24 juillet 2007
Bord de Seine. Allers-retours. (de 118 à 147 )

La voix brisée, la voix cassée, j’aime je crois les derniers relents de cette sorte de tristesse… Cette voix caverneuse qui fait semblant de chanter comme on chiale. Gale de l’âme qui gratte jusqu’aux os, suaire de chair de merde, comment faire pour pouvoir ne pas pleurer chaque nuit, et chaque autre nuit encore? Rossé d’idées noires par le petit matin, pourquoi se lever ? Chemins mesquins sans mescal, se laisser aller à errer en dessinant l’absurde arabesque d’une destinée sans queue ni tête, sans comment ni pourquoi, sans début et sans fin, toujours par monts et par vau loin des bêlements du vain troupeau qui s’agite.
Heureusement il y a cette
Foutue Seine qui reflète nos impatiences et nos infirmités, qui laisse danser les ombres de nos fêtes et de nos transes, qui se fait l’écho d’un crescendo de mots…
Heureusement des caresses restent en suspend sans que personne ne puisse savoir pourquoi.
La Seine comme un petit fleuve homicide, astéroïde plein de ponts au bord duquel on écrit nos partitions et notre suicide, dans le reflet duquel on voit flotter nos perditions...
Barboter dans la fontaine aux innocents en ne se sentant plus coupable de rien.
S’endormir dans les métros et les RER pour mieux laisser se reposer nos vieux démons attachants, nos vieilles peurs sans cesses répétées, l’angoisse indéfinie de devoir reprendre ce qu’ils appellent le cours naturel de la vie, en fait fleuve laborieux charriant des flots de concessions innommables, des étrons de politiquement correct, des faux-semblants au milieu des vagues violentes de la peur de Soi.
Se réveiller à l’heure où le soleil se couche et où les imbéciles enfilent leurs pyjamas.
La voix fêlée, la voix démise et les pensées qui font du pied et de l’entremise au pantin qui se reflète dans la Seine, soi-même et la langue qui claque pour tenter de donner du sens à tout ce qui n’en a aucun.
Il faut pleurer comme on crie.
Pleurer pour alimenter un peu plus encore le débit de l’orage dément du n’importe-quoi qui s’abat trop souvent sur nos gueules, sur nos os d’âme à ronger, sur notre vacuité à être.
Seine sublime où on met en scène la Cène sans apôtres de nos crucifixions. Treize convives partageant le pain du Rêve.
Il faut chaque fois pleurer comme si c’était la dernière fois qu’on avait cette chance.
Il faut que la foudre embrasse la lune trop pleine de nos ennuis, embrasse à pleine langue la musique de nos nuits.
Ecrire des mélodies de bord de Seine au rythme effréné du tango de nos fantômes, du blues de nos ancêtres, du swing de nos cadavres, de la java de nos amours à la valse de nos amis écrire des chansons pour que dansent les souvenirs sur la piste de la mémoire.
Je me souviens de l’ivresse de mes échecs.
Je me souviens que je n’ai plus de palais, que je n’ai plus de goût, que je ne suis plus fait que d’amour et de dégoût.
Je me souviens que je n’ai toujours fait que trop aimer et trop à la fois.
Je me souviens de Yesterdays par Billie Holliday le 20 avril 1939.
Je me souviens de l’écho d’une claque dans mon Ego.
Je me souviens d’avoir souvent été aimé par des gens que je ne pouvais pas aimer en retour autant qu’ils l’auraient désiré.
Je me souviens d’avoir pleurer hier devant quelqu’un, ce qui ne m’arrive presque jamais. Je dois vraiment être au bout.
Je me souviens de la saveur de cette bière au soleil d’un cimetière plein de vie.
Je me souviens d’avoir voulu abandonner mon chat, avant de me foutre en l’air.
La Seine nous dessine, modèles agités sirotant et fumant en bavardant de tout sauf du temps.
Qui passe en se caressant les minutes, en se pelotant les secondes, en se doigtant sans heurts, en se branlant les années et les siècles, qui indifféremment se succèdent les unes après les autres.
Les bouteilles qui se vident et les pétards qui se roulent, les fesses qui s’exhibent et les touristes Babar qui sans le vouloir les voient. Les mots qui se frôlent sans vouloir trop se brusquer, les verres qui se remplissent quand les cigarettes se consument, la surprise délicieuse d’un corps qui s’affale en tendresse sur vos genoux.
Je me souviens d’avoir souvent voulu ne plus me souvenir de rien.
