29 août 2008

Bribes.

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Photo de "Mika"

Les livres, au vent des pages. Les disques au rythme des choix. Les objets deviennent inconséquents. Ici plus rien n’est censé exister. Tout doit disparaître mais rien ne disparaît. La braderie est fausse, je ne vends rien pour de l’argent, mais pour renaître léger comme une plume de vautour, une charogne du Rien, une Colombe du Tout par l’Absence. Plus d’apparence, tout doit être en soi, tout doit être en moi. Plus de poids, les cartons je les remplis de vide, je les vide de mes trop-pleins.

Je rêve d’un fou-rire sur ma tombe, que mes amis soient hilares de me savoir enfin mort. Et fiers de ma seule réussite !

Je n’ai jamais été aussi vivant que dans l’âme des gens qui me pensaient mort.

Certains meurent à petit feu, je choisis les grandes flammes et le bûcher des rêves.

Les livres m’ont grignoté, maintenant il s’agit de vomir avec justesse, rage et élégance.

Je me suis essayé hier à lire les journaux, à regarder la télé, à écouter la radio, à sentir l’émotion dans les voix vibrionnantes des clameurs publiques ; à me faire des idées, à pencher pour l’un ou pour l’autre, allant même jusqu’à l’idée de militer. Mais mon Ange, imperceptible abstraction, est venu à ma rescousse et m’a secoué, m’a sauvé des facilités de parades. Alors au lieu de m’inscrire à un parti, j’ai fait sauter le bouchon d’une bouteille de Cabernet rosé et j’ai dansé sur ma page comme je danse seul dans mon salon, en écoutant Charles Mingus.

J’ai mal au pied de trop marcher, de marcher des heures, de marcher tout le temps. Je m’arrête à chaque épicerie pour reprendre des forces. Ces forces sont ma faiblesse. Cette faiblesse est mon opium. Je décompte les bières au fil des kilomètres de bitumes, je compte les bitures au fur et à mesure que j’aboutis ici ou là. J’avance en errance, je ressasse cet idiome, je ressuce cette idée.

Je suis tellement profondément triste que chaque bonne nouvelle lève un nouveau doute. J’en retire la fierté de réussir à lutter encore.

Mes crises d’intenses jouissances, injustifiées, m’effrayent par leur absolu incohérence, je ne vis pas dans une forme réelle de l’existence, je suis toujours « à-côté ».

Deux statuettes l’une prés de l’autre. Un Bouddha de pacotille en paix et la face difforme et cloutée d’un masque Africain de pacotille aussi, et entre deux un enfant malade qui joue les billes de son âme sur le tapis de jeu avec des dés faussés qui se baladent.

Le Requiem de Mozart VS le Fauble of Faubus de Charles Mingus : je n’arriverais jamais à me dépêtrer de mes paradoxes et le tas d’os que je suis manquera toujours du calcium de la lucidité, je vis entre trop de partitions opposées, je vis trop « entre les lignes ».

Epitaphe : Bien qu’aimant les complications, il eu l’élégance de mourir simplement.

Comment vivre dans un monde où la seule lubie des anarchistes est de constituer un groupe cohérent

Je regarde le monde comme on regarde une fourmilière dans laquelle on donne un coup de pied vengeur. Vaine agitation des ouvriers de la rancoeur qui luttent contre le David incoercible et incohérent de la Logique Mondiale. Et je cherche en vain celui ou celle qui saurait avec intelligence et poésie marier cette mort nouvelle à cette nouvelle forme de vie.

Aux scientistes :

Je suis ignorant de vos sciences comme vous l’êtes de nos consciences.

La parade vaut le coup d’oeil. Des anges masturbent de vieilles gargouilles mensongères. Des musiciens, au-delà de tout âge, swinguent du feu de Dieu qui n’existe pourtant pas. Des fleurs s’acharnent à pousser sur le charnier de nos consciences en déliquescence. Des peintres ont des relents de pinceaux, des couleurs s’absentent sans se justifier. Marelles et cerceaux. On sculpte dans le vide une idée du Vide et le mime Marceau, que les autorités avides ont tué, achevé, renaît de ses gestes et nous remplit de tous les silences qu’on ne sait plus connaître. Marcel et clodos. La rue sent le mauvais vin des bons vivants. Les mensonges sont joyeux aux faces tristes des réalités anxieuses. Sur le ring les faux-semblants perdent la face : l’adversaire est de taille : il rigole tout seul de nous tous, sans même pouvoir imaginer la saveur de nos larmes.

Epitaphe : Si la crémation à petit feu ne m’a pas dérangé, je suis heureux d’avoir brûlé mes ailes de Vie à grandes flammes.

J’ai toujours été un amateur, un professionnel du dilettantisme. Avançant si lentement que j’en déconcertais mes plus fidèles contempteurs.

Je suis pour qu’on me contre, je suis contre qu’on m’entoure. Ou alors avec la perversion du poète.

Je me rends compte, petit à petit, que l’idéal ce n’est pas une bibliothèque qui dégorge de livres, mais un livre en Soi qui se fout des étagères et des feuillets reliés qui ne sont que reflets d’un savoir dont on veut pouvoir se justifier. Je me détache du fétichisme pour me rapprocher de « l’ascétisme exubérant de la Poésie ». Je ne veux plus rien avoir, je ne veux plus rien savoir, qui ne soit la blue note d’un paragraphe révélateur. Ne serait-ce L’Objet, je pourrais et je voudrais vivre sans aucun livre à portée de vue que celui que je lis avec intensité, maintenant, ni avant ni après. Un resucée de Carpe Diem encore.

J’en suis à un tel degré d’inexistence officiel, j’ai tellement joué de parjures et de faussetées administratives, j’ai tellement biaisé de-ci de-là, j’ai tellement fait semblant pour rester vrai, que je n’ai plus rien à perdre. Plus rien à prouver, plus rien à douter. Je pars touiller le fond de vérité qui me reste dans la grande marmite du delirium tremens « au-loin ».

Epitaphe : Il a voulu creuser sa vie comme on creuse une tombe, et il est tombé dedans.

Je fais des reproches qu’on me fait des qualités qu’on m’aurait envié un jour. L’horreur d’être seul dans les excès, le bonheur d’être multiple aussi dans sa propre caricature.

Epitaphe : Il buvait comme on respire, il fumait comme on inhale, dans un accident de la route il est mort du bitume plein les râles, sans même avoir le temps de se plaindre.


19 août 2008

Ruinard, pour Taku et pour tout le monde.

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Des aéroports et des larmes. Des textes impossibles. Des amis et des amies qui s’en vont et qui s’en viennent. Des envies de faire du Brel mais des résistances. Lucidité et démences, pantin sincère en perpétuelle alternance. Je pleure à chacune de mes « fautes » et ris de toutes mes espérances. On me prend pour un salaud un jour, le lendemain pour un saint, comme si j’étais l’un ou l’autre, rien que « Minestrone » la soupe du pauvre, tous mes ingrédients sont d’honnêtes obédiences, label rouge de mes nuits noires repeintes en blanc. Je me bats contre des murs, je fais tellement de promesses qu’il m’arrive de ne pouvoir en tenir aucune. Je veux plus que je ne peux et je ne peux pas faire autrement, qu’à me retrouver à vouloir faire plaisir à tout le monde en faisant le contraire. Je mens par omission, ou cumule les pieux mensonges par peur que les vérités blessent, et les vérités blessent quand je psalmodie que je ne suis qu’errant en ce monde, qu’on ne peut compter sur moi que pour de la tendresse et des larmes, quelques rires volés à la volée et des clins d’œil que certains comprennent encore, au fil des années, ma liberté qu’on me reproche tant, que certains m’envient, sans en connaître le prix. Je bois et j’aime comme aime les ivrognes mais je ne hais jamais que d’improbables instances et d’abstraites inconséquences, marionnettistes du monde que je me force à ignorer, que j’ignorerais complètement un jour, car seuls me fascinent les individus, les regards croisés, les personnages improbables, les « intelligences sensibles », ceux qui pardonnent sans être chrétien et qui comprennent n’étant pas crétins. Des amis, des amants, des amies et des amours. Jamais rien à moitié. Ni masculin ni féminin, voguant en-deça et au-delà sans aucune des prétentions que certains veulent me prêter sans me connaître.

