31 mars 2009

Quelques couleurs...

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26 janvier 2008

Un couillon et deux bilboquets au Cambodge.

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   Je bilboque donc je sue, dans des paysages chauds qui m’interloquent, des transpirations nouvelles me rappellent que breloque je m’enfuis mais peu importe car ce n’est pas n’importe où... La silhouette d’un jeune paysan me fait monter des sueurs froides, le visage d’une demoiselle à chapeau conique trimant dans les champs me fait venir des chants étranges alors qu’un gamin comique me tire des larmes de rires malins. Je cherche une échappatoire aux lieux communs, un principe d’évasion aux descriptions objectives, un refuge subjectif où lover quelques instantanés.

   Des étendues de vide s’offrent à perte de vue mais je ne peux pas parler d’étendues de vide car elles sont pleines de Vie. Je me les approprie et d’émoi j’oublie qui je suis pour me retrouver autrement. Cultiver le mensonge à Soi pour trouver un Moi à peu prés vrai, une quête insensé parsemée des mille pièges de la sensibilité. Alors je lève les yeux au ciel, me passe les mains autour du cou, et tel un lapin de son chapeau apparaît un bilboquet, d’apparat collier, et je joue de la ficelle, de la sphère et du bit d’amarrage avant de rentrer en transe :

 

   Mes plantes de pieds se palment dans le Mékong et je me pâme dans mon autisme, défiant l’indéfini du Temps. Le soleil me brûle, des échos de rires me galvanisent, des regards aux perspectives de Joie me dessinent un autre art de vivre, un Rien est une Surprise.

   La rive au loin en face m’efface de tout principe Logique, elle ne se heurte à aucun réel dont on pourrait dire qu’il soit cohérent. Je barbotte dans un des plus fous fleuves de la terre comme on s’installe dans une baignoire chamanique et fantastique : Je couine des couins-couins comme un chat ronronne et magicien je fais fi des équilibre, bilboquant debout sur une bouée au nez des courants et à la barbe du Temps.

   « Sur Ko Dach nous bilboquâmes. » Des gamins forment une horde autour de l’objet. Ce simple stratagème de menuiserie ludique enchante les curiosités. Des pupilles se dilatent, des sourcils se froncent. L’agitation côtoie la distanciation concentrée des enfants qui se rejoignent. Les personnalités se précisent, les talents se démontrent.  Le plus en retrait à qui on donnerait volontiers le bonnet d’âne sans concession sera celui qui vous le posera peut-être sur la tête, sans confession. Le chef du « gang des gamins de la plage » se concentre mais c’est toujours à côté, alors qu’un timide à qui on donne sa chance réussira du troisième coup, et plusieurs fois. Et me viens que si nous en France comme à l’école, nous avons des cours de récréations, eux ont parfois des cours tout court, et récréent à longueur d’enfance, de jeunesse et d’adolescence, sans consoles de jeu ni enjeux de consolations, de quoi gagner au jour le jour ce qu’on passe notre vie à perdre.  

 

    Mon bilboquet au Cambodge est mon satellite essentiel. Il me tourne autour comme on rôde autour des espoirs. Il m’ouvre à l’échange, reste clef des serrures qui ouvrent au partage.  Il est le prolongement de mon bras à des heures diverses, à des heures d’ivresses ; aussi compagnon de mauvaise fortune les jours sobres quand je m’illumine en silence et en solitude, en bravades et en incertitudes !

 

***

 

   Le long des centaines de marches gravées dans une montagne qui mènent à un Temple, mon bilboquet, le rouge, reste dans mon sac et je l’oublie, je l’oublie comme il se rappelait à moi sur les quais Sisowat au coucher du soleil, quand personne ne savait que j’étais là, faisant de moi un clown inapproprié, un épiphénomène inhabituel, une étrangeté souriante et inhibée, s’amusant avec son bilboquet, mais le vert cette fois-ci.

***

 

Le Bilboquet caméléon.

 

Je bilboque en soliloque, « tchip sexy boy »

Devant l’incarnat flamboyant qui incendie

Le ciel de Sihanoukville, je joue mais « at mirn loy »,

Le coucher de soleil ici n’a pas de prix.

 

Je bilboque sans équivoque en ville

A la campagne, en mer et en montagne,

On the road, chez les gens et dans les familles

Mes sphères tournoient et tout le monde gagne.

 

Il entre et il sort au nez pointu des frontières

Petit Pinocchio, cheminant coléoptère,

Sphéerique et ludique il passe partout,

 

Qu’il soit rouge ou vert, grand ou petit, « peuchère ! »

Mon bilboquet se reflète dans les rizières,

Sur le sable, dans les rivières : Bouts de bois fous !

18 janvier 2008

Sur le parvis d'un come-back.

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Il pèle et je pèle. Dos en lambeaux, les morceaux de viandes qui désertent mon corps sont à l’image d’un sablier, qui coule alors que je m’effrite, sont l’image, du dernier souvenir que j’ai ramené et qui me reste, me décolle à la peau : Un magnifique coup de soleil attrapé, à la volée et debout en équilibre sur une bouée en jouant au bilboquet dans le Mékong, ou plutôt sur lui, de plus remportant un défi, de tant d’importance qu’il causa des sourires sans défiances.

Tout est passé si vite ! Ignoble lieu commun du temps ! Tout un mois insupportable de paix, s’est éteint quand l’avion atterrissait à Roissy dans la nuit, au milieu des mignons petits lumignons qui par millions scintillaient, comme à Hoi-An l’an dernier par dizaines ils illuminaient ruelles et impasses, les bedaines des vendeurs de rêves qui n’étaient pas des donneurs de leçons souriants à la voie lactée.

 

Et me voilà à courir dans les méandres sinueux et insinuants des sensations que je ne veux pas perdre, mais dont je sais que petit à petit, comme le bambou se remplit, se videront non de mon âme, mais de mon quotidien, d’abord grignotées et bientôt dévorées par un autre quotidien sur lequel j’écrirai un jour un pamphlet intitulé : Apologie cynique de l’Absurde.

 

Que ce voyage a été beau!