Je me souvient d’avoir pleurer avec un Belge en écoutant Astor Piazzola, dans une chambrée dans une caserne à Saint-Raphaël, 21ème RIMA. Je m’ouvrais les veines peu après.
Je me souviens d’une lettre très courte qui en disait plus qu’un prix Goncourt trop long.
Je me souviens que mes disques prennent la poussière, que mes bijoux de swing ternissent au même rythme que moi.
Je me souviens que cette nuit j’ai fait des rêves si improbables que j’ai décidé au réveil de les laisser à leur bon-sens.
Je me souviens de cette bouche qui saigne à grand flot pour faire taire mes abus sans ministère, mes reflux d’excès routiniers, mes vains bavardages et mes postulats délétères.
Je me souviens de la moiteur de trop de saunas, de trop de mauvaises odeurs.
Je me souviens de mon pied qui bat la mesure sur Blues March dans un train qui file à toute berzingue vers le Sud, vers Aix-en-Provence, enfin !
La Seine. Bancs et pavés, escaliers sombrant vers les rives sur lesquelles assis et saouls nous partons à la dérive.
Les ventres avides nous ne nous laissons pas nous assoiffer et nous affaisser. Les verres se remplissent pour mieux être bus, l’herbe pousse dans les champs avides de nos cervelets en déambulations.
Je me souviens de chaque hurlement, chaque jour après avoir été mort un peu plus.
Je me souviens que dans la rue une dame à qui je le demandais par hasard m’a donné la définition du mot Céphalophorie. Et le soir, d’avoir mis le nez dans le dictionnaire sans le trouver, mais, par contre, d’être tombé sur la définition de Céphalique : « adj. De la tête ; relatif à la tête. » Pensant « c’est phallique » : un nombre incommensurable de questions me sont venues à l’esprit…
Je me souviens des gants blancs de Ben Riley.
Je me souviens des lèvres de Ravi Coltrane.
Je me souviens des lunettes rondelettes d’Herbie Hancock.
Je me souviens de mon dernier verre d’alcool, d’avoir espéré que ça serait vraiment le dernier.
Je me souviens parfois au détour d’une voie sans issue que j’ai décidé un jour de passer ma vie à tourner en rond.
Equation irrésoluble et irrésolue : Je me souviens que j’ai vécu avec un garçon que j’aimais plus que mon amant quand j’aurai voulu vivre avec mon amant en aimant plus ce garçon.
Je me souviens que je viens de travailler presque cinq ans au même endroit, dans le même bureau. Faire ce constat, vomir et y retourner.
Je me souviens d’avoir lu « Métaphysique de l’amour, métaphysique de la mort » de Schopenhauer dans le métro en trouvant ça pathétiquement, et inutilement laborieux.
Je me souviens m’être dit trop souvent de ne pas faire des choses que finalement j’ai faites.
Je me souviens d’avoir pensé à une boîte à musique en écoutant Gary Burton au xylophone.
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01 juin 2007
88 à 117

Je me souviens de mes randonnées dans les gorge d'Opedette, en plein mois d'août, du whisky plein les veines, sous les coups de massues d'un soleil acharné à me bouffer le crâne. Je gueulais ma rage dont les échos dolorifères se répercutaient sur les parois brûlantes de ce canyon qui fût, quatre jours durant, le théâtre de mes démences acariâtre autant qu'acariennes, de mes délires joyeux, de mes humeurs pamphlétaires, de mon anarchisme criard de gniard dont les exhalaisons d'âmes étaient barbares, vulgaires parfois, triturées tout le temps. Et au plus la sueur coulait sur tout mon corps empuanti et poisseux et se faisait suaire, au plus cette transpiration immonde s'activait à être le corollaire de mon acharnement à accélérer le pas sous les assauts d'une chaleur mauvaise, au plus je laissais se cracher, de mon coeur euphorique, des flots d'exhortations blasphématoires, des vers païens sans queues ni têtes, des vomissure modales, des cochoncetés paillardes et d'insultantes prières.
Je me souviens du mariage de mon oncle, de ma détestation aujourd'hui de ce qu'il est devenu.
Je me souviens du nombre de fois où je me suis demandé où j'allais installer la bibliothèque, pour que les livres ne soient pas dans mon chant de vision quand j'écris. Écrasé par trop de chef-d'oeuvres, de la peur de ne pouvoir pondre une ligne..
Je me souviens de Verdun.