J’aime trop voilà tout. Eternels aboiements des jalousies diverses, éternels atermoiements des inepties culturelles, de toutes nations et de toutes patries, je suis sans parti pris que celui de céder aux tentations d’autrui quand elles se déclament du partage et des caresses, des mots qui ne se cachent pas et des gestes qui ne se fuient pas. Je sais recevoir tout autant que je sais donner, au fil des échelles grimper aux ciels, du premier au septième, une heure ou une vie je ne suis égoïste de rien d’autres que des désastres que je garde, en général pour moi. J’aide et on m’aide, j’aime et on m’aime, heureux de n’avoir, pour de bonnes raisons, n’avoir jamais été totalement détesté, n’avoir jamais détesté totalement, une âme ou un cœur un jour, plus de temps qu’il n’en fallait pour noyer dans un sourire les causes de larmes qui ne valaient pas la corde pour se pendre. Les gibets de potences et les potences de gibets, j’ai assez donné, mais je donnerais encore. Comme on m’a donné, comme on me donne.

Les ciels heureux, explosés d’étoiles, sous couvert d’une lune hilare, je pars. Je réalise ce soir que je pars. Que je laisse derrière moi les gens que j’aime, que j’en rejoins d’autres. Que je pars pour ce qui pourrait être, une dernière tentative, une dernière expérience, une dernière tentation à laquelle j’aurai cédé pour suivre les bons conseils de Wilde, cet Oscar si bon à lire, si dangereux à écouter comme tout bon auteur. Ciels heureux de mon enfance, nuits calmes que je veux retrouver quand je ne suis plus que…

Dans un delirium de sentiments et de sexe qui m’effondre. Amoureux et insatiable. Je bande encore plus mais je veux plus. Plus de tout. Etre enlacé par un serpent de sensualité ou être baisé par un ange pervers à l’adolescence attardée. Je bande moins, sauté par un quadragénaire payant rubis sur l’anus, aux ongles parfaitement limés, fatigué de sa femme et de son mariage, de ses enfants et de ses collègues. Mais surtout, au final je ne veux plus rien de tout ça, qu’un simple mâle, entre garçon et adulte, qu’aimer ne ferait pas mal. Et l’attendant le sexe n’existe plus que par procuration onirique, cumulant les conquêtes plus que les quéquêtes, dans une overdose de sentiments qui malgré les apparences sont sans faux-semblants, singe sentimental, songe amoral.

Mes amis si nombreux et si différents autant que mes amants, cette impossibilité de tout concilier.

J’ai la peur au ventre, la fatigue gagne à nouveau les moindres instances de toute ma matière. Le dégoût du monde me hante, mais une simple note de musique, un simple mot prononcé par une personne qui m’est chère, une simple phrase dans un livre de hasard, un silence tout en douceur, le frôlement d’un chat en bas de chez moi qui n’est plus le mien mais, quelque part… La peur au ventre mais l’espoir de certains morts, qui sont des hommages à la vie… La peur au ventre mais les intestins tordus d’espoir, de vaincre les angoisses, les cauchemars et les fatigues, de ne céder en rien aux sirènes faciles qui chantent si douces la mort au fil du rasoir. Ô que non, et ce soir pas plus qu’un autre soir!

Triques océaniques et impuissances frileuses. Devant moi Jazz Track, un vieux vinyle bientôt disparu et le visage de Miles fumant sa cigarette devient vivant. Tous ces livres, ces lyres, et ces disques et tous ces objets. Et comme je me répète, comme je m’enferme dans la peur de perdre au lieu de me faire magicien, de me séparer d’eux pour mieux les reconnaître dans le seul lieu qui vaille, dans le seul lieu qui soit, ma mémoire. Je suis un bon salaud, un fétichiste. Je veux tout avoir sous la main, quand c’est dans la paume du cœur qu’il faut que je garde tout, quand c’est là bien au chaud qu’il faut qu’ils battent la chamade et qu’avec eux je trouve les solutions à toutes mes charades. Tant et tant de charades et de rébus à résoudre. Et si peu de temps.

Fatigué de pleurer de tant de départs, de sourire à tant de retours. Epuisé de ne pouvoir donner plus à ceux qui sont là et de mieux écrire à ceux qui ont « filé ». Calciné certains soirs de voir mon visage défiguré de larmes, certains autres ce sourire d’enfant qui ne veut s’en aller. Cette impossibilité d’être adulte, ce refus de m’enfermer dans l’adolescence, seul paradis pourtant de l’existence, où l’on peut dire à la Sagesse qu’elle aille se foutre un concombre dans le cul alors qu’on lit un beau livre en écoutant Coltrane et en buvant un rosé de Provence en clopant sans cesser, sans penser à demain, pourtant si indissociable d’hier, et des improbables lendemains. Et si frustré de clore un texte par fatigue, sur un tel lieux commun…



24 juillet 2008

Gueulantes et rêverie.

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   Tous les blasphèmes du monde ne me suffisent pas. J’en veux un et un seul, d’une implacable justesse, d’une implacable injustice, qui cloue à jamais les becs des corbeaux de l’église, des prélats de cette surannée institution blafarde qu’on ne bafoue plus que du bout des doigts trempés dans de l’eau bénite et croupie. Sus aux croupions des curés, des prêtres et des papes. Qui me l’offre?  

   Il en est de certains conservateurs des bibliothèques comme de certaines momies, ils et elles ne vivent que tenues et ténues par les rubans de leurs aigreurs d’outre-tombe :

   A l’âne mon godet. 

   Et dire qu’ils ont eu la peau de Siné, et qu’aucun « d’eux » n’est monté au créneau. Le dernier journal « bête et méchant » a donc signé son arrêt de mort. Qu’il crève! Ah! J’imagine si Choron ou Reiser étaient encore là, comme ils auraient claqué le vilain clapet de se cadet de Val, j’imagine leurs crocs niqueurs contre les chroniques à la colique consensuel de ce rédacteur en petit Chef, comme ils l’auraient, dans une grande fête nécrologique, enterré dans son moralisme mou de donneur de leçon! Et « Ses » valeurs que B.H.L., infâme fil au zob, acclame comme Voltairien dans une tribune du Monde, arguant et narguant la liberté de pensées de ses habituelles logorrhées molles et ressassées à outrance depuis bien trop d’années. Courage, fuyons!

  Après Siné viré, notre Jack Langue de lèche-putasserie nationale permet à notre résidu de Président de se faire gonfler encore l’Ego présidentiel dont l’écho nous enfle chaque jour un peu plus la tête. J’en perds la comprenette, TOUT me dépasse.

  Je n’arrive plus à écrire car je n’arrive plus à respirer dans cette ambiance délétère. J’étouffe, il faudrait que j’arrête d’écouter les « informations », que je balance ma télé par la fenêtre, que je m’ôte jusqu’au plaisir de la lecture du Canard, que je m’isole dans ma tour sans argent deux mois durant, préparant cet exil que je ressens de plus en plus comme salvateur, que j’arrête aussi d’avoir peur, car c’est ici que c’est dangereux pour moi. Ici et pas ailleurs.

  Un bilboquet vert, une pile de livre à lire, un flacon de poppers acheté à New York, de l’encens du Sénégal, une paire de mailloches, des disques épars, un flacon de parfum, des cadavres de cannettes, deux paquets de Camel, des pièces de centimes, une clochette rouge et d’ors offerte au Cambodge, un DVD sans intérêt, deux manuscrits en cours et mon imagination à cours, un rouleau d’essuie-tout à usage divers et pervers, un stylo bic rouge, un cendrier qui dégorge… Je détourne mon regard de mon « bureau »…    

  Des autorités idiotes, des gouvernants imbéciles, des généraux corrompus, des soldats alcooliques, d’autres fiers comme des coqs, quelques kilomètres de terres et de vieilles pierres sages, une communauté internationale le cul dans la bassine de leur trouille, et une situation de merde toujours à deux doigts de déraper et de foutre en l’air un semblant de sérénité entre deux pays qui feraient mieux de s’occuper de la stabilité qui dans ce monde pourri jusqu’à l’os leur permet encore de plus ou moins survivre. Ma haine du pouvoir augmente de jour en jour, ma haine de la bêtise me déborde même la nuit, ma haine des hypocrisies me gonfle comme une baudruche, prête à exploser parfois. Je me contiens sans vouloir me contraindre et l’ouvre face à ses ersatz d’ordures qui se ferment sur leurs positions. Mais je resterais du côté des opprimés et d’un verdict de 62 inaliénable, Preah Vihear est au Cambodge! Pauvre Bouddha, sur lequel ces zombies sans quiétude ni philosophie, pour ne pas utiliser le terme de « calme intelligence » crachent sans vergogne. Se battre pour un temple c’est aussi absurde que se marier pour une religion : c’est salir la paix et l’amour! 

   J’ai remarqué aujourd’hui qu’au plus j’étais amoureux d’un garçon au plus je le trompais. Sujet de discussion intéressant pour la prochaine séance avec mon psy!

