26 mars 2009

Deuxième semaine

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   Je vous parlais au début de ce journal du rituel de mon café matinal, mais en fait de café ne vous y trompez pas, il s’agit d’une délicieuse mixture noire, épaisse comme les brumes qui enveloppent, tel un sombre suaire, les matins d’Irlande en Hiver. Je donne cette image à titre d’indication n’ayant jamais au grand jamais mis les pieds en Irlande, pas plus que je ne compte les y mettre dans les années à venir, mais je trouve la comparaison assez juste, d’autant qu’elle à reçu l’agrément de mon imagination. 

   Mais je vous sens déjà un peu perdu. Et vous précise que c’est volontaire, adéquat à la situation, pensé en conséquence, voulu et même plus, réfléchi, car je me mets à réfléchir depuis quelques temps, subséquemment des idées me viennent de façon plus posées et je vous en ferais part de temps en temps, le moment venu, si ça ne vous dérange pas trop, sous formes diverses et variées, courts poèmes, situations en prose, ésotérisme de pacotille, métaphores douteuses ou pertinentes, descriptions de situations « telle quelle » bref, sous toutes les formes possibles, profitant de l’infini palette que nous offre le langage, et plus précisément le français, que je place sur un piédestal pour la seule, unique et valable raison que c’est la seule et unique langue que je maîtrise à peu près valablement.  

 

   « Goutte à goutte le bambou se remplit. »

 

   Peut-on parler d’un retour aux sources? Beaucoup d’éléments le laisse penser. En même temps je ressens un sentiment d’accomplissement, comme si ces quatre années de voyages au Cambodge devaient me mener ici, précisément Ici. Les cigales et les grillons, le soleil et la chaleur, le calme et la campagne, me rappellent à mon enfance autant que la mer et les balades à vélo ou en mobylette, le chemin de l’école me renvoient à mon adolescence, au Vallon, la maison où j’ai grandi, isolée au cœur de la forêt, ainsi qu’à la source, on y revient, qui l’alimentait en eau la première année. Mais « si je n’étais pas sérieux quand j’avais dix-sept ans », suis-je en train de le devenir? Je ne sais pas, en dehors du fait de ne plus passer mes jours et mes nuits dans les vapeurs d’alcool, s’il est vraiment sérieux de s’installer au milieu de « nulle part », sans véritable sécurité financière, avec son petit copain, pour enseigner le français à des gamins, des paysans, pauvres en guenilles ou faux riches, mais aussi et surtout bien plus que ça, nos élèves? La réponse prendra du temps, se dessinera petit à petit, comme le bambou se remplit…

   Par contre, ce à quoi je peux répondre maintenant, c’est à la question que vous ne m’avez pas posé et que je vais donc poser à votre place. Où vis-je? Dans une assez grande maison, qui est aussi un café, une galerie d’art, le bureau du directeur et des deux professeurs en cas de réunionite aigue, où nous logeons à quatre, et le moment est venu je pense d’esquisser les présentations. Sok Ngo Sisowath, Khmer « de France » membre non éminent de la famille royale, qui revenu en terre natale a décidé de monter cette école, y laissant toutes ses économies. Sarah Dohr, Suisse Allemande, installée depuis quelques mois au Cambodge et présente bien avant moi à Kep, et Moi, donc, votre humble serviteur, dont ce « journal » je vous rassure, n’est pas et ne sera pas, je l’espère, trop égocentré, et enfin Veng, mon copain, rencontré il y a quatre mois, originaire de Phnom Chiso, ayant accepté, par la grâce de Bouddha, de me suivre ici, et de devenir mon assistant, refusant d’être un assisté. Et n’oublions pas non plus Chatouille, Chatméléon, Chtouille, etc. la mascotte, petite chatte folle et adorable, trop aimée, que je surnomme aussi La Bourgeoise de Kep…

   Donc cette maison… A-t-elle un nom et une adresse qui pourrait la rendre plus concrète à vos yeux curieux et attentifs? Bien sûr, comme toute maison digne de ce nom. Si un jour vous décidez de venir nous rendre une petite visite, comme d’autres avant vous, n’est-ce pas Taku, Danielle, Jean-Marie et Laurent, Luc Olivier et Harry, Daniel, il vous suffira de demander au premier Garuda que vous croiserez, comment aller au Caméléon, Pshar Kep, Royaume du Cambodge, et je suis certain qu’il saura vous indiquer le bon chemin. Si par un extraordinaire hasard il n’était pas au courant, passez-moi un coup de fil et je vous orienterais du mieux que je peux. En attendant je peux déjà vous donner cette indication. Une fois à Pshar Kep, si vous êtes en direction du Vietnam, avancez doucement (ici tout va doucement) jusqu’au dernier taudis (une ferraillerie) et  prenez un petit chemin de terre sur votre gauche, là vous tomberez dessus. Là, oui, juste là, entre la route principale et la mer, à cinquante mètres de l’une et de l’autre, juste équidistance, à la fois pratique et d’un luxe inouï puisque tous les matins, toutes les journées, tous les soirs, vous passez de l’un à l’autre, pour vous déplacer ou pour aller contempler, méditer, penser ou ne pas penser, pour rêver, parler avec les esprits, Bouddha ou le Vide, le Rien, la poiscaille ou juste admirer les corps mirobolants, luisants, divins des pêcheurs qui s’activent sur cette mer de Chine, ce golf de Siam parsemé d’îles qui chaque jour nous fait l’offrande d’Apparaître.   

 

P.S : Photo de la vue que l'on a dés que l'on franchi le portail de "ma" maison, alias Le Caméléon.

Commentaires

Il y a là un sortilège. Combien de retours en arrière sont-ils réussis? J'aurais répondu aucun. Il y a là un très heureux sortilège, peut-être dû à ces fils invisibles, si denses, qui relient les vivants et les morts et tissent l'amour et l'amitié avec l'instant présent en un indestructible rayonnement que captent provisoirement et durablement les mots.

Ecrit par : Letempsquiva | 28 mars 2009

Des semaines, que dis-je ! des mois de lecture à rattraper !!!
Avec un goût amer au fond de la gorge...
Certainement dû à la Grimbergen, je ne vois que ça !!!

Pot'dok !

Ecrit par : Eliz' | 29 mars 2009

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