Je me souviens d'un duel à la vodka avec Astrick. Deux bouteilles de Zubrowska. Nos juges et témoins étaient Marie, dont j'étais amoureux, dont je le suis « toujours », sénégalaise, et Chritophis Christakis, chypriote, cuistot en chef du restaurant gréco-arménien où l'on travaillait. Avais-je gagné de très peu juste avant la fin de la deuxième bouteille? Ivre-mort on m'a dit que j'avais déclamé du Artaud, dansé au milieu du salon, grimpé sur mon bureau et cassé une lampe en même temps que je tombais moi même, m'effondrant sur le canapé au côté de mon Arménienne de tous temps. On se bat encore sur qui a vaincu l'autre, à quelques minutes prés.
Je me souviens de Tan, de ce plan à trois qui n'a eu lieu que dans nos têtes un ou deux soirs.
Je me souviens de l'A7 et du goût des spaghettis bolognaises dans les restoroutes.
Je ne me souviens pas assez.
Je me souviens de la première fois que j'ai vu ma future caisse-claire Gretsch, dans le studio du vendeur de chez Gébelin, à Marseille. D'abord ses formes, puis son odeur le nez dessus. Une 14 pouces et demi en érable, coquilles ovales moulées. Du bordeaux et des stries. Une merveille, une princesse du swing juste au regard, comme une âme. Identique ou presque à celle d'Elvin Jones et de tant de Grands batteurs... Jamais je n'avais imaginé une oeuvre si parfaite en ma possession, pour moi un stradivarius si j'avais joué des violons dingues au lieu des baguettes folles.
Ma mère – et ma grand-mère – me l'offrirent. J'avais 17 ans...
Je me souviens du jour de ma mort.
Je me souviens de mes orgies de Nutella au bord de la piscine, Uxane endormi à l'ombre du transat, ses pattes sur mes pieds.
Je me souviens avoir été un poulpe, un bonobo, un colibri, un sconse, un babouin, un têtard, un gribouillou, un cacatoès, une limande, un crabe, un orang-outan, une bidouille, et tellement de drôles de bestioles.
Je me souviens de l'école de batterie, mais surtout de Nadia et Gilles Touché.
Je me souviens du lycée Bonneveine et de sa concentration de cons.
Je me souviens des mensurations de Dorine, 90 B, c'était en quatrième nous devions coucher ensemble.
Je me souviens de mes « sudistes » à 700 francs et de mes jeans troués avec mon chapeau en feutre noir. Ô Borsalino! Dandy décrépi en errances, invisible aux autres.
Je me souviens de la grisaille parisienne, de la chaleur des brasseries tonitruantes, du calme de certains troquets de hasard. De ce magasin spécialisé dans les vinyls de jazz ( Croco Jazz ) et des milliers de francs que je lui ai laissé. Boutique derrière l'église ou église devant? Mouffetard. J'allais acheter un disque, de Bird par exemple, puis m'installais au chaud dans un café avec une bière fraîche, puis deux, puis... Pour lire Rimbaud ou Céline ou tout autre, avant de repartir à pied jusqu'à Saint-Michel, puis en métro jusqu'à Crimée. Là je rentrais chez Nous, je roulais et chronologiquement fumais un pétard tout en me servant un verre de Chivas en écoutant ma perle de Swing. Je poursuivais en allant sur le bureau pour écrire avec Bougonne sur les genoux. Puis Harry arrivait. Nous nous embrassions, passions la soirée de ci de là, faisions l'amour et dormions du sommeil des justes, enlacés.
Je me souviens du petit mot de la petite lettre de Caroline le 3 mars 1998.
Je me souviens des Poèmes Barbares de Leconte de Lisle et du « Au Régal des Vermines » de ce titre rouge sur fond noir et de ce nom étrange : Marc-Edouard Nabe, alias Alain Zanini.
Je me souviens de m'être endormi à mon premier opéra : Cosi Fan Tutte, en Italien, 3 heures!
Je me souviens de mon déguisement en Charlie Chaplin, costume XXL qui me rendait encore plus poétique et absurde.
Je me souviens du cuivre des urnes.
Je me souviens de quelques parties de Monopoly interminables.
Je me souviens de ce noeud à la gorge à chaque fois que je vendais un de mes plus beau livre pour bouffer.
Je me souviens de mes dernières larmes, et de celles à venir...
Je me souviens de Harpo Marx.
