30 avril 2009

Un petit pécheur de "Lotus" :-)

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28 avril 2009

Troisième semaine. (3)

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   Nous avons depuis ce week-end un nouveau compagnon au Caméléon, qui à ce rythme va se transformer en ménagerie. Se rajoute donc à Chatouille, aux coqs, poules et autres poussins squatteurs, aux rats surdimensionnés et aux chats des voisins qui veulent se taper La Bourgeoise de Kep, Say le Perroquet! Volatile racé autant que muet, aux plumes vertes et au bec orange, qui après plusieurs déménagement se retrouve perché au milieu de la maison, au-dessus de la « voûte », là où on l’espère protégé des tentatives diverses d’agressions, non de ces congénères, mais de ses colocataires, plus haut cités. Peu enclin aux bavardages, peureux comme tout, pas très sociable, nous mettons pour l’instant ses défauts sur son bas âge, environ trois mois. Sok, qui depuis quelques temps cumule les casquettes de chef décorateur, menuisier, jardinier, entrepreneur immobilier (sans grand succès de ce côté-là concernant cet aspect ci) lui a concocté un charmant espace avec baguettes de bois, plantes tortillantes et grimpantes, coin voltige. Un des avantages de cet emplacement étant aussi qu’il ne risque plus de chier sur la tête des clients, ce qui n’est pas du meilleur effet, d’autant que nous ne croulons pas sous ces derniers, pas un dollar de recette cette semaine! De fait, pour l’instant nous tapons sur le budget de l’école pour manger.

   Sinon hier soir la dernière heure de cours a comme qui dirait un tantinet dérapée. Les gamins sont de plus en plus difficiles à tenir à l’approche du nouvel an khmer qui est la plus grande fête de l’année avec la fête des eaux. Censée durer trois jours, les prémices se font sentir dix jours avant et le « n’importe quoi » perdure dix jours après. Hier nous avons donc joué une demi-heure à « on va chez la belle mère » (sic) ce qui m’a mis les genoux à terre pour la demi-heure de cours restante, que nous avons passé à chanter. Ceci à la condition qu’aujourd’hui ils soient plus attentifs qu’à l’habitude. En même temps quel plaisir! C’est dans ces instants là que je me sens au Cambodge! A des années lumières du Cambodge que traversent les touristes, comme moi-même l’ai fait à quelques exceptions près. De plus il y avait eu des tourbillons avant et vers dix-neuf heures un ciel d’une beauté rarement vue, lourd de nuages oranges sur un arrière plan rose et rouge! J’ai moi-même joué, dansé, et chanté une chanson, que j’ai demandé à Nassoun de ne pas traduire, attendu qu’il s’agissait de « Quatre-vingt-quinze fois sur cent » de Brassens. Veng était sur son nuage, chantant et dansant aussi, et tous les élèves dévoilaient un ou plusieurs aspects de leur caractère ; timide, volubile, excentrique, curieux, attentif, en retrait, comique, sérieux, joueur, bref, une heure très instructive, durant laquelle j’ai aussi pris des notes en prévision de la piécette de « théâtre » que je veux écrire pour la leur faire jouer durant la fête de fin d’année, devant parents, autorités, amis et badauds. Le ridicule ne tuant pas je me suis aussi décidé à chanter une chanson en khmer, le tube de l’année, « Toy, Toy, Toy! » ! Me reste à l’apprendre… En parlant d’apprendre, je prends mon premier cours sérieux aujourd’hui, c'est-à-dire l’alphabet khmer, parlé et écrit! Au moins trois mois de boulot car ce bougre d’alphabet est bien plus complexe que le nôtre : trente-trois consonnes plus douze consonnes dites complètes, avec des « pieds » à rajouter, et vingt-huit voyelles, le tout ressemblant plus à du dessin qu’à de l’écriture, l’écriture cambodgienne étant un dérivé (une évolution ?) du sanscrit! Les journées deviennent de plus en plus chargées! Ecriture de ce journal le matin, puis cours de dix à onze, Internet de onze à treize, déjeuner, écriture et/ou sieste, cours de français à Veng et maintenant cours de cambodgien de Veng à moi et Sarah, puis cours de dix-sept heures trente à dix-neuf heures trente, dîner, et en général discussion dans la soirée quand il n’y a pas de clients. Je décide de consacrer les week-end au repos du guerrier et à l’écriture de La Plante, à la lecture et au farniente, il ne s’agirait pas non plus de prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages et d’oublier que je me suis aussi installé ici pour la vie tranquille. Nonobstant cette suractivité, ça reste la dolce vita!   