 

J’aide mes larmes à quitter mon corps car il faut pleurer comme on rit, car je viens, à cette seconde seulement, de me rendre compte que j’ai quitté le Royaume du sourire pour celui des pleurs !

 

Mais je rirai ! De vous et de Moi ! Je rirai de vous à moi et j’écrirai et graverai ces rires dans des sonnets sonnants et trébuchants !

 

Battambang :

 

 

Quand un train croise un autre train sur la voie

On descend pour démonter le train d’en face,

Le remonter comme on remonte le Temps, c’est Loi,

C’est comme ça qu’au cœur des rizières, ça se passe.

 

Pensez-vous, couillons métroïdes, qu’un métro

Se démonte ? Pourquoi pas ! Tout est possible !

Prenez cette rame et mettez là en haut,

Passez par le bas, Bouddha se fout de vos bibles !

 

Vaches bossues et chauves-souris géantes,

Singes gourmands des jungles touffues, béantes,

Mon alphabet est un bestiaire d’inclinaisons

 

Oranges ! Garlic ! Tchèk à droite et à gauche

Cocos ici poussent comme vous Ô cocus moches !

En une heure qu’ai-je pu moquer vos déclinaisons !

 

Et à Kratie j’aurai vu errer enfin et déambuler mes dauphins. Que j’ai faim de cette quiétude ! Que je suis affamé de quitter votre monde ! Je veux de ces synopsis qui font les films des destins sans fin ! Je ne veux plus lutter pour rien ! Je ne veux plus souffrir de vos a priori et me faire piéger par les miens ! Haro sur les justifications ! Sus aux explications : La plupart d'entre vous ne saurait comprendre, même si je me transformais en magicien de la rhétorique ! Vivre ici ne signifie rien d’autre que de supporter l’insupportable, et de perdre son énergie à s’en justifier.  Ce que vous appelez anarchie, c’est ce que j’épelle V.I.V.R.E.

A chacun sa démocratie, je ne peux ni ne veux faire semblant de croire que la vôtre vaut ce que vous nommez leur dictature. Vendez vos armes et faites la leçon, je ne braderai pas mes larmes aux Vanves de vos consciences, et encore moins mes rires aux puces de vos Saints Ouin Ouin !

 

Kratie.

 

 

Dans le silence des îles en eaux basses

Les basses de mon cœur en blues sont le sas

Qui me permet de respirer sans penser

Tout en pansant des plaies trop longtemps ignorées.

 

Des rêves d’une enfance qu’on ne saurait oublier

Se réalisent sans que je le sache vraiment.

Quinze ans j’ai dansé mais je n’ai pas plié

Et aujourd’hui je peux écrire que maintenant :

 

Je me fraye un chemin en échos de silences

Ecopant dans la barque mes trop-pleins de consciences.

Je regarde et j’écoute le swing des dauphins

 

Qui me sauvent de moi-même sans même le savoir :

Ondulants reptiles, agiles ils se font mon miroir

Et je m’y reflète en dansant la danse des malins.

 

J’ai vu et entendu aujourd’hui qu’ici on ne peut même plus faire une blague sans déclencher des vagues, alors que depuis vingt huit jours je ris et je ris de blagues en passant aux fossettes creusées dans les visages heureux, la bague des farces aux doigts des risettes. Mais les risettes ne sont pas les rizières, il faut s’y refaire... On ne peut donc plus fumer, ni rire, et il nous reste à ranger l’insolence dans l’anus horribilis de la bienséance, travailler comme un con pour misère et dans notre culotte insolvable nous caguer dessus d’un soupçon de doigt d’honneur. Ô quel rêve que cette société aseptisée, Ô Sublime de la prévoyance !

Mais je Partirai ou je Crèverai ! Il en est fini pour moi des lamentations comme il en sera bientôt fini pour vous de ce que vous croyez être la Liberté ! Acceptez et subissez en croyant que le bulletin dans l’urne que vous mettrez, sera la belle bandaison de vos vulves et de vos burnes : Nos érections ne sont pas vos élections ! Je banderai d’un sourire éphémère quand vous éjaculerez dans vos conversations d’époque, sans même comprendre que l’époque c’est la mode, et que la mode n’est que l’apparat ! La pensée, la poésie, la musique, l’art, qu’il soit de vivre ou de créer, est intemporel. La politique telle qu’est est devenue, telle qu’elle devient, ne vaut plus rien. Et même si vous désirez vous convaincre du contraire, tout est trop tard. Il y a vingt ans on pouvait fumer dans les avions, aujourd’hui on ne peut même plus fumer dans un bar-tabac, alors je vous souhaite une longue vie ennuyeuse, je vivrai, personnellement, ma mort à mon rythme, et quel swing se prépare t’elle à devenir ! 

 

Ivres moines sous les hévéas ! Bouts de choux au Volley qui m’avaient épuisé de joies et de souffles! Policiers endormis dans vos guérites Asahi ! Voleurs habiles de douze années agiles ! Nénuphars et crapauds ! Putains mortes et jolis catins ! Vos routes et vos ponts qui me défient et me défont,  mes yeux qui ne sont plus des yeux mais des regards, aux orbites hagardes parfois mais immenses si souvent ! Qui parle d’ouvrir les yeux sur le monde quand nous passons de l’enfermement du métro à celui du bureau, quand nous nous acharnons à garder nos clapiers contre vents et marées, quitte pour nos trente mètres carrés à vendre nos âmes et notre vie, nos humeurs et l’essentiel de nos âmes !

Ô magiciens de la démerde quand nous ne sommes plus que les clowns tristes d’un cirque qui n’ose dire son nom ! Notre civilisation et notre progrès seraient donc l’ultime panacée, la solution finale pour le bonheur universel ?! Non, tous nos Nobel de Paix, de Littérature et de Sciences, d’Economie et de Sociologie, contre vos remèdes de grands-mères et vos poèmes de quelques jets d’encres noires et anciennes : Les miens renifleront au long de vos pistes bravaches ! 

Île de la Soie ! Combien votre Bonheur est Immense, et combien vous en êtes inconscient !