Je me souviens du numéro de téléphone du « Vallon » : 01 42 61 88 49
Je me souviens de tant de noms, importants ou sans importances : Marie Follachi, Géraldine, Gaetan, Hadrien, Angélique, Virginie Maglio, Philippe Raphaelli, Cathy et Giovanna, Matthieu et Mathieu, Sébastien, Max, Micoulin et Piperaud, Christophe, « le tiers inconnu » et Eric, Rosa, Houm, Albert Arstanian, Rostand, Fred, Sautet et sa bourgeoise, Léotard, Gauguin, Pettruciani, Siné et Zagdansky, Gertrude, Hélène et Alexandre...
Je me souviens de mon Amstrad 6128. D'Arkanoïd et de Bubble Buble.
Je me souviens de la page de Sainte-Luce.
Je me souviens de la corne des mains de Ron Carter.
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17 octobre 2006
50 à 87
Je me souviens d'avoir rencontré le garçon de ma vie sur un site de cul.
Je me souviens d'un contrebassiste qui maniait l'archer comme un funambule ivre l'équilibre abstrait.
Je me souviens de la chapelle du Duomo de Florence et d'une cuisse en fresque dans l'abbaye de Monte Olivetto en Toscane.
Je me souviens de Bordeaux avec et grâce à Danielle, de feux d'artifices et d'errances, de Dorian et de l'hôtel Ibis, de crises et de rires, de bises et d'avoir écris, de vie(S) et de déambulations.
Je me souviens de la frontière entre la Thaïlande et le Cambodge.
Je me souviens que j'aime encore Harry.
Je me souviens que j'aime toujours Thomas.
Je me souviens que je me suis aimé un peu parfois.
Je me souviens avoir oublié toutes les nuits blanches passées à essayer de me souvenir que j'ai eu trop de vies.
Je me souviens qu'avant-hier encore je rêvais des Thébaïdes avec Marie comme si c'était demain.
Je me souviens d'avoir pensé, il n'y a pas si longtemps, que le présent était quelque chose de concret.
Je me souviens avoir été millionnaire, et au passage qu'il faut que je remplisse ma déclaration d'impôt pour toucher ma prime pour l'emploi.
Je me souviens que je rigolais tout le temps et que j'ai encore pleuré hier.
Je me souviens que j'aimais jouer au Monopoly, que j'étais pas mauvais au ping-pong, que le tarot était une science abstraite mais qu'aux échecs j'étais aussi bon qu'au Scrabble.
Je me souviens de Caroline en train de danser sur Fela en insultant la terre entière de mille mots d'Amour.
Je me souviens d'un petit matin, face au monde, ivre de rire, au sommet de la jungle, en bas du délire, au-dessus du réel, en delà de la folie, sirotant une vodka red-bull avec Boucle d'Or, jouant au foot avec des gamins rieurs : Un premier janvier comme, peut-être, plus jamais je n'en vivrais.
Je me souviens d'une course aveuglante en scooter à travers Paris au soleil levant.
Je me souviens des orages de mon enfance.
Je me souviens d'avoir embrasser un ami en faisant un voeux pour lui : « Sois un jour serein et mange le Monde à la petite cuillère. »
Je me souviens que j'avais l'ironie facile, quant je ne sais plus que me plaindre.
Je me souviens de ma bite à l'air en Corse sur « La Luciole » et d'être entre deux côtes sans n'en voir aucune.
Je me souviens de la dernière fois que je me suis fait enculer, et réciproquement.
Je me souviens du dernier livre que j'ai lu d'une traite : « l'Exégèse des lieux communs » de Léon Bloy.
Je me souviens de ma dernière cuite, hier.
Je me souviens des nuages qui font place-nette autour de la Lune.
Je me souviens de la manière dont Harry embrasse...
Je me souviens de la dernière fois que j'ai touché des baguettes de batterie : C'était des mailloches.
Je me souviens de la manière dont je faisais mes valises, à chaque fois...
Je me souviens du dernier regard de ma mère, de la dernière fois qu'elle m'a regardé.
Je me souviens du rire d'Elvin Jones.
Je me souviens des dernières insultes dont j'ai été la cible : Traître. Ordure. Clown. Nain.
Je me souviens de la dernière fois qu'on m'a dit : Je t'Aime.
Je me souviens dans le moindre détail de ma première et dernière maison.
Je me souviens de tous mes amants mais malheureusement pas de tous les garçons avec lesquels j'ai couché.
Je me souviens de tous mes contrats de travails.
Je me souviens d'avoir souffert et que ça m'a sauvé la vie.
Je me souviens des douceurs d'une engueulade merveilleuse.
