15 août 2008
La plante (suite)

Qui se réveille et s’endort à nouveau. Par monts et par vaux du sommeil à l’éveil. Pute d’une plante, d’une plante maquerelle qui me met sur le trottoir de l’irréel et me vend à ses vents de folie, et me vend à ses délires et m’endort à nouveau, dans la lie et la boue.
Je suis assis sur une chaise de vieux bois mais qui n’a pas de pieds. Apesanteur sourde des sons qui m’entourent sans m’atteindre. Autour, des plantes jumelles, des fleurs carnivores, des cactus omnivores aux pointes acérées comme aiguisées au fusil de la démence. Acupuncture torture. Piqué de toute part je ne peux pas me mouvoir, je crie de douleur sans m’émouvoir, sans me voir dans un miroir en faux teint je m’imagine grimaçant tordu de rictus. La chaise n’a pas de pieds car je ne prends pas mon pied. La souffrance m’avale jusqu’au tréfonds des glottes végétales. Fellation piquante. Sodomie hoquetante. Orgasme néologique, néo logique je fredonne des fredaines dolorifères. Je chante un alléluia lamentable, les sons se brisent dans du verre brisé, les échos me reviennent pleine face et je perds la face, le combat est illégal et irrégulier, je suis perdu d’avance mais je ne recule pas, déploie une énergie venu d’un au-delà que je ne maîtrise pas, me bats quand même, frappe le vide, cogne le néant, m’acharne sur l’impalpable, ignore la peur qui pourtant cherche à me figer mais la peur est une chienne et je suis un chien aussi alors j’aboie plus fort. Puis je suis un chat et je crache. Moustaches à l’affût le ring change de face. Je gagne du terrain et rogne et grogne. Je deviens plus brutal. La fringale est comme une gale je grignote sous les oripeaux la chair et les veines et chante les chants guerriers et des antiennes qui me servent d’antennes, de radars pour gagner, je suis un chacal, une hyène, un monstre insatiable, je vais me taper ce râble et en finir avec cette fable! J’envoie la Mort dans les cordes, j’envie la vie qui me déborde, je suinte de rage et d’amour, d’un coup d’un seul dandy et Lord c’est à coup de savates que je mets l’ogre à terre et atterre jusqu’au désordre universel. Voilà qu’enfin tout me dépasse et que je trépasse les petits démons mesquins, je reprends le dessus, la chaise a quatre pieds et je m’y assoie pour écrire que j’ai gagné, quoi je ne le sais pas. La chaise a quatre pieds. Mais c’est un socle vide et je tombe tête à l’envers dans un jardin étrange, aux plantes venimeuses, aux plantes amoureuses, aux plantes sinueuses, aux plantes qui grimpent et gravitent et évoluent trop vite pour moi, m’enserrent, m’insèrent, m’enlacent, m’agacent alors je m’en défais et me refais une virginité, d’un pied de nez : Je me coupe les jambes et les voilà sans emprise. Je rampe libre. Je frôle le sol en le griffant de mes ongles que je n’ai peut-être jamais coupé. Je rampe comme un vers, alexandrins amputés de ses pieds je rampe comme un tronc, comme un chien tronc, comme un chaton, comme un chat tronc, châtré de toute volonté je rampe dans mon rêve mon corps en crampes, mon corps démantibulé. Puis le gong sonne et le combat doit reprendre, le combat doit reprendre mais je l’arrête, et alors me lève et je rêve dans mon rêve. Je bourgeonne et j’éclos de fleurs et de fruits inconnus, de couleurs qui n’existent pas et de parfums qui s’inventent. Des mots de nulle part arrivent d’ailleurs. Je caresse des matières qui pourraient ressembler à des pelures de lune ou de lave, d’une chaleur nouvelle. Je marche dans un désert riche de poussières à inventer. Je succombe sous les frôlements d’anges étranges. J’abdique sous les coups tendres de tempêtes pleines d’insolences et de fiertés. Je résiste à des tentations qui refusent de dire leurs noms. J’avance avec la canne blanche du hasard, à l’aveugle, retrouve encore mes instincts de chiens. Mes instincts de chats. Mes instincts de singes. Je grimpe aux branches d’arbres qui n’existaient pas quelques secondes avant. Tout est intemporel. Je mange des fruits aux amertumes délicates et je bois des alcools qui se mettent à exister au fur et à mesure que je m’évente, que mes démons s’éventrent et que mes anges s’inventent des univers pervers.
Faux espoir j’ai cru me réveiller, mais ce n’était que pour pire retomber sous l’emprise de son empire.
Je me vois maigrir à vu d’œil, d’œil cavé par les corbeaux qui sur ma volonté déposent des linceuls et je me sens seul, si seul que je me démultiplie pour me tenir compagnie.
La plante devient hystérique et m’invite à ses fêtes. Chacune de ses feuilles qui vient me dévie un peu plus, me vide. La Salope est avide. Elle veut tout et surtout me veut Rien, Objet, Pantin, Marionnette, Crevure, Balbutiement de ses échos elle me vide de toute substance ne me laissant vivre que dans des rêves aux mandibules oniriques qui m’enferrent dans son enfer ou me laisse entrevoir des paradis de pacotilles comme hier où,
Des garçons par dizaines venaient à tour de rôles me sauter. Des flots de foutres, des mots de spermes m’étouffaient. Parfois les rôles s’inversaient, pour mieux me retourner. Baiser. Baisé. Baisés. Baisons. Baisâmes Ô Sésame. Conjuguer le sexe à toutes les sauces. Syntaxe du Cul. Grammaire en partouze où se jouer des pluriels, où s’amuser des inversions, où valser avec les positions, prostitutions aussi, où danser avec les anus volubilis une danse sans nuances, un tango sans concessions, sans récessions de cons car pas de vulves, pas de valves, des bouches et des culs à profusions, clowns blancs d’un céruse tout sourire, volupté de voir le plaisir sur un visage qui ne se contrôle plus, et réussir à en sourire. J’inventais une pornographie nouvelle grâce à elle, après Sade, après Guyotat, Genet, les Bataille et consorts, consoeurs, aux petits jours, immense monstre de gentillesse je me promenais ailleurs dans mes rêves érectiles, iguane tactile, à la fois objet et maître de circonférences dans les amphithéâtres intimes des sodomites exaltés. Périodes de soldes, j’étais au supermarché, cambré à souhait, écarté dignement à toutes les voluptés. Nains, monstres, beautés, nous dansions nos carmagnoles, chevelus, folles, requins, au bal des salopes j’étais le lumignon de mes mignons et j’éclairais leurs ombres de mes voluptés souriantes. Quel rêve!
02:45 Publié dans Extraits (de récits en cours) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

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