Notre quête de la paix n’est qu’une vaste fumisterie car c’est avec nos guerres millénaires que nous la gagnons, l’avons gagné, la perdrons ! Combien de gens seraient capables de n’écrire qu’un seul mot juste, dans un petit poème sans importance ?

Nous vivons dans un monde de monstres naïfs et d’intellectuels malades ! Et le peuple suit en bêlant des amas d’inepties pour justifier leur égoïsme et se pardonner d’être d’égocentriques et prétentieux petits fornicateurs reproducteurs aux conforts primordiaux.

Bambins en lambeaux et guenilles, je ne peux vous offrir que des larmes qui valent mille fois la haine que je porte aux ordures qui vous y laissent, et je préfèrerais dorénavant vous rejoindre plutôt que d’assumer le poids d’être né en cette patrie qui ne me donne que nausée et mépris !

Galops des chevaux nains sur les pistes de poussières ! Buffles nonchalants aux heures de passations, des soleils assommants aux lunes discrètes ! Que me manque la poussière quand court à toute vitesse un instant de dernier moment, à la fin d’une journée de labeur à moitié, avant le bain dans les flots d’un Mékong rose comme un gâteau chinois ! 

 

Après neuf mois passés en ce Royaume, je sais maintenant que je peux accoucher de mon « enfant ». Je n’idéalise pas ce pays comme un Eden, je sais qu’il est de misère et de galère, mais je sais aussi que la corruption qui le mange et l’empêche d’éclore, est peut-être moins pire que notre corruption mondiale, cynique et moraliste. La fatigue me pousse à ne pas poursuivre sur des pages et des pages encore, mais merde aux cons, dont il y a peu de chance qu’on en détrône le Roi, alors que Brassens me chantonne qu’il n’y a pas d’amours heureux. Je donnerais mon amour à ce pays plutôt qu’à la France, à qui j’ai déjà donné, et dans quelles conditions, trente ans de ma trop courte vie. Peut-être viendra l’Afrique, peut-être d’autres contrées, mais je ne crèverai, Franco-français !

 

Ko-Dack

 

Vagabond des pistes aux arcs-en-ciel de rouges

Je viens et je vais sur l’île de la soie heureux

Comme enfant je rentrais chez moi silencieux

En cahots en en chaos comme on se bouge

 

Pour croire que l’Histoire et les histoires

Peuvent se marier aux ombres des poussières

Et d’un éternuement de lune et de soir

Faire se rejoindre les étoiles et l’Ether.

 

Vins ! Rires ! Bières ! Eaux ! Poulet et bilboquets !

Gamins ! Grands-mères ! Bouées ! Mékong bien Kaki

Et nous Kakou bienheureux les cœurs noués !

 

Jeux de mains et de pieds, agiles rêveurs en Vie !

Il est des coins de Paradis insoupçonnés

Qui résument l’idée de respirer d’Envie !

 

 

 

05 juin 2007

Rue 113

 

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 Le balcon de la rue cent-treize, son autel. Dans les feuilles du palétuvier, ses midis où manger le soleil à pleine dent, souris moquant Râ en le narguant loin du bout du tunnel. Vendeurs ambulants! Pain! Pain! Balais de pailles, fripes usées! Coiffeurs de rue, mélodie ut, barbiers en fleurs, voleurs des villes, canailles joyeuses qui nous mangez le sinciput! De mon balcon je vois tout, je sais tout, je lis tout, j'écris tout, de ce balcon sur la chaise d'où je suis à la trace le quotidien de mes voisins, gestes d'habitudes, rires irréels du Sud-est ! Balcons sans hamac, exception anthropologique! J'y laisse griller ma barbaque effrénée. Dans un soyeux sabbat, doux, bath et fantasmagorique des rires en offrandes m'offrent la folie pied-de-nez.

Le balcon de la rue cent-treize, mon « hôtel » fraternel, ma chambre d'étage, ce bureau, mon antre sous le ciel, mon boudoir d'en haut, observatoire où faire mon théâtre Nô, confessional païen, isoloir et sanctuaire. J'y ai ma chaise oblique en plastique blanc, ma petite table ronde de bois noir, mes livres et ma petite installation du soir : J'y ai mes mots dans le reflet gnomonique d'une aiguille qui aurait oublié le Temps, d'un soleil affolé qui tournerait en rond, d'une pierre sans géométrie, d'un parangon resté à l'état d'heure perdue, mâle instant de bon leurre je savoure le cul installé au tarmac du bonheur où je m'assaille et tressaille, où j'atterris et décolle sans bouger, où je frissonne et m'absous de tout pêché. Vaste étendue au-dessus de la rue basse, dans le no man's land sur le carrelage je construis mon imbécile roman crasse, mon magnifique roman classe, mon grand n'importe-quoi dingue et sans strass je le paillette de gouttes de sueur : Atterrissage mais jamais n'atterrir sage, je reste l'envoyé de l'en-l'air, le dévoyé Peter Pan les pieds jamais sur terre.

Sur mon balcon j'ai l'innocence futile, la peur aux tripes et la joie bleue au coeur chaud, j'ai l'angoisse reptile qui mue en chaos et le rire du solitaire pas très habile. Des oiseaux transportent d'augustes alliés, de bon augure ils sifflent des paroles, flots de musique qui affluent et rythment des verbes aliénés aux tonalités habiles et cycliques. Plus tard je lèche aux miroirs glacés des étoiles la futilité froide des plaintes, je vois dans l'écho des reflets nocturnes les toiles que tissèrent pour moi les araignées d'effrois. Mais nous ne sommes pas plus tard.

Balcon bariolé d'éclats d'ombres dés six heures, quand on voit l'aube se fendre de mille clartés, quand commence la criée, là où s'ouvrent les fleurs quand le jour se met à swinguer à toute vapeur. Des tisserands insomniaques rêvent encore tout haut, des clochards de véroles et de misères tiennent compagnie à des manchots à terre, aux moignons armillaires un peu cabots.

