03 juin 2009
Prévisionnel à la Manouche.

Deux ans, et on verra…
Deux ans pour réfléchir, pour apprendre à une vingtaine, une cinquantaine d’élèves ou plus à avoir des bonnes bases de français, deux ans pour installer la complicité, pour faire comprendre le plaisir d’une autre langue et le plaisir de la pratiquer. Deux ans pour écrire, lire, vivre dans un endroit qui me laisse vivre. Deux ans avec Veng peut-être, et plus encore. Deux ans pour faire des projets, penser à la suite, tranquillement, pour devoir encore et encore réparer ma Daelim. Pour continuer ce qui commence à peine, vivre ailleurs, par choix, bien. Deux ans pour faire du théâtre, écrire des lettres d’informations, pour sortir l’école de son état embryonnaire, l’amener à maturité. Deux ans pour pouvoir discuter mieux, plus, en khmer, comprendre la langue et la parler, la parler mal mais assez pour la partager partout et avec tous, de la capitale aux villages. Deux années à construire comme jamais je n’ai construit. Deux ans pour maintenir cet équilibre subtil et complexe du rapport entre soi et ses choix, soi et les autres dans une culture et un mode de vie tout autre aussi. Pour réussir à jongler avec la réalité et le théâtre, l’écrit et la parole, l’enseignement et l’apprentissage, l’amour d’un garçon qui est un ange compliqué et la complexité de mon âme garçonne, deux ans pour désorganiser trente ans d’ordre Occidental et les réorganiser en désordre cambodgien : deux ans pour s’amuser à écrire. Deux ans sans le rond mais deux ans loin du cercle infernal de la vie à Paris. Deux ans pour faire des rencontres « butterfly », papillonner avec ces gens de passage qui ne laissent comme signature qu’un seul mot, parfois de trop, parfois insuffisant, parfois insignifiant. Deux ans, à boire trop de temps en temps et pas assez souvent, à jouer au magicien des rhétoriques de la survie et au rhétoricien des magies de la langue de vie ; en hommage au Père, en hommage au Verbe, aux noms des saints, des paires du fils et des mamelles de l’esprit, auxquels je lance une invitation à la tété générale. Deux ans pour faire les comptes et pour conter comment ici ça va et ça vient, tranquille, parfois comme-ci, parfois comme-ça, au fil des fous qui défilent, des intellos qui intellent et interpellent un tel ou tel autre, au fil des passants qui posent, des opposants qui pèsent et des anges qui filent, au fil et à l’aiguille des songeurs qui défilent ici au pas naïf des utopistes niais, cet ici et ce là où il y a de quoi conter et de quoi raconter tralala, mille portraits pour mille minutes et turlututu en tutu.
Deux ans pour aménager dans deux maisons des pièces qui ne soient pas décorées à l’emporte-pièce mais minutieusement pensées et bordéliquement concrétisées, faites de livres, d’objets, de lumières, l’une comme un refuge amoureux, sexuel et intime, l’autre comme une cabane pareille à celles qui pointent le bout de leur nez dans les branches d’un arbre en rêve. Mais bien sûr échanger leur rôle comme le reflet change face à deux miroirs, et rire des pierres figées qu’on se lance à la mémoire…
Deux ans pour un trois juin. Hier « tu » aurais eu soixante-quatre ans ou quelque chose comme ça. Cette note est la trois cent-unièmes et elle est pour toi, venue par hasard, sur un coup de vent, un premier jet qui ne bougera pas, un de ses textes sans pourquoi ni comment mais qui en disent long, ou pas assez.
P.S. Photo "khniom" (de moi) : une vue, mais qui n’est une vue de l’esprit.
21:34 Publié dans Journal d'un Kepois | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

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