01 mai 2009

Petit "scène" quotidienne de la vie à Phsar Kep.

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30 avril 2009

Un petit pécheur de "Lotus" :-)

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28 avril 2009

Troisième semaine. (3)

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   Nous avons depuis ce week-end un nouveau compagnon au Caméléon, qui à ce rythme va se transformer en ménagerie. Se rajoute donc à Chatouille, aux coqs, poules et autres poussins squatteurs, aux rats surdimensionnés et aux chats des voisins qui veulent se taper La Bourgeoise de Kep, Say le Perroquet! Volatile racé autant que muet, aux plumes vertes et au bec orange, qui après plusieurs déménagement se retrouve perché au milieu de la maison, au-dessus de la « voûte », là où on l’espère protégé des tentatives diverses d’agressions, non de ces congénères, mais de ses colocataires, plus haut cités. Peu enclin aux bavardages, peureux comme tout, pas très sociable, nous mettons pour l’instant ses défauts sur son bas âge, environ trois mois. Sok, qui depuis quelques temps cumule les casquettes de chef décorateur, menuisier, jardinier, entrepreneur immobilier (sans grand succès de ce côté-là concernant cet aspect ci) lui a concocté un charmant espace avec baguettes de bois, plantes tortillantes et grimpantes, coin voltige. Un des avantages de cet emplacement étant aussi qu’il ne risque plus de chier sur la tête des clients, ce qui n’est pas du meilleur effet, d’autant que nous ne croulons pas sous ces derniers, pas un dollar de recette cette semaine! De fait, pour l’instant nous tapons sur le budget de l’école pour manger.

   Sinon hier soir la dernière heure de cours a comme qui dirait un tantinet dérapée. Les gamins sont de plus en plus difficiles à tenir à l’approche du nouvel an khmer qui est la plus grande fête de l’année avec la fête des eaux. Censée durer trois jours, les prémices se font sentir dix jours avant et le « n’importe quoi » perdure dix jours après. Hier nous avons donc joué une demi-heure à « on va chez la belle mère » (sic) ce qui m’a mis les genoux à terre pour la demi-heure de cours restante, que nous avons passé à chanter. Ceci à la condition qu’aujourd’hui ils soient plus attentifs qu’à l’habitude. En même temps quel plaisir! C’est dans ces instants là que je me sens au Cambodge! A des années lumières du Cambodge que traversent les touristes, comme moi-même l’ai fait à quelques exceptions près. De plus il y avait eu des tourbillons avant et vers dix-neuf heures un ciel d’une beauté rarement vue, lourd de nuages oranges sur un arrière plan rose et rouge! J’ai moi-même joué, dansé, et chanté une chanson, que j’ai demandé à Nassoun de ne pas traduire, attendu qu’il s’agissait de « Quatre-vingt-quinze fois sur cent » de Brassens. Veng était sur son nuage, chantant et dansant aussi, et tous les élèves dévoilaient un ou plusieurs aspects de leur caractère ; timide, volubile, excentrique, curieux, attentif, en retrait, comique, sérieux, joueur, bref, une heure très instructive, durant laquelle j’ai aussi pris des notes en prévision de la piécette de « théâtre » que je veux écrire pour la leur faire jouer durant la fête de fin d’année, devant parents, autorités, amis et badauds. Le ridicule ne tuant pas je me suis aussi décidé à chanter une chanson en khmer, le tube de l’année, « Toy, Toy, Toy! » ! Me reste à l’apprendre… En parlant d’apprendre, je prends mon premier cours sérieux aujourd’hui, c'est-à-dire l’alphabet khmer, parlé et écrit! Au moins trois mois de boulot car ce bougre d’alphabet est bien plus complexe que le nôtre : trente-trois consonnes plus douze consonnes dites complètes, avec des « pieds » à rajouter, et vingt-huit voyelles, le tout ressemblant plus à du dessin qu’à de l’écriture, l’écriture cambodgienne étant un dérivé (une évolution ?) du sanscrit! Les journées deviennent de plus en plus chargées! Ecriture de ce journal le matin, puis cours de dix à onze, Internet de onze à treize, déjeuner, écriture et/ou sieste, cours de français à Veng et maintenant cours de cambodgien de Veng à moi et Sarah, puis cours de dix-sept heures trente à dix-neuf heures trente, dîner, et en général discussion dans la soirée quand il n’y a pas de clients. Je décide de consacrer les week-end au repos du guerrier et à l’écriture de La Plante, à la lecture et au farniente, il ne s’agirait pas non plus de prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages et d’oublier que je me suis aussi installé ici pour la vie tranquille. Nonobstant cette suractivité, ça reste la dolce vita!   

 

                                                                                                 ***

 

   « L’incontinence est une maladie plus répandue qu’on ne le croit, surtout s’agissant de pensées et de paroles… » 

 

   Hier une journée fraîche, et pluvieuse, avec comme à chaque grosse averse le branle-bas de combat au Caméléon. Vite enlever le matelas de la chambre de Nassoun / Sok, fermer les rabats d’osiers qui font office de volets, enlever les vêtements mis à sécher, et compter les fuites. En même temps la pluie nous fait à tous un bien fou à chaque fois. Ici parler de météo ne revient pas à combler un vide, un manque d’inspiration, mais à surligner notre dépendance aux aléas du temps. Evidemment, le soir même avant les cours nous avions passé une demi-heure à arroser les fleurs, plantes et arbustes que nous avons planté dans le champ qui entoure l’école. Un grand classique, comme allumer une cigarette en attendant le bus pour le voir arriver.

 

                                                                                                      ***

 

   J’adore regarder Veng laver le linge dans la salle de bain, assis nu sur son petit tabouret en plastique, mouillé d’eau et de sueur, il est là terriblement sexy, comme sur ces toiles où l’on voit de jeunes filles de la campagne travailler ou batifoler autour du lavoir du village.    

   Maintenant qu’il donne des cours d’anglais au personnel du « Bout du Monde » le matin, je le trouve bien plus épanoui. A la fois valorisé, occupé à autre chose que servir des assiettes et débarrasser des tables sept jours sur sept de neuf heures à vingt-deux heures pour cinquante dollars par mois, ce qu’il faisait à Phnom Penh. Là il se fait trente juste pour une heure de cours par jour, avec tous ses week-end et les « vacances » cambodgiennes. De plus Madame Sambath, qui a « remercié » son ancien professeur d’anglais, en est très contente. Il se fait là-bas des amis et rentre toujours une heure après la fin des cours. Ma peur qu’il s’ennuie ici s’estompe et nous nous soudons de plus en plus l’un à l’autre. Nous avons remisé la capote au placard et trouvons le temps de baiser presque chaque jour sans lassitude, malgré la proximité ambiante qu’impose la colocation à quatre au Caméléon, et la sempiternelle présence de Kontia, notre adorable cuisinière / femme de ménage, mais nous « Biaisons »!   

 

                                                                                                   ***

 

   C’est le week-end, et dans une semaine les vacances! Quinze jours dont je ne sais pas encore ce que je vais en faire. Mais ce soir rien à dire à part le ciel et les étoiles comme un festival, la panoplie totale, un ciel en tenue de soirée, sur son trente et un ; cravate à mille petits pois sur le costard noir de minuit.

 

P.S. Photo Perso prise à Ser Soo!