Là le bus s'appelle « La fée car à bosses » - Ici c'est un camion à toit ouvert, garçons et filles s'y entassent, vieillards et gosses y cuisent ensemble sous un soleil de plomb. Ici ils sont à six sur la mobylette, là il en est une autre qui croule sous des sacs, des packs, des cabines téléphoniques, sept caisses de bières Crown ou un catafalque sans marbre. Dans une charrette un iceberg passe. Dans une auto des japonais climatisés, un unijambiste – vendeur ambulancé – ou des gamins cocasses, loquaces, frais éclopés vous regardant d'un air de misère avant de craquer, de vous crucifier sur un sourire malin, sur un sourire taquin et de partir en riant, arlequins savants dans l'art d'amadouer le badaud lapin.

***

Balcon. Rue cent-treize. « Pourquoi n'es-tu pas là mon Leba, mon furet, ma cigogne agile, mon bel échalas, ma Tomate, mon Thomas, mon t'Homme à moi, pourquoi n'es-tu pas là mon suricate allumé? Il y a des terrasses qui donnent sur le Monde avec des tempêtes d'étoiles, de soleil, de lumières et de rires qui abondent, avec des hamacs pour bailler aux corneilles sur des toits ouverts qui offrent un peu d'éternel. Mon élancé Belette Funky Town Old School, pourquoi tu n'es pas là ma pomme, mon bel pommier, ici on boirait ensemble tout notre saoul en faisant l'amour mon amour, mon épervier, nous donnant des noms d'oiseaux avant de s'envoler. Nous partirions souvent au Bokor, à Kratié réveiller nos corps, danser dans les rivières, manger des amoks, balader dans les pierres, nous partirions par les routes de poussières rappeler à l'essentiel nos vies malmenées, nos destin mal menés. Nous soudoierons des policier alcooliques pour passer des barrages en bouts de ficelles! Et irons braver les moustiques dans les jardins interdits où le silence s'épelle avec des caresses sans appel...

Pourquoi n'es-tu pas là ma girafe zélée, mon calme et mon scalp aux cheveux affolés, ma Tomate, mon Thomas, mon T'homme à moi, pourquoi n'es-tu pas là mon petit infirmier? Je me moquerais des imbéciles d'ici et toi tu leur feras le portrait, des croquis au milieu de mes textes dans un petit journal, entre poèmes et dessins : Un sacré bal! Où Danser! Où patienter en attendant les Thébaïdes d'aussi loin, un premier pas vers ailleurs, loin de la France, laissant là-bas la vie absurde et rance des moutons enracinés dans leur quotidien. On vivra avec les lézards et les fourmis, dans un ballet de plantes folles et de fleurs, sans métros ni hiver, sans col-hauts ni zombis, on vivra avec les Tokés en apesanteur, toquets nous partirons d'ici de là en écumant les troquets, les bonnes gargotes de province, longeant le large Mékong où l'on barbote, partant à Kep jamais assez souvent manger les crabes jusqu'au bout des pinces.

On mettra Brigitte Fontaine et Billie à côté l'une de l'autre en terre d'Asie. Ça sera « comme à la radio » : Don't Explain baby on part en Swing car ici la coupe est pleine. On emmène l'île Saint-Louis se promener sur l'île de la soie – Ko Dack! - avant l'île de Gorée pour ne pas devenir les esclaves éteints d'un trente mètres carrés métro Laumière où les journées se ressemblent comme des prières. On vivra deux fois mieux en gagnant deux fois plus, deux fois moins, on vivra d'abord libéré, presque nu en Adam jaculés dans les jardins, aux petits matins nous irons souper d'un café vietnamien rue 68 avant de commencer une journée encore différente de celle passée hier. Là-bas les hier ne se ressemblent pas comme ici les hivers. »

***

Intermède anthropomorphique. Les cheveux ébouriffés de mon coiffeur s'agitent dans le miroir fêlé rue cent-deux, l'haut-dessus de mon crâne hirsute a peur d'y voir un reflet à ne plus croire en aucun dieu capillaire. Dieu?! J'oublie que je n'ai jamais cru en cet affreux, sachant que la coupe finale sera diabolique, que sous les ciseaux fous tous mes drôles de « poils » vont prendre cent formes et deux autres agnostiques. Alors j'approuve! Qu'il n'en fasse qu'à sa tête, et moi de la mienne acquiescerait en fête, qu'il fasse ce qu'il veut mon visage est bancal alors au final j'adhère et j'adore, cette gueule, mienne qui n'est de naguère mais d'ors, de flammèches folles qui dansent comme au bal!

 

Retour au balcon rue cent-treize. Je matte et relate. Rien d'autre, je suis au spectacle! Ils se grimpent dessus en tour-eiffel sur des chariots : ça s'entasse et ça s'accroche, ils se montent les uns sur les autres, têtes et sabots, sandales et godillots s'emmêlent sans anicroches. Je pense à là, où je ne suis pas allé encore, où tralala je vais aller : Je ferme les yeux pour ne plus être en ville. ( Le Ratanakiri s'en fout comme des derniers dingues, de voir passer la caravane. Il a vu les guerres et les bastringues, les ânes portant les paysans morts de la dengue. Mais les montagnes ont leurs fêtes, leurs drogues, leurs rituels et leurs danses, leurs chants de labeur et leurs points d'orgue. Elles se ravinent, s'érodent loin d'Hérode, elles accompagnent les jungles et les reliefs, se nourrissent et tuent que ça soit long que ça soit bref, ici comme ailleurs comme aux antipodes. )

***

Je lui manque je vais manger une mangue. Et lui? Même heure il va chercher des croissants, boire-café, place Laumière à la terrasse faire danser sa langue aux rebords d'une tasse chaude-sucrée bien écrémée. Et quand je me lève il se couche là-bas sous des draps où je ne suis pas car moi je suis ici c'est à dire ailleurs, cul en trépas et coeur à l'abandon : Pôvre petit Poui-poui. Un oiseau vert-pomme sur la branche épineuse-velue d'un arbre à mille branches vers l'Absolu, penchant sous le poids d'étranges fruits pas assez mûrs. Un Coui-coui plus si pâle, à l'occidental dans un chaud nid de jazz qui swingue radical avec Lady Day, où avec Elle et avec Eux j'évite tous les murs.

