29 août 2008
Bribes.

Les livres, au vent des pages. Les disques au rythme des choix. Les objets deviennent inconséquents. Ici plus rien n’est censé exister. Tout doit disparaître mais rien ne disparaît. La braderie est fausse, je ne vends rien pour de l’argent, mais pour renaître léger comme une plume de vautour, une charogne du Rien, une Colombe du Tout par l’Absence. Plus d’apparence, tout doit être en soi, tout doit être en moi. Plus de poids, les cartons je les remplis de vide, je les vide de mes trop-pleins.
Je rêve d’un fou-rire sur ma tombe, que mes amis soient hilares de me savoir enfin mort. Et fiers de ma seule réussite !
Je n’ai jamais été aussi vivant que dans l’âme des gens qui me pensaient mort.
Certains meurent à petit feu, je choisis les grandes flammes et le bûcher des rêves.
Les livres m’ont grignoté, maintenant il s’agit de vomir avec justesse, rage et élégance.
Je me suis essayé hier à lire les journaux, à regarder la télé, à écouter la radio, à sentir l’émotion dans les voix vibrionnantes des clameurs publiques ; à me faire des idées, à pencher pour l’un ou pour l’autre, allant même jusqu’à l’idée de militer. Mais mon Ange, imperceptible abstraction, est venu à ma rescousse et m’a secoué, m’a sauvé des facilités de parades. Alors au lieu de m’inscrire à un parti, j’ai fait sauter le bouchon d’une bouteille de Cabernet rosé et j’ai dansé sur ma page comme je danse seul dans mon salon, en écoutant Charles Mingus.
J’ai mal au pied de trop marcher, de marcher des heures, de marcher tout le temps. Je m’arrête à chaque épicerie pour reprendre des forces. Ces forces sont ma faiblesse. Cette faiblesse est mon opium. Je décompte les bières au fil des kilomètres de bitumes, je compte les bitures au fur et à mesure que j’aboutis ici ou là. J’avance en errance, je ressasse cet idiome, je ressuce cette idée.
Je suis tellement profondément triste que chaque bonne nouvelle lève un nouveau doute. J’en retire la fierté de réussir à lutter encore.
Mes crises d’intenses jouissances, injustifiées, m’effrayent par leur absolu incohérence, je ne vis pas dans une forme réelle de l’existence, je suis toujours « à-côté ».
Deux statuettes l’une prés de l’autre. Un Bouddha de pacotille en paix et la face difforme et cloutée d’un masque Africain de pacotille aussi, et entre deux un enfant malade qui joue les billes de son âme sur le tapis de jeu avec des dés faussés qui se baladent.
Le Requiem de Mozart VS le Fauble of Faubus de Charles Mingus : je n’arriverais jamais à me dépêtrer de mes paradoxes et le tas d’os que je suis manquera toujours du calcium de la lucidité, je vis entre trop de partitions opposées, je vis trop « entre les lignes ».
Epitaphe : Bien qu’aimant les complications, il eu l’élégance de mourir simplement.
Comment vivre dans un monde où la seule lubie des anarchistes est de constituer un groupe cohérent
Je regarde le monde comme on regarde une fourmilière dans laquelle on donne un coup de pied vengeur. Vaine agitation des ouvriers de la rancoeur qui luttent contre le David incoercible et incohérent de la Logique Mondiale. Et je cherche en vain celui ou celle qui saurait avec intelligence et poésie marier cette mort nouvelle à cette nouvelle forme de vie.
Aux scientistes :
Je suis ignorant de vos sciences comme vous l’êtes de nos consciences.
La parade vaut le coup d’oeil. Des anges masturbent de vieilles gargouilles mensongères. Des musiciens, au-delà de tout âge, swinguent du feu de Dieu qui n’existe pourtant pas. Des fleurs s’acharnent à pousser sur le charnier de nos consciences en déliquescence. Des peintres ont des relents de pinceaux, des couleurs s’absentent sans se justifier. Marelles et cerceaux. On sculpte dans le vide une idée du Vide et le mime Marceau, que les autorités avides ont tué, achevé, renaît de ses gestes et nous remplit de tous les silences qu’on ne sait plus connaître. Marcel et clodos. La rue sent le mauvais vin des bons vivants. Les mensonges sont joyeux aux faces tristes des réalités anxieuses. Sur le ring les faux-semblants perdent la face : l’adversaire est de taille : il rigole tout seul de nous tous, sans même pouvoir imaginer la saveur de nos larmes.
Epitaphe : Si la crémation à petit feu ne m’a pas dérangé, je suis heureux d’avoir brûlé mes ailes de Vie à grandes flammes.
J’ai toujours été un amateur, un professionnel du dilettantisme. Avançant si lentement que j’en déconcertais mes plus fidèles contempteurs.
Je suis pour qu’on me contre, je suis contre qu’on m’entoure. Ou alors avec la perversion du poète.
Je me rends compte, petit à petit, que l’idéal ce n’est pas une bibliothèque qui dégorge de livres, mais un livre en Soi qui se fout des étagères et des feuillets reliés qui ne sont que reflets d’un savoir dont on veut pouvoir se justifier. Je me détache du fétichisme pour me rapprocher de « l’ascétisme exubérant de la Poésie ». Je ne veux plus rien avoir, je ne veux plus rien savoir, qui ne soit la blue note d’un paragraphe révélateur. Ne serait-ce L’Objet, je pourrais et je voudrais vivre sans aucun livre à portée de vue que celui que je lis avec intensité, maintenant, ni avant ni après. Un resucée de Carpe Diem encore.
J’en suis à un tel degré d’inexistence officiel, j’ai tellement joué de parjures et de faussetées administratives, j’ai tellement biaisé de-ci de-là, j’ai tellement fait semblant pour rester vrai, que je n’ai plus rien à perdre. Plus rien à prouver, plus rien à douter. Je pars touiller le fond de vérité qui me reste dans la grande marmite du delirium tremens « au-loin ».
Epitaphe : Il a voulu creuser sa vie comme on creuse une tombe, et il est tombé dedans.
Je fais des reproches qu’on me fait des qualités qu’on m’aurait envié un jour. L’horreur d’être seul dans les excès, le bonheur d’être multiple aussi dans sa propre caricature.
Epitaphe : Il buvait comme on respire, il fumait comme on inhale, dans un accident de la route il est mort du bitume plein les râles, sans même avoir le temps de se plaindre.
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Commentaires
"Partir c'est mourir un peu" ? "Partir c'est mourir beaucoup"? "Mourir c'est partir"? Holà, chacun son tour, jeune homme! Prenez votre place dans la file, mais ne bousculez pas les vieillards! Et pour arriver où, à quoi? A rien! Alors un peu de patience! Les regrets et les pleurs, les vieux les revendiquent justement! Alors il ne faut pas leur prendre ce à quoi ils ont droit, vos larmes ,jeune homme! Ne soyez pas si pressé et attendez tranquillement votre tour! Et avant, il y a la quête du Graal, le grand amour, un enfant qu'on adopte, et les sourires qu'on donne! Vous avez encore beaucoup à donner! Poète, encore un effort de plusieurs années! Avant de recevoir et d'emporter les pleurs et la douleur des autres!
Ecrit par : Grillon parlant | 02 septembre 2008
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