 

                                                                                                 ***

 

   « L’incontinence est une maladie plus répandue qu’on ne le croit, surtout s’agissant de pensées et de paroles… » 

 

   Hier une journée fraîche, et pluvieuse, avec comme à chaque grosse averse le branle-bas de combat au Caméléon. Vite enlever le matelas de la chambre de Nassoun / Sok, fermer les rabats d’osiers qui font office de volets, enlever les vêtements mis à sécher, et compter les fuites. En même temps la pluie nous fait à tous un bien fou à chaque fois. Ici parler de météo ne revient pas à combler un vide, un manque d’inspiration, mais à surligner notre dépendance aux aléas du temps. Evidemment, le soir même avant les cours nous avions passé une demi-heure à arroser les fleurs, plantes et arbustes que nous avons planté dans le champ qui entoure l’école. Un grand classique, comme allumer une cigarette en attendant le bus pour le voir arriver.

 

                                                                                                      ***

 

   J’adore regarder Veng laver le linge dans la salle de bain, assis nu sur son petit tabouret en plastique, mouillé d’eau et de sueur, il est là terriblement sexy, comme sur ces toiles où l’on voit de jeunes filles de la campagne travailler ou batifoler autour du lavoir du village.    

   Maintenant qu’il donne des cours d’anglais au personnel du « Bout du Monde » le matin, je le trouve bien plus épanoui. A la fois valorisé, occupé à autre chose que servir des assiettes et débarrasser des tables sept jours sur sept de neuf heures à vingt-deux heures pour cinquante dollars par mois, ce qu’il faisait à Phnom Penh. Là il se fait trente juste pour une heure de cours par jour, avec tous ses week-end et les « vacances » cambodgiennes. De plus Madame Sambath, qui a « remercié » son ancien professeur d’anglais, en est très contente. Il se fait là-bas des amis et rentre toujours une heure après la fin des cours. Ma peur qu’il s’ennuie ici s’estompe et nous nous soudons de plus en plus l’un à l’autre. Nous avons remisé la capote au placard et trouvons le temps de baiser presque chaque jour sans lassitude, malgré la proximité ambiante qu’impose la colocation à quatre au Caméléon, et la sempiternelle présence de Kontia, notre adorable cuisinière / femme de ménage, mais nous « Biaisons »!   

 

                                                                                                   ***

 

   C’est le week-end, et dans une semaine les vacances! Quinze jours dont je ne sais pas encore ce que je vais en faire. Mais ce soir rien à dire à part le ciel et les étoiles comme un festival, la panoplie totale, un ciel en tenue de soirée, sur son trente et un ; cravate à mille petits pois sur le costard noir de minuit.

 

P.S. Photo Perso prise à Ser Soo!

Mais que regardent-ils?...

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01 avril 2009

Troisième semaine. (2)

