03 juin 2009
300 "notes" aujourd'hui.

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21 mai 2009
Quatrième semaine. (2)

Le Caméléon à Psar Kep est un véritable OVNI. Pour le résumer on pourrait dire que c’est une maison traditionnelle cambodgienne moderne, en dehors du fait qu’elle ne soit pas sur pilotis, mais ça serait encore mal la résumer… Toute de bois et d’espaces, elle a un côté aérien. En bas à gauche lorsqu’on entre, un bar noir en demi cercle. A sa droite une télé dans un mur, une bibliothèque au-dessus, pour l’instant encore en bordel, et à droite de l’entrée, une table, des bancs, des tabourets qui sont en fait d’énormes pièces de bois d’un seul bloc, coupées, poncées, taillées, lissées. J’évalue la table basse à une « tranche » d’arbre de deux ou trois cent ans, ce qui peut donner une idée. Mais foin de la logique architecturale, de ce qui est à droite, à gauche, en face, en dessous ou au-dessus. Il y a une voûte de pierre, y évolue un perroquet. Il y a des murs et une charpente auxquels s’accrochent la douzaine de toiles que nous a laissée Sou Mey, qui a quitté Kep pour partir par monts et par vaux avant de retourner chez lui préparer sa nouvelle exposition pour le Centre Culturel Français.
Il y a des hamacs et des tables qui servent à tout. On y écrit, on y apprend, qui le français qui le cambodgien, on y « réunnione », on y palabre et on y joue au Poker, aux échecs et aux dames chinoises, bientôt. Il y a des plantes qui s’enroulent, un balcon si long qu’un long banc le longe, deux cocotiers d’une race particulière donnant de rares noix de cocos au goût délicieusement sucré. Il y a sur le bar la « tête » de Jayavarman 7 qui appartient à mon frère, qui était un cadeau de Brian, qui est encore un cadeau de Brian bien que Brian soit mort il y a deux mois. Il y a des photos, de Jean-François, d’Isa, d’un photographe dont le nom ce soir m’échappe. Il y a les chambres et les salles de bains, les couloirs secrets et les recoins, les portes qui coulissent et celles qui sont à l’envers, il y a le toit qui fuit par endroit et les tapis sur les planches qui sont le sol de l’étage, il y a des installations à la Sok et la terrasse. Il y a ce que chacun y apporte, ce qui reste et qui change de place, la « trace » de ceux qui passent et puis s’en vont.
Le Caméléon semble échapper aux définitions. C’est un théâtre qui évolue au fil des jours et des semaines. Un théâtre avec un chef décorateur, des acteurs principaux, des seconds rôles, des figurants, des animaux qui ont parfois apparences humaines, je parle bien sûr de certains clients… Un théâtre où se joue chaque jour et chaque soir une pièce différente dans un décor en perpétuel évolution, un théâtre où les éléments, la terre, le bois, la pierre, l’eau, le soleil, la poussière, le vent, interviennent quand bon leur semble, influent sur la Vie qui y coule et qui n’y est pas une fiction.
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On dirait bien que la mousson prend ses aises en avance. Mais cette nuit alors que je dormais, il n’était pas question de Kep, de pluie, de mon bonheur ou de mes rêves. Il était question de Ron Carter, de Joe Lovano, de Steffano Di Batista, de Blue Note et du Théâtre du Châtelet, de Danielle qui était à ce qui a dû être un magnifique concert. Concernant Ron Carter je peux dire que je le lui ai fait découvrir, mais Joe Lovano, que je connaissais sur les albums de Miles, je l’ai découvert en live avec elle à New York, au Birdland, avec Ravi Coltrane et Steve Lacy, entre autre. Parfois je ne réalise pas que j’ai été à New York, que je vis à Kep, qu’à vingt ans j’emmenais Harry en Martinique, et je souris d’une joie ineffable de ce constat d’innocence et de chance, d’avoir pu trimballer ma carcasse déjà usée de ci et de là, d’avoir pu rencontrer certaines personnes, d’avoir pu voyager ne serait-ce qu’un peu, au Sénégal ou à Florence, au Vietnam et en Hollande, en Allemagne comme en Thaïlande, d’être allé en Suisse chez Claude Nobs, d’avoir l’envie de voyager encore et de savoir qu’un jour peut-être pas si lointain ça sera le Japon ou l’Afrique du Sud, le Burkina Faso ou Rome, qu’en moi je me sais à présent voué à ne jamais stagner, profitant des « pauses » en certains coins du monde pour avancer dans mon passé, construire mon présent en fonction d’un futur dont je ne peux qu’esquisser les désirs, dont je ne connais que les grandes lignes, que je m’efforce d’écrire. Mais aujourd’hui, ce matin, cette nuit, c’était un retour au Birdland et au Gillespie Club à New York, un retour aux club de jazz de Paris, à ses salles de concert, à Saint-Louis aussi, et ça glissait de plus en plus loin, je me retrouvais derrière ma batterie, mon père derrière son piano, ça glissait jusqu’au berceau, pour un hommage au Swing sur lequel, comme dirait Nabe, je dansais déjà « dans les bulles séminales du ventre de ma mère » qui devait elle-même taper du pied lors d’un concert à Antibes, trente et un an et quelques mois plus tôt, alors que jouaient Ron Carter et Joe Lovano, encore eux, avec Miles en prime, et tous les autres…
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L’idée impossible et impubliable de tout rassembler. Tout, absolument tout. L’idée qui germe de plus en plus de le tenter. Un suicide littéraire. Plutôt que de vouloir un roman, un récit, un journal, un recueil, tout inclure, laisser la musique rythmer l’œuvre, inventer le « free » littéraire : en préface de ce livre non publié, les plus belles lettres de refus de toutes les maisons d’éditions. Et en exergue : ce livre n’est pas un livre.
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Mais que regardent-elles?

08:58 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
