovidés, de langues lancées par des caméléons énervés et des pics stressés et tressés par d’iguanes ou aspics pré-historiquement frustrés se libérant!

Les barreaux sous les assauts finissaient poussières et les verrières ne résistaient pas aux aigus des volatiles dingues qui chantaient pareil à des castrats à qui on auraient greffé une queue, tout le malheur du Monde en déliquescence dont ils avaient jusqu’à ce jour été les tristes clowns. Le swing reprenait ses droits et j’imaginais la sublime inversion où nous, prétentieuses allégories de la Nature, nous nous retrouvions en cage avec cette belle pancarte, en bon français, clouée sur le « bec » avec sa touche latine : Seule race animale autodestructrice dotée d’intelligence, Humanum. 

Je me réveillais la tête dans le cul, buvais un café trop fort en fumant une clope de trop, bien décidé à délivrer un jour les singes de la prétention des humains. Et hurlais, Leibniz aux Chiens!

 

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Commentaires

En tant que grillon, j'approuve, et parlant, je crie "Vive la liberté"! Libérons tous les grillons asiatiques, mes amis, sans oublier nos frères bonsaï! Recréons l'espace du vide. Que les humains arrêtent de se reproduire et redeviennent une espèce raisonnable, retirée dans ses domaines et ses limites! Et nous, grillons, nous chanterons dans l'herbe où nous voudrons!
Mais la Nécessité qui a voulu que nous nous dévorions les uns les autres, comment contrarier son inépuisable appétit de nos massacres?
Que la ridicule arche de Noé, avec ses représentants uniques des espèces, devienne la terre entière!
Insupportable tristesse de l'impuissance de nos rêves! Merci pourtant de l'avoir si bien écrite!

Ecrit par : Grillon parlant | 11 août 2008

J aime bien ce Grillon parlant... Finalement le Bar se nommera Le Phoenix..

Ecrit par : bebekhmer | 01 septembre 2008

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