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   Les étagères sont enfin posées et mon univers recréé, me voilà avec un vrai bureau! Murs peints en blanc, touche de vert pour les volets, deux grands rectangles de soie, rouge/bordeaux et noire, poteau et dessus du « mur de césure » noir. Mes livres, mes masques, mes petits objets importants : toujours de moins en moins nombreux mais fidèles depuis tant et tant d’années! Un bureau en bois qui fait l’angle avec une étagère à niveau, quelques cartes et photos. Le bonheur! J’ai réussi à préserver cet espace des velléités décoratives de Veng, expatriant entre autre les photos kitch de soi-disant beaux mecs asiatiques de l’autre côté du « mur de séparation ». L’imprimante, la musique, et bientôt Internet, un bel espace de travail, serein, propice à l’écriture, un monde dans un monde dans un monde : Dehors le village et la campagne, puis le Caméléon, espace déjà irréel en soi dans ce coin là de Kep, puis la chambre pour Veng et moi, et « Chez Moi », dernier retranchement où évoluer en paix, en écoutant Monk ou Billie, en lisant Nicolas Bouvier ou Murakami, une cachette en quelque sorte où préparer mes cours, faire mes corrigés, tenir ce journal, travailler mes photos, écrire les textes pour l’Echo, ne rien faire, reprendre La Plante, le plus vite possible j’espère. Quelques mètres carrés qui me rappellent étrangement mon premier studio parisien, lorsque nous vivions avec mon frère et mon chat dans un dix-sept mètres carrés rue de Meaux… Que de chemin parcouru depuis cet « exil » salvateur à Paris! Sept ans de réflexions, passé à traverser des miroirs, à regarder mon reflet déformé dans la galerie des glaces intimes de mon Versailles versatile, à prendre des chemins de traverse, à me perdre dans les déviations, mes choix incongrus, comme celui de m’enfermer presque six ans dans mon refuge à la bibliothèque de la Sorbonne, entrecoupé heureusement de tous ces voyages dans ce Cambodge où je vis maintenant. J’expliquais ou tentais d’expliquer dernièrement à une amie en quoi la France me paraissait comme une terre étrangère, en quoi je ne me sentais plus concerné par ce qui s’y passait bien que je suive de temps à autres les informations, via Internet ou Le Canard Enchaîné. En quoi les manifestations, les rentrées littéraires, les déboires politiques, la « misère » artistique, philosophique, culturelle, me laissait de marbre. Je trouvais alors un exemple, un seul, à même d’éclairer ce sombre gouffre entre mon Moi actuel et ma patrie (pour l’instant reconnaissante…) : Noël! Oui, prenez Noël au Cambodge, plus précisément à Psar Kep (Psar : marché). Imaginez vivre au Cambodge depuis un certains temps, quelques mois… Imaginez ensuite que vous avez quitté Phnom Penh, l’Ogresse Capitale, ses bars à putes, ses clubs, sa circulation de dingue, son bruit et sa poussière, ses soi-disant Centre Cultureux, pour le coin le plus perdu d’une petite cité balnéaire où les principales activités observables alentours sont les concours de sieste, la sortie ou la rentrée des vaches, la baignade, la télévision (ou plutôt le karaoké et les films de castagne) les enfants qui jouent et les flics qui passent récupérer un peu partout leur dîme journalière. Rajoutez-y pour la touche d’exotisme deux blancs, à pied, à vélo ou en moto, qui tous les jours vont faire répéter ABCDEFGHIJKLMNOPQRSTUVWXYZ à environ soixante-dix / quatre-vingts gamins que les suscitées deux touches d’exotismes ramènent ensuite parfois chez eux, à pied, à vélo ou en moto, et ensuite dites-vous qu’il fait un temps magnifique, environ trente degrés, et que nous sommes le vingt-quatre décembre… Et bien je vous assure que lorsque vous vous réveillez ce vingt-quatre décembre, ce n’est pas à Noël que vous pensez, car vous avez complètement oublié que c’était Noël! Où le froid, la neige, les trois semaines de reportage à la télévision sur les derniers jouets à la mode, les guirlandes, les vitrines illuminées, les promotions dans les grands magasins, les sapins, toute cette « logorrhée » épuisante de symboles, cette clique de vendeurs, de commerciaux, de journaleux ne jurant plus qu’en barbes rouges et blanches et consoles de jeu dernier cri? Nulle part! Et bien voilà, il en est de même pour la France et son quotidien. La déconnexion est opérée, totale. De plus, un certain recul pousse à la caricature, aiguise une certaine forme d’observation. Ô sainte distance! Nous regardons la France s’effondrer, telle qu’elle s’effondrait, et le monde avec, avant qu’on la quitte. Ce n’est pas une prétention d’ascète, de sage, de pseudo Diogène en son tonneau, juste un éloignement physique qui fait qu’on ne ressent plus tous ces événements, qu’ils semblent participer à une grande farce universelle dont nous ne sommes plus les dindons. Pour ce qui est de l’image du dindon, je dis ça avec un certains cynisme évidemment puisque pour l’instant je me nourris sur le dos de la bête, mais ayant nourris la bête un certain temps, je prends ça comme un juste retour des choses, d’autant que je me sens bien mieux utile ici qu’inutile là-bas. Bref, la France ici c’est un peu Noël et Pâques, des souvenirs par habitude, des traditions obsolètes, un état d’esprit duquel on se détache pour se rattacher à autre chose, heureux de ne plus y être enfermé, de vivre une autre vie que celle à laquelle on serait resté voué si l’on avait jamais au grand jamais bougé notre charmant séant…