***

 

On s'envole sur l'écho d'un rire
On s'enfuit à tire d'ailes, zélé
A dos de rêves et de satyres
Vers le lac aux poissons envolés.

On décolle de terrasses paumées
Posées sur des pilotis fantômes
Vers des azurs rêvés-ensoleillés
Sur des motos délabrées sans chromes.

On dérive de soleil mal lunés
En étoiles déglinguées qui suivent
Tant bien que mal l'exil aliéné
D'un homme-singe sur l'autre rive.

On marche et on tangue en rythme
Sur un tangue' haut qui n'a rien d'espagnol
On fouille et on fouine en rime
Un Poème qui n'est pas de Pagnol.

FIN.

 

 

 

 

 

 

 

27 mai 2007

Impromptu Mythologique.

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Ganesha, âme emmenée se démène
Dans la vieille pierre de l'âme ancienne
Au-côté d'un Garuda aux ailes de bois
Prenant son envol dans des rêves d'au-delà.

Bouddha à dos de tortue s'en va sans efforts
Parés de sept gueules de Naga tout en Or
Rejoindre Vishnu se reposant allongé
Sur un lit de Linga fixant l'éternité.

Dans un festin de fleur, de lotus et de vin
La vieille dame lance les os du Destin :
On l'appelle la grand-mère des éléphants.

Les Divinités racontent leurs histoires,
Au flapi de sa beauté qui laisse croire
Qu'elle était l'Apsara qui dansait pour les vents.

26 mars 2007

Relent d'Heart, of Darkness.

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Au " Bains Douches " ... Horriblement Cambodge_-_Vietnam_1_254.jpg cher Cambodge_-_Vietnam_1_262.jpg beaucoup moins Cambodge_-_Vietnam_1_291.jpg mais quand même, j'étais presque, à Cambodge_-_Vietnam_1_293.jpg, au «  Cambodge_-_Vietnam_1_268.jpg » ce soir! Et Cambodge_-_Vietnam_1_674.jpg, ça fait du Cambodge_-_Vietnam_1_267.jpg! Clin d'oeil à ceux qui savent ;-) 

14 mars 2007

A la volée...

 

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 À la volée, comme au bon vieux temps...

( Comme un journal intime, cela faisait des années... On est un mois de janvier, au milieu de la nuit au Cambodge, dans une chambre où je me sens plus libre que jamais. )

La plus grande des liberté serait qu'aucun acte n'est aucune conséquence, l'abrogation pure et simple de la loi de causalité, n'en déplaise..

Je ne suis pas égoïste, j'ouvre, ou plutôt je désire ouvrir un chemin plein des déviations du hasard. Ce n'est pas de l'instinct animal, ce n'est pas non plus la réflexion à perpétuité de l'Homo Sapiens égocentrique, mais je refuse de répondre au Sphinx, je préfère me poser des questions et me tromper dans mes réponses, mille fois, pour pouvoir en poser tout autant, mais à qui? ...

Voué à l'imprévu ne pas tracer de lignes droites, segmenter chaque parcours, laisser place à des chemins de traverses, mettre à jour les murs de la nuit plutôt que de foncer dedans, ou alors y foncer joyeusement, pour y mettre fin, intensément.. C'est peut-être pour ça que certaines personnes m'apprécient ici – Je parle d'un pays improbable - , et parfois ailleurs, sans vraiment me connaître. L'indifférence aux rumeurs, être en porte à faux avec les soi-disantes vérités de tout à chacun, une distance qui est l'inverse du mépris, une attention qui paraît feinte en apparence mais en fait je ne fais qu'ausculter, sur la table de dissection des coeurs qui battent, les âmes qui voudraient se cacher derrière les discours et les paroles. Seulement il faut être à la hauteur de sa prétention, et je n'y suis pas encore, comme beaucoup...

Cette nuit chez Snow, la clarinette-basse d'Eric Dolphy face aux quais, saveur d'une jouissance inaliénable, grand instant de solitude intime « au milieu » de quelques ami(e)s ; vouloir tout partager est une quête voué à l'échec, même, et surtout la littérature, et encore moins la poésie ne peuvent y parvenir. La solitude et l'écriture qui en découlent ne sont pas une philosophie, c'est un état de Soi, c'est l'intimité de l'âme, c'est le Miel suprême du Rêve.

Arriver à être seul au milieu des autres, multiple au coeur du Moi.

J'avais oublié la saveur saline et délicieuse de la tristesse qui serait un gouffre, un abysse au même titre que le fou rire incontrôlé de l'enfant qui sommeille, perpétuel, au plus profond de chacune de nos failles.

J'ai ouï dire que je serais alcoolique, mais ni la lune ni le soleil, ni l'eau ni la terre, ni les arbres ni les oiseaux, ni les jungles ni les sources, ni la musique ni les volcans, ni ceci ni cela qui appartiennent à la suprématie de la vie ne me l'ont confirmé, alors je laisserais parler, attendant le chant funèbre ou la prose joyeuse des éléments me confirmer que c'est l'homme, d'apparence toujours lui, si fragile et inconséquent sans en être conscient, qui à raison. Chacun ses juges, les miens quant à eux ne les regardent pas.

Je pense appartenir, ou le vouloir, ou le rêver, ce qui revient au même, ce qui est la même chose, j'insiste, à une espèce en voie de disparition, les Nomades. Je fais parti de ceux qui veulent partir mais qui ne le peuvent pas, ou qui le peuvent mais pas assez quant ceux qui le pourraient ne rêvent que de s'engoncer dans leur matérielle quiétude, attendant la vie suivante qui ne viendra pas.

 

 

J'ai écris mon texte sur Bangkok, en parti recopié d'un petit tas de feuilles froissées, d'un petit carnet de toute misère, digne du papier cul du Marquis. J'ai repris mon théâtre, impérial exercice de mortification joyeuse empreint d'un surréalisme qui ne me lâche pas la grappe. Il me faut finir les proses et les poèmes sur les photos de Noé par Amour et Admiration de son travail, et plaisir d'un Monde qu'il transgresse avec finesse et « sauvagerie pensée » , sans que rien jamais ne soit « gratuit ». Il n'y a pas encore ni enfer ni paradis sur terre... Je suis pour Lui empreint d'un désir de perfection, dont il me reste si peu de temps pour l'atteindre, ou me leurrer de l'avoir atteind...