   J’ai le libertinage sentimental, la tête dans les étoiles et le moral dans les chaussettes.

   Pour finir sur une touche onirique, j’ai fait un rêve éveillé sur ce qui me sert de balcon, alors que je sifflais une bouteille de Cabernet d’Anjou en laissant le soleil me dévorer à grandes goulées rayonnantes :

   J’étais au milieu d’une forêt de palmiers, de bougainvilliers, de plantes, de fleurs et d’arbres divers, au sommet d’un immeuble, sur un toit qui était une terrasse. J’étais au milieu de cette jungle artificielle assis sur une chaise, devant un petit bureau en bois très simple, sur lequel il n’y avait qu’un ordinateur portable et un cendrier étrange, aux formes comme une sculpture des îles, de la Réunion ou de la Martinique. Dans un hamac à quelques mètres, ensevelit dans les feuillages, dormait un garçon très beau seulement habillé d’un kroma. La chaleur était celle d’un zénith, quatorze heures environ, le soleil tapait droit vers le bas et sans concession. Un ventilateur placé à un mètre cinquante et réglé sur « force quatre » distillait un semblant de fraîcheur. Dans une glacière à ma droite quelques bières rafraîchissaient doucement. Sur une table de chevet transformée en guéridon, mais d’autel : du papier et des stylos, des paquets de cigarettes bleus comme le ciel bleu et blondes comme le soleil blond. D’une mini chaîne hi-fi cachée dans un recoin de la terrasse s’échappait tout en douceur la voix de Lhassa et celle de Lady Day en alternance. Elles répondaient à mes mots, des jours durant, car tout ce décor était fixé, j’étais seul en mouvement, mes doigts perpétuant sur l’écran le paradoxe de mon calme et de mon chaos. En compagnie de leur musique j’acclamais le silence, en compagnie du silence j’acclamais la violence de ma douceur, j’avançais en mélodie et en rythme et reculais à tâtons en me relisant, pour mieux sauter, sur la phrase suivante, sur le paragraphe à venir, sur le chapitre à clore, sur une fin qui n’était là que pour annoncer un recommencement. Je brodais mon ruban de Moebus, je me tricotais non une petite laine confortable, mais un labyrinthe textile et tactile pour recouvrir mon âme en errance. Chaque heure qui passait voyait mon ego se réduire à peau de chagrin pour laisser place à mes égaux et à mes émaux, ces quelques mots que je dorais de tendresse entre deux batailles. Le sang et la semence perdaient de leur importance, alors même qu’ils étaient le nerf de ma guerre nourricière, sans autres victimes que moi-même, sans autre jouisseur que moi-même. Je faisais des boutures de paradoxes comme on s’amuse dans une roseraie alors qu’on a l’âme d’un jardinier. Mais le Plaisir, chose rare prenait le dessus. J’arrivais même à mettre mon sexe de côté, celui-là même qui avalait jusqu’alors toute mon énergie. Je le réservais au garçon dans le hamac, un dormeur de l’aval et de l’amont, de Vénus et de rimbaud. Comme Monk, je me levais et tournais autour de ma table quant les anges et démons du silence créatif prenaient leurs chorus. Derviche autiste, marionnette et marionnettiste, le loup et la biche. Pas Labiche pas plus que surréaliste, ni dramatique ni comique, propre amuseur de ma place publique, propre public des jeux érotiques de mon pubis mis à l’index le temps d’une prose privilégiant le cortex, le corps-texte.

  Les arts et lézards se dorent au même soleil sans concession, sur des murs qu’une jeunesse en perte de vitesse, s’essayant à ralentir les symptômes de décrépitude, sur fond de symposium entre démons réels et rêves éternels, avance en mêlant dans un cri unanime à Soi, Merde et Merci.

  Au final, le garçon se réveillait et se levait du hamac pour me rejoindre, je faisais mes condoléances à mon récit en apposant le mot Fin, nous faisions l’amour dans les herbages artificiels de ce Paradis réel qu’était un jardin suspendu au ciel de mes espoirs. Pas grand-chose, mais pourtant l’essentiel était là, simple comme un réveil qu’une érection surprend, simple comme l’évidence d’un matin de bon augure qu’un baiser illumine entre deux caresses.    

 

13 juillet 2008

Du Vide.

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   Il faut caresser la mort dans le sens du poil. Un poil qui n’avait plus l’éclat d’antan. Je tenais sa petite tête endormie dans le creux de ma main quand il a fait la deuxième piqûre, celle qui lui offrirait un sommeil plus définif. J’avais bu et aucune pudeur ne retenait des larmes qui m’en rappelaient d’autres, plus anciennes. J’avais « oublié » la Faucheuse, du moins nous ne dansions plus ensemble. Puis le retour à la maison et les spasmes. La maison… Plutôt un logis qui aujourd’hui me semble d’un vide infini. Je vois encore les lieux où elle aimait à se lover. Le vent dehors fait parfois jouer les ombres et je me retourne brutalement en pensant que c’est elle qui vient de se réveiller, et j’attends en vain ce miaulement rauque qui énonçait sa présence et réclamait mon attention, parfois insuffisante. On efface pas impunément seize ans de vie commune, un peu plus de la moitié de la mienne. On ne tue pas impunément non plus. Seul exutoire un peu pathétique, se réfugier dans un nettoyage de fond, je me sentais pareil à l’assassin qui sur les lieux de son crime cherche à effacer toute trace. Mais malgré tout mon acharnement, je sais bien qu’un mois durant je trouverais des poils un peu partout et finalement c’est très bien ainsi. On ne tue pas impunément, il faut payer de sa tristesse sans limite ce qui pourtant était un acte inéluctable.

   Ce n’était pas un « animal de compagnie ». Non, plutôt un symbole, vestige d’un passé maintenant complètement révolu.

   « Elle » c’était Darling, ce nom que ma mère lui avait donné pour son côté aristocrate anglaise. Moi je l’appelais Bougonne ou gros dindon, Blanchette car blanche elle l’était totalement, n’ayant de couleurs que dans ses yeux jaunes et verts, et le rose de son museau et de ses coussinets sous les patounes. « Elle » c’était aussi la mémoire, celle de ma mère, celle d’une époque à marquer d’une pierre noire. Que ne lui ai-je pas fait subir, de déménagements en déménagements. Mais je ne l’imaginais pas ailleurs qu’avec moi, égoïsme ou au contraire, un vœu de ne pas l’arracher une seconde fois à « sa famille », moi en l’occurrence, ce Moi dont j’aimerais si souvent me séparer pour autre chose. Mais je ne regrette pas mes choix, ils ont juste aujourd’hui un goût de larmes par trop amer. 

   Le Vide. Un sentiment de solitude totale que je comble dans l’excès sociable et dans les aventures. D’un soir ou d’une nuit, attendant le retour d’une personne qui est partie en même temps qu’elle mais qui va revenir. Des banalités à dire, l’absence de remords mais des manques difficiles à nommer.

   Ce vide je n’arrive plus à le combler. Les mots, mes plus fidèles alliés depuis tant d’années, restent coincés au fond de la gorge, dans l’estomac, des nœuds que je n’arrive pas à défaire, le bateau des désastres reste à quai avec sa cargaison de souffrances.

   J’imaginais si bien connaître la Mort, cette compagne de tout temps avec qui je flirte depuis mon adolescence, mais elle est plus vicieuse que ce que je pensais. Panser les plaies est plus complexe que de les penser, alors je ne pense plus, me réfugiant dans l’autisme ou la furia, me dépensant sans compter dans l’Inutile et l’Abstrait. Je rêve parfois d’amnésie.

   Mignonne, sa petite tête dans le creux de ma main et ce cœur qui s’arrête et entraîne le mien avec.

   Oui, dernier vestige, dernière pierre de l’édifice qui me retenait ici, maintenant s’apprêter au départ et tout recommencer. Trente ans, il serait temps.

  

   Le Vide. Seule évidence lorsqu’on rentre chez soi, cette certitude que le silence vous attend de pied ferme, rien d’autre qu’un silence sans fin, sans plus aucun écho de Vie sans plus aucun félin taquin, les quatre pattes en l’air pour un dernier câlin il n’y a plus rien que des objets, dont se débarrasser.

 

   A Bougonne, ma petite mignonne, plus là.       

 
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16 avril 2008

Un rêve qui prend forme.