Je me souviens d'avoir passé une bonne partie de ma vie à regarder le soleil dans les yeux sous diverses latitudes.
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14 mars 2006
35 à 49

Je me souviens de la cave à vin de ma tante, des conserves, des coulis et des confitures, des balades et des Scrabbles, de la vidéothèque cinéphile, de la chambre sous les toits, des framboises, du jardin et du froid, du bassin, de la Musique et des livres, de tant de chose : Quelle Conne!
Je me souviens de Sebastian Henning.
Je me souviens de ma première éjaculation dans une bouche, celle de Benjamin.
Je me souviens de Verdun : Cette overdose de Marseillaises et de « sonnerie aux Morts » pendant six jours.
Je me souviens du Stop Bar, de l'Imprévu, des Deux Garçons, du Café de la Mairie, du café de Flore, du Brigand, du Tropic, du Sunset, de l'Open, du Café du Cours, de la « Gloseries des Rapaplas », du Caveau de la Huchette, du Pub Saint-Michel, de Chez Vito, du bouge d'Yvonne, du P'tit Bistrot, d'Okawa et de l'Equinox, de la Chimère, du Jean-Bar, de la Bicyclette, de tous les bars, restos et brasseries de Roissy et d'Orly, du Petit Journal Saint-Michel et du Café des Philosophes, de la crêperie Piano-jazz de Montmartre, de tellement de bars, clubs, cafés, restaurants, troquets, huppés, décalés, ici et ailleurs, partout...
Je me souviens de ma première et seule fugue, caché au sommet d'un arbre centenaire, immense, dont j'avais fait mon repère de petit con de rêveur.
Je me souviens des cigales le jour et des grillons la nuit.
Je me souviens de Madame Badi, des citronnades en son Paradis avec tous ses chats.
Je me souviens du « Téléphone Sonne » à 19 heures sur France Inter, 91.3, dans la cuisine du Vallon.
Je me souviens d'une dissertation pamphlétaire en cours d'économie, que j'avais écrite au Centre Forestier de formations de La Bastides-Des-Jourdans dans le Lubéron, niveau BEP. La professeur m'avait mis 18 / 20 alors que j'avais rendu une copie « hors-sujet » ... Deux jours après nous discutions dans la forêt et elle m'a dit ne plus savoir où en être, que mon « pessimisme si Juste » lui avait donné envie d'arrêter son métier, à ses yeux hypocrite et absurde, « à la con » . Mais je sais qu'elle continue, alors que j'ai rompu bien sur.
Je me souviens de Frédérique Rondepierre.
Je me souviens de 128 couverts à 3 en 2 heures et demi au P'tit Bistrot, un samedi midi : Et de leur avoir vidé une bouteille de Manzana en guise de compensation, avec leur approbation : La seule fois de ma vie de serveur où j'ai eu assuré, à une ou deux exceptions prés.
Je me souviens avoir voulu être un Génie.
Je me souviens avoir abandonné l'idée d'être un Génie.
Je me souviens du Père Noël qui s'était déguisé comme mon père.
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10 mars 2006
19 à 34

Je me souviens de l'arrêt de bus du hameau de la Cride.
Je me souviens du « Champs aux Corbeaux » avec ma mère, à Amsterdam. Elle m'a regardé un quart d'heure le regarder. J'avais les yeux rouges dans la nuit bleue, perdus comme deux épouvantails dans le champs inconnu où l'Evidence du Chaos prenait en Moi une forme nouvelle.
Je me souviens du « Massacre des innocents » ...
Je me souviens du concert d'Elvin Jones à Nîmes, avec son « Jazz Machine »... Et du jus d'orange qu'il m'a offert dans sa loge après avoir engueulé deux gardes du corps qui refusaient de me laissaient passer. Il y avait aussi, entre autre, Sonny Fortune et Ravi, le fils de John Coltrane...
Je me souviens d'une cabane secrète au sommet d'un vieil arbre...
Je me souviens avoir perdu un bon litron de mémoire lors de ma dernière cuite...
Pile je me souviens du rouge râpeux, et face du noir lisse de Ma première raquette de ping-pong...
Je me souviens de certains trous de mémoire très gênants...
Je me souviens de « Sur Fond Noir » et de « Transparence » ...
Je me souviens d'une jeune pute en Martinique qui chantait du Piaf.
Je me souviens du Zanine et de son rejeton Marc Édouard « Green » Nabe au Petit Journal Saint-Michel le 29 décembre 1998 avec Caroline.