Mon récit me semble être le vampire qui inconsciemment me suce tout mon sang littéraire, pour peu qu'il en reste dans mes veines alcoolisées il me semble pomper toute mon énergie. Tant d'années pour quelques chapitres! L'absurdité de l'éreintement solitaire poussé jusqu'à la démence. Vouloir chaque phrase, chaque ligne parfaite. Repousser de quelques mois la finalité d'un chapitre pour des histoires de virgules, des flageolants problèmes de rythmique ou de tonalité, pour des flagellant coups de fouets sur le dos du manque de confiance. Vouloir que ce texte soit celui qui resterait, qui écraserait tous les autres – je parle évidemment des miens – une poésie en prose à l'état de grâce. Être persuadé en parallèles qu'il ne sera jamais fini, que je n'y arriverai pas, qu'il sera perpétuellement en instance.

Vouloir aussi un « Carnet de Voyage » ; humble hommage au Royaume du Sourire dont Isa serait une muse et un autre, récit encore, si noir que la mort elle-même n'en voudrait pas, que je laisserais pourrir dans ses entrailles, les miennes par peur de Soi et de la réaction des Autres, affolées fanfreluches me voyant déjà en train de graver mon épitaphe. Se savoir brouillon, désorganisé me savoir sans le courage de travailler vraiment, d'ordonner des centaines, peut-être des milliers de pages impossibles à coaguler dans les veines de quelques recueils, quand la matière est là. Mais persévérer, Sysiphe de pacotille de haut en bas via le Golgotha et le chemin de ce qui « Peut être! » jamais n'aboutira. Ou combien de temps, et qui me le laissera? En cette époque, plus qu'en toute autre, tout doit être « maintenant ou jamais », et « la patience a ses limites » : Je me réfugie derrière le rire tonitruant de Léon Bloy : Que n'étudions pas aux chers bambins de la liberté et sous d'autres dictatures « l'exégèse des Lieux Communs » ?!

Des chiens hurlent, en écho des chats geignent, la rue commence à s'animer, une lumière aveuglante me brûle les cheveux : Le petit matin annonce toute sa splendeur.

Ici, l'alphabet des sentiments c'est des rires déclinés à l'infini, qui explosent ou s'explosent, se cachent ou cachent, qui montre ou qui subtilisent à la Vue, qui mentent ou donnent sens à certaines vérités, qui nous éblouissent ou nous échappent complètement :

A comme Amphigouri
B comme Béatitude
C comme « c'est comme ça »
D comme système D
E comme Ennui
F comme Folie
G comme Génocide
H comme « Hello! »
I comme Infantile
J comme « Jouir »
K comme Karaoké
L comme se Languir
M comme Moto-Bike
N comme see you Never
O comme Odyssée
P comme Parlementer
Q comme les Quêtes
R comme Rire
S comme Survivre
T comme « Toquet! »
S comme Sok sabaï?
U comme Unicef and co.
V comme Visa
W comme Winap
X comme leXus
Y comme Hyène coréenne et
Z comme Zen, Zou, Zazou, Zoup, Zut, etc. ...

Un alphabet non-représentatif, 26 autres à minima sont possibles encore, soit 676, et ce ne serait qu'une parcelle Dada d'un fada dans un pays de fous...

***

Voilà le début, post Alban, d'une chanson à continuer :

J'ai rencontré un drôle de garçon.
Il avait le visage d'un Masque
Le corps d'une poupée, Ô con!
Me suis damné et j' ai viré casaque.

J'ai monté mes grands chevaux
Franchi les steppes et les rizières,
Puis les fleuves, des torrents d'alcools
Des affluents pas très clairs.

Je voyais double, une terre et trois lunes
Je voyais triple, implorait Jupiter,
Je buvais la coulpe, je n'étais qu'écume
Ô mazette non, j'étais pas pépère...

( ... )

Fin...

13 mars 2007

La cours aux miracles...

 
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J’arrive dans Silom, quartier gay de Bangkok, trop tôt mais exprès, pour voir monter la mayonnaise mythique dont on m’a tant parlé. Une terrasse au hasard, sans aucun hasard une vodka red-bull. Feuilletant les gratuits du quartier je tombe sur des cours de sexual kung-fu, des agences de mecs à domicile, toutes sortes d’annonces délirantes. Mais surtout, commençant volontairement avant l’heure, j’engloutis les verres à la chaîne en regardant passer les chiennes comme une vache à lait les trains : Chouchous! Tchou ! Tchou !

Deux heures plus tard, dans l’état enfin tant attendu, mi illuminé, mi sur-conscient, je change de terrasse. Le Dick’s. Un trans' superbe attablé avec un Viennois de la soixantaine m’intriguent. Ils parlent allemand puis « en français dans le texte » nous échangeons quelques mots. J’apprends qu’il/elle a la double nationalité ( assez logique pour une double personnalité ! ) qu’un ami à elle/lui a une maison au Tholonet ( Un quartier d’Aix-en-Provence, ma ville natale ! ) et d’autres détails, comme celui, assez croustillant, de son travail : Au Moulin Rouge ! Puis chacun retourne à ses affaires, dans un anglais parfait il/elle commande une soupe, j’en perds mon latin et me remets à écrire dans la langue de Molière, ou presque…

En face à gauche, « The New’s Boys of BKK » et à droite « The Fresh Boy » ; sur mon trottoir « The Bunny’s Massage » at the left and “ The Future Boy” at the right. Partout alentour des échoppes aux noms évocateurs ne donnent pas envies de s’échapper. Je pense au Marais à Paris et Tarlouzland me semble de plus en plus n’être qu’une succursale des instances les plus bigotes du Vatican, avec la Boutin en Matrone et la Marine en papesse : Je serre les fesses ! Pour peu d’être sensible aux charmes – multiples ! – de la Beauté des bad boys asiatiques, gare à la trique l’air devient électrique : Danger, vous êtes ici dans un quartier à haute tension, ne rentrer qu’équipé du matériel adéquat : Conscience ignifugée, gel coupe-circuit et capotes en caoutchouc du Bengale pour ne pas prendre feu…