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Tout ne devrait être qu’un immense festin mais nous souffrons. Nous souffrons de nos peurs et des jugements que l’on porte, que l’on se porte, autant que des jugements des autres, ou alors nous sommes de fieffés menteurs. Nous souffrons de ce que nos angoisses colportent, des rumeurs de nos consciences, des a priori de notre éducation, de l’orgueil de nos savoirs accumulés, de nos fantômes que l’on voudrait ressusciter. Nous souffrons d’avoir peur d’avoir tort, notre orgueil est ce petit vers de terre qui ronge nos fiertés. Nous pensons connaître mais nous ne connaissons rien, nous ne voulons que de la reconnaissance et de la tendresse, au fond nous savons que tout le reste est vain, jeu de dupe, de coqs et de poules dans la basse-cour des faux-semblants. Se l’avouer serait se renier et nous ne voulons pas nous renier. Demandez à l’orphelin de dire que ses parents sont morts, à la femme qui a avorté que son enfant est mort, ils biaiseront.

Tout ne devrait être que soleil mais tout est Ombre. Ombres et fantômes. Freud est un malade cocaïnomane, Lacan un malicieux littéraire, et vous voudriez qu’on en fasse les Dieux de nos consciences ? Au lit et bons rêves, Œdipe au coin de la classe avec un bonnet d’âne, vous nous emmerdez avec vos postulats et vos sciences du rêve.

Nous souffrons de nous croire, de nous vouloir exceptionnel quant nous ne sommes que communs, Somme commune de nos certitudes absurdes et de nos persuasions bancales : nous ne sommes que des pieds-bots à vingt-sept béquilles ou vingt-six, et un déambulateur. Mathématiciens de nos croyances, de nos athéismes, avec ou sans mystique nous saurons toujours nous justifier de nos philosophies et nous saurons toujours nous croire exégète de nos certitudes.

Nous aurons beau nous réfugier derrière les boucliers de nos Savoirs et autres intimes convictions, dans la sphère des sentiments aucun cercle n’est régulier, et nous sombrerons dans la facilité manichéenne de dire que ceci est bien et que ceci est mal, que tel est un bon gars et tel autre belle ordure, sans même essayer de comprendre, surtout en ne voulant rien comprendre, Platon ayant dit cela, Nietzsche ceci, Dieu autre chose encore et son Soi ayant tranché !

Nous souffrons de ne savoir être à la fois romantique et honnête, intellectuel et humble, fou et humaniste, fier et ouvert, sentimental et sexuel.

Nous souffrons de renier la beauté d’être souillé et de souiller par désir. Nous souffrons de refuser les rapports de Noce en transformant tout en guerre et en rapport de force.

Nous souffrons de refuser la paix entre les ogres bienveillants et les fées étranges, et l’effet qui en résulte n’est qu’un leurre créé de toute pièce entre faux ennemis.

 

Maudites sont les lois qui régissent les sentiments et les passions et transforment tout en tragédie Shakespearienne !   

 

Tout ne devrait être qu’un immense festin. Mais nous aimons grappiller, mentir, leurrer, transformer une orgie en disette et une disette en agonie, nous plaindre de nos solitudes autant que de nos excès sociables. Tout transformer en critiques, de mode de vie, de survie ou de non-vie. Il faudrait réussir ou rater pleinement mais non, la société, les amis, les amours, saurons nous remettre dans le bon, le juste et le droit chemin. Ne pas déborder surtout !

 

Nous souffrons et nous refusons de souffrir, alors que la souffrance est le stade ultime de la jouissance : ne rien contrôler.

 

Je refuse à ce jour et pour toujours de vivre dans l’aigreur, le contrôle, la raison, la bienséance, le respect, la norme, et mille autres valeurs encore, non par principe ou idéologie, mais par désir de Liberté, dans le sens le plus Noble du Terme. Que les politiques, les religieux, les moralisateurs, les philosophes, les psychologues, les sociologues, les intellectuels,  les athées, les docteurs honoris causa, les « pour votre bien » et les professeurs, les « anarchistes en groupes », les puristes, les démocrates, républicains, nationalistes et autres nombrilistes, les reproducteurs et reproductrices, les droit-de-l’hommiste, les conservateurs, les libéraux, les artistes de galerie et les marchands de rêves, les « j’ai tout vu et j’ai tout vécu donc j’ai raison » et les underground de bas-étages, les académistes, les riches cyniques et les pauvres de comptoirs, les aristocrates, les fils à papa et les parvenus, les héritiers, les paumés qui se paument encore plus et les branleurs de lieux communs, m'oublient!

 

Je ne vivrai que de voyages, d’amants et de Poésie!    

 

Et dimanche, je pars réaliser un rêve vieux de cinq ans, vieux de dix ans, vieux de vingt ans. Je pars rejoindre la seule fille, la seule femme que j’ai jamais aimé, dans son pays, dans ce continent qu’à ce jour j’ai seulement rêvé. Et sus aux Cauchemars!

 

01 mars 2008

deuil.

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J’absorbe trop la tristesse, j’engrange trop de larmes, je ressens tout et trop, j’avale la douleur et parfois je ne la digère pas et elle se transforme en folie. Réfléchir à la souffrance c’est souffrir, ou ne rien comprendre. On ne peut pas, à moitié. Ce n’est pas vivre sinon. Parfois il faudrait avoir une camisole à portée de main, une camisole qu’on puisse mettre tout seul mais qu’on ne puisse pas enlever tout seul, ou plutôt qui s’enlèverait d’elle-même le moment venu, comme on mue. Il ne resterait plus alors qu’à regarder par la fenêtre, mais les volets sont clos, il faut en ouvrir d’autres, à l’intérieur de soi, et des portes aussi, des paliers à franchir pour s’affranchir de son Double, celui qui parle en sachant trop bien, qui chuchote ou qui gueule en dedans, petite luciole de la conscience qui pointent les désastres autant que les babioles. Qui sait ce qui est important et ce qui ne l’est pas, intime conviction du mal et du bien envers Soi, pour Soi et contre Soi. La faire taire, l’éteindre, lui couper la langue. Crise autistique sans haute trique pour battre, pavillon noir dressé au ciel, les océans agités dans lesquels on se noie, dans lesquels on jette des bouteilles vides, avides que personne ne les trouve. Sur la moquette sale, dans un coin, presque invisible mais si présente, une tâche de sang comme une goutte d’âme écoulée de la déveine, et un front ouvert, une bosse, une douleur qui cogne, tambours battants le contremaître ne faiblit pas, il tient à ce que le rythme ne se perde pas mais aussi à ce que les esclaves ne meurt pas. Parfois on voudrait se débarrasser de tout équilibre et de toute forme de lucidité, de toute clairvoyance, ne rien assumer, ni les douceurs ni les violences, tout balayer d’un revers de main. Vie palimpseste, pourtant on re-crie et on récrie encore une fois l’histoire, celle avec un h minuscule, lilliputien petit, tout petit historien de ses échecs, on se voudrait négationniste de son individualité, de ses choix : non ce n’est pas moi, non ce n’est pas vrai, tout ça n’est qu’un tissu de mensonge, je n’ai rien fait et n’en ferais rien. Mais ça serait trop facile.

Le premier mars ça faisait dix ans tout juste. C’est l’année des comptes ronds qui ne s’en laisse pas conter : Il n’était plus une fois, que des souvenirs ; et des sensations qui poussaient en soi se mettent à éclore, on ne les connaissait que par le ouï dire de son instinct, elles deviennent intelligibles, l’insupportable frappe à la porte et sans regarder par le judas, sans se méfier, on ouvre.    

Je ne sais pas si c’était une erreur, mais au moins on s’est retrouvé, une heure de larmes durant :

Alors bon anniversaire maman, dix ans ce n’est pas rien…

 

***

 

Criminologie lacrymale des souffrances, gabegie que d’en vouloir sortir, nous sommes des meurtriers de nous même et de nos Moi en bouts de ficelles.

Nous errons vaille que vaille de batailles perdues en guerres inutiles.

Nous falsifions nos intimités par instinct de survie.

Le carmin est notre couleur de prédilection, nous la teintons d’indifférence parfois, d’orgueil souvent, de mépris de temps en temps.

Nous aimons la boue car le soleil est trop facile, nous aimons la vase car la terre est trop ferme pour nos petons a-réel. 

Nous faisons semblant d’acter notre impuissance sur des parchemins de pacotilles.

Le concret nous est un puit sans fond, nous y plongeons parfois tout en essayant de ne rien perdre de notre malice.

Nous pouvons rendre une autopsie burlesque et un mariage sérieux, c’est une de nos particularités,

Comme de rire jusqu’aux spasmes d’un silence, ou de pleurer dans des cirques joyeux.

Croyez-vous franchement que vous n’avez pas de la merde plein les yeux, et que vous ne passez pas la plupart de votre temps aux toilettes?