Je me souviens de « L'insoutenable Légèreté de l'Etre » et de « Bagatelle pour un Massacre » ...
Je me souviens de la plaque d'immatriculation de mon CRM 125 monté super-motard : 827 TZ 13 ...
Je me souviens des larmes coulées d'Abbey Lincoln quand elle a chanté « Avec le Temps » de Léo Ferré, en Français, à l'Olympia... Sublime négresse assise prise au piège d'une des plus belles chansons de notre Sublime Anarcho-alchimiste et Poète.
Je me souviens de mon premier véritable souvenir : L'arrivée au Vallon...
Je me souviens de mon dernier souvenir : « L'arrivée au Vallon » écrite dans : Je me souviens...
15:46 Publié dans je me souviens... | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
07 mars 2006
3 à 18 dans le désordre

Je me souviens de cette frontière entre la Thaïlande et le Cambodge, cette certitude de rentrer à la maison...
Je me souviens de la lumière ivre de l'aube le premier janvier deux-mille six, en équilibre sur le muret qui plongeait dans la jungle du Cambodge et la mer du Vietnam.
Je me souviens, dans le bus qui me ramenait à Phnom Penh, des trente-trois ans de Thomas ; de ce pardon, plus christique qu'innocent, qui se crucifiait en Moi...
Je me souviens que j'ai toujours su ne jamais être né.
Je me souviens avoir été coiffé à l'île de la Soie à l'heure de la sortie des écoles, comme des centaines de gamins riaient, riaient, riaient jusqu'à faire trembler de rire l'humanité toute entière en me voyant me faire coiffer, ICI...
Je me souviens de mes rêves. Et la facilité avec laquelle ils s'oublient dans les vapeurs de la réalité.
Je me souviens des Députés ivres dans ce Troquet derrière le Musée National, avec Sophéak et son Rire unique au Monde.
Je me souviens de ce matin où j'ai bu un café en regardant Sou Mey en haut du toit en train de peindre face à face au soleil, des danseuses Apsaras Cubistes dansant dans l'air contemporain du temps, obsolète Cambodgien : De cette « Apparition « onirique...
Je me souviens de mon frère, comme on est passé de l'incompréhension réciproque à la complicité mutuelle...
Je me souviens d'Isa, de Ben et Isabelle, de Marc et de Jub, d'Isabelle, d'Alex et de « Papa », de David et de miss Scorpion, de Janna, de son Frère et de Frankie, de mes amants anonymes et des noms de mes ami(e)s d'un soir d'une nuit. De Nicolas et de Luc-Olivier, de Sophéak et de Sou Mey, de leurs parents et de leurs frères, de leurs enfants et de leurs soeurs, de leurs amis et de tous je me souviens de leurs coeurs battants au rythme du Rire et du sourire. Du 'chat' du Banana et des serveuses Apsaras. Je me souviens des jours à venir où toujours ils caresseront la nuit de mes souvenirs – Apparitions dans des rêves qu'on voudrait réel à jamais -
Je me souviens de mes larmes dans les bus, les aéroports, les taxis, les métros, les touk-touk, les boulevards à Paris et les Avenues à Phnom Penh, les Hôtels à Bangkok et les chambres à Siem Reap...
Je me souviens des soupes de tripes au petit-déjeuner, des bains dans le Mékong à l'aube, des programmes de TV5 et de l'ennui qui guette mais qui jamais n'attrape sa proie...
Je me souviens du vin de palme sous les Palmiers et de l'écho permanent des rires sans fin...
Je me souviens des impasses arc-en-ciel, des écoles dans les Vat, des temples urbains et des monastères sauvages qui brillent de mille feux de paix.
Je me souviens des repas jambes-croisées sur des tables improvisées...
Je me souviens de mes errances sous le soleil assassin, dans les marchés via les ruelles, de terrasses en matchs de boxes, à pied en moto, de levés en couchés de soleil, des avenues au Lac, au fil des hasards, d'ici et là au rythme Unique de la Vie qui s'improvise : Du swing des jours et de ceux des nuits blanches sur des motos inconscientes, à la barbe de la mort avec le rasoir de la Vie...
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25 février 2006
2

Je me souviens de ces jours où les sourires se répétaient sans fin, d’échos en échos…
00:31 Publié dans je me souviens... | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
1

Je me souviens avoir été un enfant perdu, tout à son aise dans la glaise…
00:29 Publié dans je me souviens... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