La nuit avance et la folie s’immisce sournoisement. La camisole est en guet-apens. Le S.C.D. ( Sexuel Delirium Tremens ) est à deux doigts – je ne dirais pas où – de m’envahir par tous les pores. La libido va crescendo. Les fantasmes semblent tous pouvoir se concrétiser. Je pense à Thomas et à son ¼ vietnamien pour éviter de péter les plombs mais honnête avec moi-même je sais qu’il ne sera pas un fusible suffisant, ne suis-je pas « au bout du monde » ? Mon trans’ et l’autrichien, intrigués par ce que je griffonne sur des bouts de papiers chiffonnés reviennent à l’attaque et m’invitent à leur table. Nous rediscutons une petite heure en sifflant quelques godets qu’ils m’offrent très gentiment, ce qui à l’avantage de me détourner provisoirement du cirque de Silom, de la piste de Sodome. Grandes embrassades et séparations ; à nouveau seul, j’ouvre grand les yeux et laisse mes pupilles se dilater…

L’incessant défilé des splendeurs est à en perdre la tête. C’est une cacophonie kaléidoscopique, un chaos plein d’ondes subliminales, plein d’ombres sublimissimes, une symphonie en rut mineur de coquins et de libertins dont on ne sait s’ils sont majeurs. Les garçons et leurs silhouettes sont nonchalants, efféminés, percés, donzelles et gazelles, tatoués, mâles ou fols, jeunes et fashions, délurés… Exquise esquisse d’une beauté androgyne sans pareille, comme un ange chassé du ciel, une chimère mi-femme mi-homme m’effleure d’une plume en rentrant dans le bar où mes neurones se barrent pour laisser la place à mes hormones… C’est incroyable comme ici certains trans’ ou travelos sont mille fois plus féminins que la plupart des femmes / filles d’occident…

Au Bunny’s un croisement de Leonardo Di Caprio (jeune..) et de Tony Leung – Bonjour le métissage ! – me harcèle de clins-d'oeil pour un « massage ». Je refuse avec un grand sourire, la mort dans l’âme, ou plutôt dans l’entrejambe, ce qui est souvent la même chose… Je dépose contre Dieu qui n’existe pas une plainte pour harcèlement et pour abus de pouvoir, n’a-t-on idée de créer pareilles créatures, pareilles tentations. Cet endroit est une pieuvre aux multiples tentacules effrayante d’attrait… Un vivier de sirènes enchanteresses et qui tente encule et je sens en moi monter le venin impérial du cul, l’élixir sorcier du Désir. Cupidon ressemble à Bélial et Vénus à un anus ouvert à la magie du monde. Je ne peux réfréner un fou rire tant mon état empire. Mon serpent entrejambe s’en mord les pommes d’Adam à pleines dents mais je suis fort, je suis plus fort qu’eux, je suis… faible. Le massage d’une heure vaut bien une petite trahison en loucedé, toute relative : Alors que le final doit être une Totale je le laisse juste me branler, m’achever à la main, je m’appelle Emmanuel, ça veut dire « la main de Dieu » mais une main vaut bien une autre main, et au Diable l’avarice, la douceur de ses paumes et de sa peau me glisse tout entier dans le satin du vice.

Dehors le manège a redoublé. Ça chante et ça hulule, des V.G.M. (Vieux Gros Moches) pullulent aux bras de catins aux regards éteints ou folasses jusqu’au bout des godasses. Des touristes arrivés là sans savoir ouvrent des yeux éberlués, s’en amusent ou prennent leurs jambes à leurs couilles. Les corps swinguent, à l’entrée des boites c’est la criée, gogo show et porno live s’arrachent les clients. Ça allume à tire-larigot, la concurrence fait rage, je tourbillonne en refus, rentre et ressors monté sur ressorts le bas-ventre prêt à exploser je me refuse à céder encore. La chaleur pèse sur les nerfs, sur les miens je suis au milieu de mes pairs, j’enfile les perles de beautés au fil barbelé de ma démence, la transe me gagne, dans un café plus calme m’assois et stagne.

J’y resterai jusqu’à la fermeture, me laissant entraîner ensuite dans des afters étranges car ici à deux heures du matin tout ce qui est officiel ferme pour laisser la place aux soirées officieuses. « Protégés » par des vieux de la vieille je ne m’en sors pas trop mal, me laissant traîner de caves en appartement qui sont des sortes de clubs privés, jusqu’au final : Le lever du soleil sur Bangkok, en mangeant une soupe et en buvant une bière avec une cinquantaine de lady boys, putes, masseurs, danseuses, etc. ! A travers le prisme de la fatigue et des décalages, c’est un de ces moments uniques, presque indescriptibles, que l’on vit en voyage…

Le lendemain midi, « petit-déjeuner » après avoir piqué une tête dans la piscine de mon hôtel, avec deux gigolos et trois vieux beaux. Etrangement aucun trou noir, la mémoire est intacte, les souvenirs précis, les sensations exactes, les impressions claires comme de l’eau de vie. Un calva et tout va, calme et images comme un précipité chimique…

Je repense à ce texte de Stig Dagerman : « Notre besoin de consolation est impossible à rassasier » … Je pense qu’il est temps de partir, que j’ai bien fait de ne rester que deux jours dans cette ville qui me paraît une Ogresse au ventre insatiable ; que tout y est trop facile, qu’y rester serait un suicide, que la lassitude arriverait à grand galop, que très vite viendrait à manquer la tendresse, le partage d’un langage, d’une langue qui m’est si chère, que très vite viendrait à manquer, avec un garçon aimé, la complicité, cette étoile du Nord des sentiments…

Demain départ pour le Cambodge en avion : Je rentre « à la maison ! »

Fin...

11 mars 2007

Pour Adrien, en retard...