J’aspire parfois à ne plus pouvoir respirer qu’en musique, me moquant, aux narines inutiles du Temps, des automates du quotidien : nous n’avons pas les mêmes électrocardiogrammes et nous ne tirons pas les mêmes chasses comme nous n’aspirons pas aux mêmes choses…

 

Le 09/03/08  Arcueil.

28 janvier 2008

Extrait d'une autobiographie avant l'heure.

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Arcueil, lundi 28 janvier 2008

(...) " Les deux années qui suivirent n’eurent rien d’exceptionnelles pour moi. Mon cercle d’amis ne m’apportait pas grand-chose, si ce n’est un semblant de vie sociale qui tournait principalement autour de la musique, du jazz et de la batterie en particulier. Je ne m’impliquais pas du tout dans mon BEP, me contentant de m’assurer une moyenne, de quoi obtenir mon diplôme, plus pour faire plaisir à ma mère que par passion ou conviction que j’en ferais mon métier. L’idée de passer toute ma vie dans la sciure de bois, le bruit des machines et le milieu des ouvriers ou des artisans ne me conviendrait pas, j’en étais persuadé. Mais, pour m’être beaucoup rapproché de ma mère (nos rapports étaient excellents) je la savais fragile, comme je savais qu’elle avait assez de problèmes personnels pour que se rajoute le mien. J’assurais donc un service minimum en cours. Concernant la batterie il y avait une nuance. Au grand dam de mes professeurs, je m’y consacrais plus par plaisir que dans une optique professionnelle ou même semi-professionnelle. Je passais beaucoup de temps derrière mon instrument, mais souvent dans le seul but de prendre mon pied. Certes j'enchaînais les échelons normalement, mais ils me voulaient au-dessus de la moyenne. Une fois de plus mon flegme naturel prit les rênes, et freina mon « ascension ». C’est d’ailleurs à cette époque je crois que je pris conscience de mon haut degré de feignantise. Et que j’acceptais cette sentence si souvent entendue sur mon manque de concentration et ma tendance à m’éparpiller. Je pris aussi conscience que d’être doué dans un domaine n’est pas forcément fait pour rendre service. Les choses me venant facilement je n’avais donc pas à m’acharner au travail. Et si c’est vrai au début, dans la pratique d’un instrument par exemple, il arrive un moment où ça ne suffit plus. La batterie demande de quatre à huit heures de pratique par jour ; comme le violon, la flûte à bec ou le tambourin lorsqu'on veut flirter avec les anges de l’harmonie et du rythme ; car si au début on peut se contenter de deux heures, arrive un niveau où l’on ressent des carences, dues au manque d’acharnement durant les premières années. J’avais atteint ce stade. Mais je ne voulais pas non plus comparer la « musique » à un sacerdoce, et il me semblait de toute façon que je n’arriverais jamais à être parmi les meilleurs. Le manque de confiance déjà cité s’amplifiait. Pourtant, il m’arrivait de clouer sur leur siège mon " auditoire " quant en pleine forme je me lançais dans un solo ébouriffant, à la fois techniquement, mais surtout musicalement. Mais ces « instants de grâce » se raréfiaient. En même temps que j’augmentais la consommation d’alcool et de shit. Cette augmentation était principalement due, et je ne le dis pas pour me dédouaner, à mes fréquentations. Thomas était quasiment la seule personne que je connaissais vraiment bien, et avec qui je traînais le plus souvent. Lorsqu’il organisait des soirées, j’étais systématiquement invité, présenté comme un très bon batteur, et un grand leveur de coude devant l’Eternel. Hors le déroulement de ces soirées étaient à peu prés systématiquement le même : On commençait en fin d’après-midi ou début de soirée en se retrouvant chez les uns ou les autres, ou en terrasse au Stop Bar ou en d'autres repères un tantinet Underground ou bab’ avant de terminer vers 23 heures ou minuit tous bien déchirés. Ambiance à la « Beat Génération » où nous écoutions de la musique, parlions de tout et de rien mais surtout de rien, éclusions à qui mieux mieux pendant que tournaient les pétards. Mais nous n’étions ni Burroughs ni Ginsberg. Etrangement, s'il m’était agréable de rencontrer des gens, des nouvelles têtes, des musiciens, je ressentais la plupart du temps une frustration en rentrant chez moi ou le lendemain. Une impression d’être en porte-à-faux, pas à ma place une fois de plus. D’abord ma « culture »littéraire n’avait guère sa place ici. Ensuite il n’y avait que des hétéros et mon cœur ne balançait plus entre deux chaises, mon cul sachant où il voulait s’asseoir, vulgairement parlant… Ensuite, mais ça je n’en pris conscience que plus tard, je n’ai pas le shit social. J’aime fumer seul, avant de faire de la musique ou d’en écouter, avant d’écrire, ou tout simplement de ne rien faire. La parano me tombe vite dessus et j’ai la comprenette déboussolée. Et surtout les soirées se suivaient et se ressemblaient. Avec Thomas nos rapports étaient vraiment bons, mais je ne parlerais pas d’amitié. Je ne me suis jamais ouvert sur mon homosexualité par exemple. Et il y avait dans toute cette faune un côté petite rébellion de fils de bonne famille qui m’énervait. Il était bien beau de s’enfumer, de se mettre à l’envers en crachant sur la société, dans des apparts valant la peau du cul ou des studios entièrement payés par papa et maman. Tous faisaient des études, certains dans des écoles pas données, mais ça dissertaient sur Coltrane ou blablataient sur Artaud. Je me souviens d’une discussion exaspérante sur Artaud où pour une fois j’ouvris ma gueule. Ils tenaient des propos très académiques et finalement sirupeusement bien-pensant sur son théâtre et sa poésie, en parlant comme d’un auteur non pas « normal » mais finalement assez « dans son époque » sans rien évoquer de sa pure folie ! Je me levais alors et criais, « Là où ça sent la merde, ça sent l’homme ! » et me tirais. Ça n’eut aucune conséquence, tout le monde était bourré, moi le premier. Par contre cette anecdote a un drôle d’écho aujourd’hui, car c’est précisément cette phrase que ma mère mit en exergue d’un livre qu’elle avait écris en 1969 et que je retrouvais plus tard, après sa mort. Son titre : Sur Fond Noir. Tout un programme, et un aspect de la jeunesse de ma mère sur lequel je reviendrai.

 

En dehors de tout ça je continuais à lire. Et fit la connaissance d’un auteur qui chamboulerait tout chez moi, Céline. « Le Voyage au bout de la nuit » fût une baffe comme on en reçoit peu, où plutôt une baffe qui en appelle d’autres et ouvre de nouveaux horizons. Ce fût une période où j’écrivis assez peu d’ailleurs, mais où je parlais beaucoup littérature avec ma mère. Comme elle avait eu une formation littéraire, nous passâmes des heures à disserter sur tous les aspects de certains auteurs. De l’antisémitisme de Céline à l’homosexualité de Rimbaud, d’Hitler détournant les propos de Nietzsche au romantisme noir de Goethe, de Baudelaire à Queneau en passant par la « douceur » de certains auteurs comme Kundera, de ses amours de jeunesse, de Saint John Perse à Jacques Prévert. Je lui avouais quelques lectures en cachette ce qui la fit beaucoup rire et élargit nos champs de discussion. Mais étrangement, s’il n’y avait aucun tabou littérairement, il m’était impossible de faire mon coming-out.

 

Au début du printemps 1994 nous partîmes dix jours en Hollande tous les deux. Ce fût un voyage extraordinaire. Nous passâmes quatre jours à Amsterdam, de musées en promenades, de terrasses en restaurants. Sachant que je fumais parfois, elle me laissa même acheter un ou deux pétards, et nous fumâmes ensemble un soir dans les ruelles traversées de ponts et longées par les canaux. J’ai des souvenirs très forts de cette échappée-belle, mais ce sont plus des images ou des impressions à posteriori que des souvenirs précis, comme de discussions par exemple. Le premier qui me revient est l’inéluctable errance dans le quartier rouge. Je regardais les filles en vitrine et en trouvais certaines vraiment très belles. Elles étaient à l’étage la plupart du temps, et ma mère de m’expliquer qu’il y avait une échelle qualitative et de rémunération, que plus on allait vers le haut, plus les « poules » étaient de luxe. Mais de m’expliquer aussi qu’on n’était pas dans l’idéal des maisons closes, dont elle regrettait la fermeture en France. Un moment j’eus presque l’impression qu’elle allait me laisser seul avec un billet ! Je ne lui parlais guère de filles, et j’étais même assez gêné. Mais une fois de plus ce n’était pas le moment. Ensuite, il y a la visite du Musée Van Gogh. Encore une belle gifle, encore une confrontation à la folie. Et cet instant magique : Avant de rentrer dans le musée, j’avais tiré deux petites tafs d’un pétard qui me restait, en loucedé… Du léger, vraiment ! Au fil de l’exposition, nous marchâmes assez silencieux (Un des plaisirs que j’avais avec ma mère, lors des visites de musées ou d’expositions, consistait en ce que nous restions silencieux, pour pleinement profiter, chacun à sa manière, des œuvres exposées) jusqu’au final, le Champ aux Corbeaux, dans toute sa splendeur, mais surtout, grandeur « nature » ! Il y eu alors une alchimie entre l’univers que nous venions de traverser, une montée de l’herbe, et cette « apparition ». Par chance il y avait peu de monde. Je m’assis devant la toile, et un quart d’heure durant je fixais le tableau, tout seul : Plus rien autour n’existait. Quand je repris mes esprits, ma mère m’attendait un peu plus loin, souriante. Nous sortîmes et prîmes un verre à une terrasse, sans trop parler. Et à un moment je me souviens lui avoir dit (Mais peut-être l’ai-je seulement pensé très fort, si fort qu’elle l’a senti) : J’étais dans le champs avec les corbeaux. J’étais DANS le tableau.

