14 août 2008

La plante (suite)

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La plante me supplante. Rêves désorganisés et cauchemars infantiles, enfantins. Des fantassins fantasques s’attaquent à mes fantasmes. Je deviens une porcherie, mes souvenirs se roulent dans la fange de mon inconscient. Lapidé sur la place pubique de mes erreurs anciennes, de mes abus de pouvoirs sexués. L’âme brûlée dans le vin, le cœur en pièces détachées, ou rubicube insoluble. Je vois double et ma voix se trouble, elle déblatère sans que je ne puisse rien contrôler. Billevesées je lâche mes billes sur le terrain de jeu de son Pouvoir, elle m’abuse et s’amuse et je ne peux rien, subis en soubresauts, saute du coq à l’âne sans aucun contrôle, sorte de délire semi éveillé, élixir où je me noie, alchimie qui me pousse aux abois. Je flotte dans des diaprures, des voilures, des ciels d’exquise perdition, des nuées diaphanes et j’ahane sottises et grandes vérités, pour moi seulement, pour moi et à mon nombril, cette voie lactée à lui seul, étoile de mes égarements, illuminée petite anfractuosité.

Elle déforme mes normes, dissout mes neurones, débloque le réel vers d’autres réels qui ne me regardent pas mais que j’observe. Dans le ciel les étoiles jouent à la marelle et la lune éclaire cette improbable cour de récréation noctambule. Des bulles de vide flottent sans apesanteur définie. Bribes de néant accumulées. Volcans qui calcinent la nuit, éructent et exultent. Des anges comme des petits pompiers s’affairent aux célestes incendies. Mignons pantins impuissants.

Sur le carrelage les ombres dessinent des arabesques qui ne demandent qu’à être définies. Je les observe mais mes pensées sont incontinentes comme Mémé l’était avant son infarctus, et je ne sais pas, et je ne sais plus pourquoi je pense à Mémé. Ne suis-je pas un gniard, et bientôt un Pépé, juste quelques années encore et je pisserai dans mon froc, en riant au soleil de ma mort. Mais l’envie de rire est plus forte alors je ris fort au pays du riz et en crescendo et encore et à la barbe d’Angkor je rigole comme une folle, comme une plante folle.

Je rigole des guerres pépères où l’on perd ici une jambe et là un bras, et comme il est drôle cet instinct de massacre des cons. Comme il est drôle, ce désir de mourir mais surtout de voir et de faire mourir les autres. Plante maudite, mangeuse de désastres! Drôle les scientifiques et les biologistes, drôles les scientistes et les bios logiques, utopistes en poussières oniriques aux triques rêveuses, et moi drôle qui patauge dans les lieux communs et les euphémismes! Plantes qui dépote ma tête en vrac dans le jardin des mauvaises herbes où je la perds!

Saleté de plante qui me détraque et moi qui me traque. Qui me trique, qui trictrac sur le tapis de la jaquette, joue aux dames contre ses flammes dans l’âtre de ses désiratas qui me paument et parfois me semblent jeu d’embaume. Je m’imagine empaillé, statufié, déifié dans le salon de la Faucheuse, petite pute gueuse de la Plante taxidermiste, en Taxi direction l’Enfer, le Paradis, le Purgatoire qu’en ai-je à foutre ?! Ne dois-je pas payer la Gabelle à un Belzébuth en dentelles, folasse d’os tissés et de calcium calciné?!

La plante me supplante. Il n’y a plus rien à faire. Volonté de brindilles. Les idées noires me titillent. Je chatouille la Mort sous les aisselles et cette salope se pique d’un fou rire à éteindre un ciel de grêles, à allumer un feu de Dieu Mort, à rire à la moustache de Nietzsche. Et Sarah toussera son cancer de l’âme philosophale, et crachera sur la pierre improbable. Me voilà sous-homme, soumis à quelques nervures nerveuses, les pieds en terre et l’esprit enterré et atterré de sous-volonté. Que de dessous d’homme saoul, d’ivre garçon, de catin du petit matin.



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