 

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De la lumière plein les yeux, de la poussière plein les dents. La nuit qui grignote, le petit matin qui lève le voile. On gueule, reviens! Mais personne ne repars, personne ne se ramène, l'aéroport à refermé ses portes, il n'y a plus que le Tonle Sap - qui a changé de sens - alors on bouffe sa solitude retrouvée à la petite cuillère, on crache les os, on les donne aux chiens. Tu me manques, trop, souvent, et après, maintenant, Elise aussi, tu, elle, il va falloir faire semblant de croire que vous êtes encore là. Je n'écris même plus, ou si peu, pas assez, quelques hommages, aux Morts, aux Absents et aux Vivants, avec des majuscules jetées sans hasard, en sachant que ça reviendra, qu'il faudra bien que... Ivre je fais n'importe quoi, sobre c'est pire. Tout le temps ailleurs, j'appelle au secours à pas d'heure et on me répond, parfois. On me répond d'accord, et si j'appelle à la fête on me répond pareil. Fi des bonnes résolutions, mais tenir celles qu'on a pas prises! Équilibre de funambule, saut à l'élastique d'un pont sans réalité, on retombe, horreur finalement sur ses pieds. Tout est trop intense, maintenant revenir manger du métro et du sous-sol, vivre double ou triple-vie après en avoir vécu cinquante ici. J'ai des fantômes plein la tête, du rire en réserve, des larmes en latence, je n'oublie jamais rien qui soit Important, j'ai un Amour et des ami(e)s en attente, ce qui veut dire que peut-être je suis vivant... Peut-être mais alors les autres, que vivent-ils dans leurs carcans? Merde! Plus qu'un mois à bouffer des étoiles et à boire jusqu'à la lie une liberté pour la plupart inconcevable, un impossible Impulse. Je suis venu, j'ai vu et je suis vaincu, à terre. Ce qu'on appelle l'âme – en fait tragédie – est Foutue! Plus de possible retour en arrière, à moins de redevenir poussière, d'or, et d'hors et déjà je feuillette les feuilles de tombes d'un cimetière où les vivants seront une hécatombe. Comment faire semblant après tout ça? Comment vouloir y croire? Crever les nuages, jouer-sorcier? Pisser dans le vent Ô Petit Peter Pan, Ô Baudruches et Moutons de Panurges? On a les solitudes qu'on peut, on les partages avec quelques semblables, en cherchant à éviter le plus souvent les faux-semblants, mais... « Notre besoin de consolation est impossible à rassasier... » Je me languis Mars, on boira une dernière fois, dira t'on, avant demain peut-être, recommencer... Parfois je me languis de tout foutre en l'air, histoire de tout rattraper de justesse, de ne jamais perdre l'idée d'intensité. Après Inch' tra la la, j'irai croire que je peux vivre seul, triste et heureux à en crever sur l'île de la Soie, durant que s'acharnent ici les peureux à vivre une vie ridicule. Je laverais les chevaux et les vaches au coucher du soleil dans un Mékong rose comme une crevette de Kep! Je suis trop joyeux mais ça ne se voit pas, je suis trop joyeux mais on ne voit trop souvent que le laisser-couler de mes mots-refuges... Mais... Mais merci, il fallait le dire, d'avoir croisé mon chemin, street 278, puis au fil des routes, des rues, des îles, des troquets, dans ce pays-paradis, dans ce pays de perditions et de retrouvailles avec Soi, les Autres, frères, soeurs, amants, putes, maîtresses, apprentis joueurs de bilboquet ou quant l'élève dépasse la maître ;-) Demain départ pour le Vietnam avec un cher ami, un ami très cher, un peu de calme entre les tempêtes, dont tu parles... À force de partir et de revenir, on fini par rêver à ce que jamais ça ne s'arrête, qu'à jamais on stagne, piégé, mordu par le serpent de la facilité, vouloir croire que non, non jamais on ne se fera piégé... Je t'embrasse sans sentences, après en avoir trop dit diront certains, peu importe. Et bises à Elise! ( On dirait de l'Aragon, ce final ;-)

( Cette réponse je l'ai écrite une semaine après ton « commentaire » mais j'avais peur, peur de toi et de ma réaction. Il fallait du recul. Je me rends compte aujourd'hui que ce recul est ridicule, je suis toujours en plein dedans... Swing! La semaine prochaine... ;-)

Du bohneur d'avoir été piqué...

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    D :

   L'encolure des vagues, l'écho des écumes, la répercution des embruns, les pieds dans la mer de Chine, une façon comme une autre de commencer, de souhaiter une nouvelle année. Mais j'ai envie aussi de jouer au coquillage, que tu penches l'oreille pour écouter le son de la mer, la leçon libertine du délire en mouvement de cette nuit qui ne ressemble à aucune autre, de l'écouter, ainsi qu'en loucedé celui d'une bouteille qui vogue et dans laquelle repose une petite lettre...

   Parce qu'une nouvelle année ne veut rien dire, on s'amuse à y trouver un sens. On se souhaite, telle Isa ivre chez Snow, « tout le bonheur du monde » et on siffle dans des sifflets, on fait sonner des cloches, on est des langues-de-caméléons et des lézards amusés, des tristes « tokeï »...

   Caméléons! D'ailleurs à la même heure un camé Léon prostitue Bobonne et siffle ses bombonnes, à la même seconde c'est Happy New Years dans le monde. Etrangement me sens b'ien couillon ( J'ai discuté avec des Québécois ) et j'ai bien envie d'y croire, à cette foutue nouvelle année. Et tout aussi peureux / craintif de mes faiblesses inaliénables, chercher un soupçon de force, même si je sais que ça sera dur,

   Car con je suis con je resterais à la barbe du temps qu'alors je serais vivant...

   Ici les maisons sont sur pilotis, nous dessous, entre ciel et terre dans des cocons de palmiers, entre le Mékong et le golfe de Siam -

   De la terrasse, à l'opposé de Bardamu qui débarquant à New-York, dit : « C'est une ville haute! » je pense, regarde les toits de Phnom Penh, et murmure : C'est une ville basse, à taille de guêpe, humaine, pleine du venin de la vie,

   Où du bonheur d'avoir été piqué...


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