Il reste enfin deux images fortes, mais empreintes de Paix. Pas loin d’Amsterdam, sont les jardins de Keukenhof, immenses ils représentent et symbolisent tout l’art floral de la Hollande, ainsi que les fameux champs de tulipes. Nous y passâmes une après-midi féerique, le nez dans les parfums, les yeux dans les yeux des cygnes et des canards, multipliant les signes d’une tendresse filiale de hasard.

 

Mais ce sont surtout les îles de Waden, tout au nord, qui me marquèrent. Nous avions loué une voiture pour rejoindre le nord de la Hollande, prévoyant de loger dans des Bred and Breakfast. Après trois jours, de villages en villages, nous arrivâmes à Leeuwarden, une ville proche de ces îles, dont la particularité est d’être soumise au bon gré de marées immenses. A certaines heures et avec un guide, il est possible de les rejoindre à pied, ensuite l’eau remonte, et les voilà isolées. Nous y allâmes en bateau. Plages sans fins aux côtés desquelles celles de Deauville sont de la roupie de sansonnet. De toute façon je ne connaissais ni Deauville ni l’Atlantique, habitué aux plages lilliputiennes de la Méditerranée voire aux calanques de Cassis ! C’était magnifique. Des dunes immenses comme celle du Pila que je connaîtrai plus tard, et personne ou presque. Il soufflait un vent de liberté incroyable et le froid cinglant était sain et sec (Aussi paradoxale que ça puisse paraître !) Nous étions emmitouflés tous deux dans nos blousons et nos pulls en laine, et nous dansâmes. Je me souviendrais tout le temps de ce moment là. Et ma mère pris des poses, et heureusement me reste aujourd’hui une série de cette « séance » photo où elle danse seule sur l’infini de ces plages et devant l’infini de la mer qui cerne le plat pays. Des fois je regarde ces photos en écoutant Brel, et me rappelle que les larmes sont pareilles au rire, une preuve qu’on est vivant, et que les paroles du corps sont aussi belles que celles de nos Plumes…

 

27 janvier 2008

De l'iniquité.

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  A chacun sa balance du bien et du mal, j’ai choisi la mienne !

 

Au fil d’un inventaire à l’après-verre, de mes trente-trois tours.

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Good Vibes at the Morning whith un drogué imaginaire.

 

Une lune au couchant se morfond au soleil qui ne veut rien savoir

 

Rien de rien, ni des marées, ni des matins et encore moins des soirs :

Il s’en carotte comme de son premier bâton,

S’en bat les aubes comme de sa première ère, de son premier croûton.  

 

 

Money Jungle comme un album désargenté dans mes nuits aurifères et horrifiées.

Je l’écoute au summum de mes nuits blanches au sommet d’une terrasse

Quand Mingus chuinte en swing et chante en cris,

 

Qu’Ellington abat ses notes noires en succession At the Perfection

Que tous me font asseoir sur le siège de Max Roach, battant la mesure

Comme je bats les oeufs en neige de coke à poil ou en string en baisant aux belles étoiles !

 

Et les scénarios improbables n’existent pas

Et l’imaginaire n’a qu’à bien se tenir quand le réel se donne des ailes.

 

Qui eut cru que Miro illustrerait Dave Brubeck

Que Bags & Trane serait le titre d’un album improbable ?

Que la pochette d’un Disque d’Art Blackey serait rouge et noir

Comme si Stendhal avait swingué un jour ?!

 

J’ai voulu le croire mais on ne peut pas écrire comme on peint

On ne peut pas écrire comme on prend une photo

On ne peut pas écrire comme on sculpte

On ne peut peut-être pas écrire du tout ou faire semblant

De vouloir peindre, photographier, sculpter, sang blanc de l’Aller on ne fait que croire qu’on pourrait mais

 

Au hasard je tombe sur « The Good Books »

 

Et juste après sur Jay Jay Johnson alors qu’un abruti onirique me traite d’anti-américaniste !

 

Pochette râpeuse en carton usé, Des Filles du Kilimanjaro de Miles Davis…

Montagnes plates et noires et sillons en cercles obsessionnels :

Sinon The Sound of the Trio d’Oscar Peterson mort hier ou presque,

 

Ou Thelonious en live in Paris 1964 et sa première de couverture si belle :

 

Son visage aride sur les compos pastel et abstraits de sa musique qui défait pour mieux défaire, qui fleuri Intellectuel sur le compost des Esclavagismes sans que ces deux derniers mots ne soient politiques.

 

(Le dictionnaire à mes pieds ouvert sur l’Atlas du Monde,

Quelques traces de tares fécondes, de terres facondes assouvies aux paroles !)

 

Noires et dansantes des femmes dans les rouges et jaunes triangulaires dansent,

Fela ‘Ransome’ Kuti mène et les emmène :

L’Album est, Open The Africa 70’ No Close :

 

 

J’ouvre alors aux portes l’accès à d’autres clefs,

 

Des fenêtres sur d’autres filons d’Or :

 

Sur une platine sinuent les crêpes comme tournoient les baguettes, balais et autres mailloches

De Jones, Max Roach, Blackey et Jo sur Big Beat :

Les peaux claquent et se tordent les arythmies justes, les charlestons d’Art and the Philly !

 

Mais Mingus VS Faubus !

 

Et ça ne s’arrête pas ça continue... Ça s’arrête pour mieux s’arrêter…. Ça repart sans discontinuer... Dolphy se la joue dauphin à l’attaque et Charles le nargue complice avec Danny Richmond ! La Fable de Faubus prend de l’ampleur ! On passe des cris en clin d’œil aux hurlements qui déchirent la partition apolitique d’une ordure KKK ! La danse se fait transe et ça copule en partouze de ripostes, en bagarre ludique ! Ça chante comme on claque des doigts et des mains… L’affolement des phalanges fourmille en impatience sur les triples croches en croche-pieds d’une grille en syncope ! On vire vert ils nous aurons à l’essoufflement... Le cœur s’ébranle à maxima… La plaisanterie ne durera jamais assez sans jamais cesser de se répéter, et à nous d’en jouir... Les bougres discutent comme dans une arène moqueuse, s’amuse en Art comme on jouit au Pieux... Fable of Faubus n’est que l’Orgasme incompréhensible de la Musique et de la Politique baisant ensemble et en jouissant,  neuf minutes vingt et une secondes aujourd’hui : Ce disque ne sera pas vendu avant le minuit de ma mort !

 

Et viennent Keith Jarrett à Köln, les Transcendances d’Alice Coltrane, « The Greatest, Erroll Garner » ou au hasard « The Parker Jam Session »… « Expectations » ou une journée à « Satchidananda », The Bird en envol sur un Nuage de Django, des romances trash comme Lady Day and the President sur Strange Fruit,  et d’autres douces comme Ella and Basie sur...

 

***

 

Et dire qu’il y en a encore pour parler de Variétés françaises ! Et me permettre d’un fou rire de m’émarger des masses sourdes et des lourdes crasses franchouilles !

 

Cecil Taylor à la Fondation Maeght torture ses ivoires et frappes ses noires,

C’est le Volume Trois mais les « Visages du Jazz » sont le quatrième

D’une série heureuse où se glissent McCoy Tyner, Sonny Fortune ou encore Ron Carter.