   De manière plus concrète les bonnes nouvelles affluent. Nous avons touché les mille trois cent dollars de l’association Enfants du Sourire Khmer qui vont nous permettre de faire les travaux d’étanchéisation de l’école et du Caméléon, en prévision de l’arrivée de la saison des pluies, et s’il reste de l’argent nous pourrons mettre en place la bibliothèque. Nous avons rencontré il y a quinze jours la fée de l’école, Mme Sambath, une Cambodgienne qui a vécu longtemps en France, parle couramment le français, et tiens d’une main verte et artistique la guest-house « Le bout du Monde » ou moi et Veng donnons des cours, d’anglais et de français. Grâce à sa gentillesse, à la confiance qu’elle nous porte, et à ses réseaux, nous avons pu obtenir l’aval de la Vice-gouverneur et du gouverneur pour créer l’association Cheul Rean Taing Os Knea qui officialise l’existence de l’Ecole de Français à Kep, et nous offre par la même une protection contre les « petits cochons » qui pullulent à Kep. Bref, du pain bénit! Nassoun, une Cambodgienne de Belgique nous a rejoint pour trois semaines, adorable, déjantée ce qu’il faut, rastas et trente-quatre ans. Elle donne quelques cours de danse, nous assiste moi et Sarah, et apporte une touche de gaîté et de folie toujours bienvenue.

   J’ai préparé ma première évaluation pour la tranche d’âge 16-19 ans, et corrigé les copies ainsi qu’imprimé un corrigé! Un vrai boulot de prof’ : je n’y crois toujours pas! Mais il y a du travail. Je constate qu’avec Sok nous avons voulu aller trop vite! Et donc je reprends tout depuis le début. Il faut poser le socle avant de construire l’édifice complexe de la langue française, soit l’alphabet à l’endroit, à l’envers et dans tous les sens : le BaBA. A travers ce premier mois d’enseignement je me rends compte de la difficulté de la langue française, de toutes ses règles faites d’exceptions. D’autant que les différences entre le Cambodgien et le français ne se comptent pas sur les doigts d’une paire de main mutante. En Cambodgien pas de conjugaison, une grammaire limitée, des longues phrases pour ne pas dire grand-chose, une syntaxe « petit nègre », pas d’accords, un système différent pour compter, et d’une manière plus générale, un esprit très fermé sur lui-même. Hier par exemple nous avons ouvert une carte du monde avec Nassoun, et la plupart des élèves ne savaient même pas où se situait le Cambodge! Alors la France… Mais quelque part tout ça est d’autant plus motivant. Plus que leur apprendre le français, c’est « apprendre » qu’il faut leur apprendre. Non pas répéter, répéter, apprendre par cœur, répéter, copier, répéter, comme cela se passe dans le système éducatif cambodgien, mais réfléchir, arriver à développer une certaine logique, faire des liens, Comprendre. Et c’est là que va se situer toute la difficulté, là qu’est le défi.

 

   L’impression répétée d’être ici comme à la maison. Des habitudes mais pas de routine, l’imprévu qui guette à chaque coin de pistes, à chaque instant, alors que se confirme mon inaptitude à l’ennui. Ici encore, plus pour longtemps je l’espère, le manque de temps, et pourtant! Retrouver aussi l’art de la sieste, l’art d’écouter le silence, l’art de l’instant, l’art savoureux de l’art de vivre, loin des vaines agitations superfétatoires du mode de vie Occidental, loin des grandes capitales, loin de l’individualité comme un arbre cachant l’immense forêt des solitudes rassemblées dans les mégalopoles tarées. 

P.S. Photo d'un élève de Sarah!

Mon bureau, presque fini!

Temple, gamins école. Mars 2009 181.jpg

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