 

Les disques sont répertoriés dans l’inventaire, reste tous les paraphes qui font une vie, les concerts qui forgent une mémoire :

 

Elvin Jones, Ahmad Jamal, Oscar Peterson, Randy Weston, Abbey Lincoln, Tonny Williams, Herbie Hancock, Mike Stern, Tommy Flanagan, Dizzy Gillespie, Ron Carter, Marcel Zanini, Ravi Coltrane, Babik Reinhardt, Illinois Jacquet, Keith Jarret, Christian Vander, Dave Valentin, Gary Peacock, Aldo Romano, Michel Petrucciani, Kenny Barron, Wayne Shorter, Roy Haynes, Lionel Hampton, Steve Coleman and Five Elements, Jack De Johnette, Jacky Terrason, Archie Shepp, Magma, Barre Phillips, Jan Garbarek, Romane, Ed Thigpen, Ben Riley, Steve Grossman’s, Sonny Fortune, Abbey Lincoln, et tant d’autres que mon âge m’a permis de voir, et tant d’autres qu’il m’a interdit :

 

Miles Davis, Coltrane, Art Blackey, Fela, Billie, Lester Young, Amstrong, Philly Jo Jones, Ellington, Mingus, Ella, Bird, Gene  Krupa, Benny Goodman, Jaco Pastorius, Django,

Chet Baker, Thelonious Monk, Art Tatum, Erroll Garner, Sam Woodyard, Freddy Green, Bud Powell, John et Alice Coltrane, et mille autres encore...

 

12 décembre 2007

Ce n'est qu'un au revoir...

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   Fini le train-train, les métros et le RER. Fini les matins d’avant l’aube et la bruine, l’agressivité des connards et les cernes blafardes sous les yeux éteints des robots du travail dont je fais parti. Ô masse laborieuse je vous abandonne un mois ! Mon âme n’est plus que du crottin, six mois que je croupis entre les poubelles du matin et les bâillements du soir, six mois que je mène bataille pour une survie sans sens que celle de survivre et s’en sortir ! Fini l’Ex et les autres, les amants et les amis, les indifférents et les ennemis, les hiérarques puants et les anonymes qu’on croise sans un sourire, d’un bonjour consensuel dans un couloir qui se répète sans fin, les quittant d’un bonsoir qui l’est tout autant, et qu’emportent, et patati et patata, dans les vents maudits des tralalas, le Quotidien et toute cette ménagerie qui me fige dans le zoo du Réel ! Sécable granulé d’automate aux infinis et répétitifs mouvements : Krafts, papier bulle, adhésif, cartonnage, j’en fini et cartonne à cette heure du haut de mon âge, de mes trente années tonnées, orageuses, grêlées de Râ souriantes aux étoiles de mes rires d’antan ! Et Foin des courants d’air du RER Luxembourg à sept heures cinquante du matin ! Finito ! Baste ! Montez couillons, grimpez moutons ! Je ne pars pas en vacances je fuis à grandes enjambées en balayant tout d’un geste ample, d’un jeté d’âme de grande amplitude, en balayant devant, derrière, à côté, en dessus et en dessous et encore en deçà de mon paillasson ! Je fuis l’affection des tendresses et l’affliction des désastres, l’oppression insoutenable de la politique et de la médiocrité étouffante qui assaille à chaque coin de rue, à chaque virage et à chaque carrefour médiatique. Je fuis cette infâme marécage télévisuel et cet encore plus infâme bêlement du troupeau français. Je fuis les dimanche de novembre à Arcueil ! Je fuis le décorum consumériste et vomitif des vitrines de noël ! Je fuis les courses au Cora et la courante de mes mauvaises bouffes de fin de mois ! Je fuis Orange et la RATP ! Je fuis mes quêtes infernales pour chopper un bar ouvert à vingt-et-une heures histoire de trouver un paquet de clope que je payerais sept ou huit euros ! Je fuis les mesquineries, les aigreurs, les hypocrisies, les faux-semblants, les petitesses des ânesses supérieures de la Sorbonne et son lot de bassesses ! Je fuis le constat de mes échecs et la fierté sans orgueil de ma démerde ! Je fuis ma psychothérapie et six mois de plongée en apnée dans les lumières puis dans les sordides bas-fonds de mon passé. Je fuis ma résignation et mes luttes ! Je fuis mon intelligence et mes conneries, ma culture de confiture et les vieux pots dans lesquels je racle ma poésie ! Je fuis mes apologies et mes anathèmes, mes emballements et mes hurlements ! Finito ! Baste ! Je fuis mes meubles, mon frigo, mes livres, ma machine à laver, mes brouillons, mon canapé-lit et mes ratures, mes cartons pas encore déballés et mes partie de scrabbles comme autant d’aliénations je fuis les tentations faciles et les luttes infertiles, les sillons tout tracé dans lesquels on veut me voir dessiner ma Voie ! Je n’ai pas de voie mais une Voix et elle gueule ! Mais je fuis mes gueulantes aussi ! Je fuis Errances et Déambulations, récits et théâtre, poèmes et improvisations ! Je fuis mais non, non je ne fuis pas je pars ! Je pars loin de tout et de tous, en récréation ! Je pars…

 

   Je pars prendre un train plus lent que le temps. Un train qui met vingt heures pour faire deux cent quatre-vingt kilomètres. Je pars me déshabiller du temps, effeuiller les minutes, caresser les secondes, prendre le temps sur un toit de me tutoyer en douceur dans la chaleur d’un Moi dans lequel il faut qu’encore je crois. Je pars retrouver un peu de ces silences que certains regards savent faire parler. Je pars retrouver des amis que je ne connais pas encore et des ennemis qui n’auront pas la malveillance d’exister car je pars serein, ivre sans alcool ou tellement moins, ivre de fouiller dans la vase du Mékong un peu de paix. Je pars retrouver un frère qui depuis huit mois beaucoup trop intense me manque comme manquent les êtres absents non des cœurs mais du Réel. Je pars écrire non des textes trop longs d’incohérences ou de furies mais quelques poèmes ou quelques phrases lapidaires de bonheur. Je pars me réduire à n’être qu’un enfant dans la jungle comme enfant je l’étais dans mes territoires de fouillis et de pins, de chênes et de ronces, de fleurs et d’herbes sauvages. Je pars pour des pirogues et des bus d’outre-temps, des solitudes insoupçonnables étranger à tous langages, complice de tous gestes, de toutes attentions et de toutes intentions. Je pars loin des symposiums pour retrouver des symphonies d’espaces aux accents majeurs, loin de mes tristesses mineures je pars pour recouvrer ma noirceur de quelques touches de vert-rizières, je pars pour changer de palettes, pour quitter le classicisme et plonger dans des tourmentes autrement vivantes.

 

   Je fuis ! Je pars ! L’un ou l’autre, les deux à la fois, « Tom Bombadilom a dit, je m’en fous ! Tom Bombadilom a dit ! Pensez-vous ? Mais qu’est-ce qu’j’m’en fous ! »

 

   Je fuis ma peur au ventre, mes tripes en trifouilles, les charnières du réel qui s’entremêlent avec les lisières du fantasque. Je fuis l’incohérence de mes batailles passées avec sur la tête le casque à pointe du troufion qui se cohére, qui co-erre avec ses fantômes et ses vivants, ne cherchant plus à se réfugier derrière ces premiers mais n’arrivant pas encore à cohabiter avec les derniers. Fripouille de purgatoire ! Je fuis les combats perdus d’avances et les paix perdues depuis longtemps, l’épée comme le sabre au clair je fuis les champs de batailles débordants de cadavres comme les paradis illusoires de nos démocraties toutes en bafouilles et en cynismes. Je fuis les cafouillages auxquels m’obligent les imbéciles de services et les pervers intellectuels de sévices, je fuis l’Expériences des anciens et l’ignorance des nouveaux-nés de la Nouvelle Internationale ! Je fuis la droite et m’enfuis de la gauche pour m’enfouir dans mon terrier où seuls comptent quelques contes et sonnets, quelques fous et quelques tarés, quelques jazzmen et quelques peintres, quelques furets sans assonances politiques et pleins de dissonances artistiques, et, triquant sous le charme de ces partitions, pareil au serpent à sornettes charmant le badaud, je flûte à sonnettes en me trémoussant avec mes mots épars. Mais je fuis dimanche ces mots aussi ! Je fuis ma rhétorique retors parfois et animale souvent, ma dialectique de la contradiction et ma capacité à l’échappatoire sophiste ! Je fuis mes facilités ! Je fuis mes failles mais vampire contre vampire je me protège et me pare d’ail comme je me pardonne, et d’un pieu dans mon cœur tendre m’absout car je ne fuis pas je pars !

 

   Je pars voir les derniers dauphins d’eau douce du monde. De ceux dont tout le monde se fout du quart comme du tiers-monde, dont ils sont une des septièmes dernières merveilles, avec leurs visages tout de tendresses et de taquineries ! Je pars en emportant la clarinette basse d’Eric Dolphy pour chanter whith Dolphin, in Mékong Street, fleuve immense traversant tumultueux les tumultes de ses millions d’amis, de ses milliers d’ennemis. Je pars flotter en apesanteur, chanter muet mes doubles croches en sonnets triples car je pars noircir quelques cahiers aussi, au fil des filets des pêcheurs, de pilotis en paillotes brinquebalantes, de sourires de jeunes filles sottes en rires malins de vieilles dames malicieuses. De corps secs musclés de jeunes paysans timides, en corsets-kromas d’adolescentes qui bataillent dans les champs ! Je pars en Amour m’inonder d’humilité ! Je pars par envie et par besoin, par désir et parce que je n’ai plus le choix, plus le choix depuis que je suis parti Une fois il y a trois ans déjà ! Je pars retrouver mes moto-dops et entendre crier Pain ! Pain ! au petit matin comme au petit soir je partirais parcourir le long des quais dans des hoquets de bilboquets mes pas à pas sans temporalité. Je pars m’éparpiller à Phnom Penh et me retrouver à Kratie, me disloquer en Equinox blindé d’amour et d’amitié, avant de partir « Seul à en Vivre »  immiscer l’indécence de ma viande confortable dans l’intimité d’êtres trop rare pour être par mes mots chantés. Mais j’essayerais ! Pourquoi un texte simple ne pourrait avoir la puissance d’un portrait ?! Peut-être que je pars aussi pour me convaincre qu’une plume peut avoir la justesse, la folie, l’imprécation d’un pinceau ! Je pars supporter d’être « riche » et me filer les baffes nécessaires à la cessation de mes plaintes aussi mais je n’y crois pas, je sais tellement au fondoc de mes tourments que les souffrances n’ont pas à être comparé. Je pars car au fond j’ai été piégé et que j’ai accepté de tomber dans ce piège, comme d’autres acceptent de se laisser prendre dans celui de la France, ce doux, délicieux, démocratique et merveilleux Pays des Droits de l’Homme déroulant en ce jour, orné de tous ses plus beaux apparats, le tapis rouge au charmant Colonel Kadhafi, pour quelques milliards d’Euros. Mais, mais ? Qui a dit que le Cambodge était un des pays les plus corrompu au monde ? Votre humble serviteur, qui une fois de plus le répète : Oui je me sens mieux au « pays du sourire » dans un pays corrompu jusqu’à l’os mais qui ne s’en cache guère que sous des oripeaux de bienséance diplomatico-économique, que dans La soi-disante démocratie Bleu Blanc Rouge, pauvre petite Pépète malencontreusement détrônée à la quatrième place des pays vendeurs d’armes et de mort au monde.

 

   Joyeux noël et bonne conscience, je file danser une autre danse ! Et ce « blog » ne reprendra vie qu’à la mi-janvier…

 

   Noël ! Asile ! Noël ! Asile !

 

   Et, pour en finir avec 1977 / 2007, une vraie / fausse nécrologie, pour le moins Stylée !

 

   « Il n’avait pas connu les monômes, son prépuce n’avait été recouvert de goudrons et de plumes, il n’eut pas l’insigne honneur de connaître le bizutage de ses grands pairs dans une quelconque grande école. Il était finalement assez indemne des choses de cette vie que l’on appelle étudiante, puis universitaire, puis doctorante, mais peu docte il joua jusqu’à tard l’infirmier avec quelques tantes de back-rooms. Crapahutant les flancs de charnelles montagnes, pratiquant la randonnée des monts de phallus, nonobstant nymphes et autres amazones il zona accompagné de l’amas de ses pensées dans les No Man’s Land de ses perditions bien gardées. Il arpenta quelques falots se gardant des bigots si ce n’est pour les corrompre et leur faire traverser le Styx du Vice à coup de vit dans une syntaxe qui n’avait de sainte que la taxe sur l’Orgasme qu’il réclamait à tout va au fil de miasmes, dans des cloaques sans augure, claquant et fessant à l’ombre des murs les fist de bonnes familles au Grand Dam de leurs ignorantes et bienheureuses grammaires. D’un langage qui bien châtié l’aimait d’un déraisonnable amour, il fit apologies, diatribes et calembours, créant un monde de croquemitaines, de lingères tricéphales, de boursicoteurs clochardisés, et s’amusa à s’engoncer dans des chemins de traverses, contournant de son âme déviante les autoroutes classiques qu’on lui demandait d’arpenter pour son plus grand bien-être éditorialo-consensuel.

Il aimait que dents grincent, que dansent les minces Dante qu’il affligeait de cystites à l’autel vénérien de ses vénérés pantins. L’acrocéphalie de son crâne était en accord avec ses pulsions d’accro phallique. Il brûlait du feu des damnés bouffons aux croupions de coqs et suçant les minets du royaume des estaminets il buvait à même les robinets de leur Fierté le lait sacré de leurs jeunesses avant qu’elle ne s’affaisse. Il parlait aux gens avec l’entrejambe d’un funambule de l’ellipse derviche, se cachant des compréhensions, tout en chaleur  se servant de Fahrenheit plutôt que de Celsius, troublant jusqu’au ciel les anus de la rétro-trique dans un mouvement d’incessant va et vient que je te la mette ma linguistique. N’ayant rien à dire il s’agissait de le bien dire, au contraire des bavards plein de sens qui médisent et mal disent, Ô bougres de méduses aux urticants raisonnements s’étalant dans le premier bouge médiatique venu et tout le reste était à l’avenant.

L’esprit de contradiction n’est pas donné au premier de la classe dans l’échelle des castes bien-pensantes. Il était le gribouilleur là tout au fond prés du radiateur, et qu’on vienne s’essayer à l’y déloger, il le faisait et s’installant confortablement sous le bureau du bourreau professoral le suçait jusqu’à la moelle à l’en faire perdre raison et raisonnements, plus par jeu que par amusement entre deux euphémismes et trois phrases trop longues n’ayant ni queue ni tête, où pas forcément là où on les imagine naturellement… Bref c’était un taquin tapin, un lapin sans clapier ouvrant son clapet, s’amusant de la carotte comme du bâton mais pas con il se servait du dernier pour transformer la première en purée, installant dans l’assiette de son bagout l’indigestible bouillie que vous mangez des yeux depuis une minute sans y entraver que dalle. De la forme dans le fond loin des mornes cons de la norme. Du style dans la tambouille et des couilles sans fils pour en découdre avec les tambourineurs moralistes qui dans les urinoirs que sont les vitrines des « libraires » pissent trois de leurs gouttes poèteuses et puis s’en vont faire trois petits tours avant l’année d’après s’en revenir sous les mêmes auvents avec leurs bas ouvrages.

Bref, écrivaillon de l’ombre, chroniqueur de ses spasmes, profane en ses abjections, délétère petit couillon, apologiste des roustons et rimeur rameur bramant ses bribes, menteur au grand cœur clamant ses vérités aux petits matins les jours de Grand Soir, garçonnet ensoleillé devenu gars sonné métrodoïde semant ses portraits anthropoïdes, filandreuse anguille contradictoire sous ses roches cafouilleuses et devant ses miroirs et ses glaces, misanthropique blablateur aimant régulièrement se tirer sous d’autres tropiques pour d’autres tropismes. Narco-narcissique aux hâbleurs et aux pâleurs en touffes s’étouffant dans ses peurs et le chaos de ses furias stupéfiantes. Il buvait tant que le temps passé à ne pas boire lui paraissait le pourboire de la réalité dans la coupelle sur la table d’un troquet. Ivre d’hurler il murmurait aussi aux aubes claires des sonnets assonants en s’assommant de mots manants lorsque se promenant en Seine il s’assénait au marteau-pilon des piles de mots comme ensemence de ciment le maçon qui monte ses murets et façonne ses cloisons. Prêteur sur rage il calculait ses marges aux tendresses des bourses fluctuantes.

Et tendant à la sobriété enfin retrouvée comme on retrouve la liberté, il signa d’un dernier signet un texte qu’il assigna à perpétuité, à être le dernier de cette année. Et vacant de toute obligation, à trente ans il parti en Vacances ! »

 

  Bien que peu porté aux protocoles, je vous souhaite une belle année à Tous, car la Mort n’est-elle pas faîte pour être vécue jusqu’au bout, en essayant d’aimer le plus possible, ceux qui nous entourent de leur bienveillance?

 

   Allez ! Il suffit ! Je pars me saouler de sourires et de soleil ! Et même si ce ne sont pas elles : « Gémir n’est pas de mises, aux Marquises » !

 

   Cambodia me voilà!

 

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